SCÈNE V
Mme POCHET , M. JOSSE.
JOSSE, entrant.
En vérité, quand on est six mois sans venir dans un quartier, oti ne le reconnaît plus; je suis pourtant dans mon ancien arrondissement.
Eh bien ! où est-il donc ce jeune homme ?
JOSSE
Il faut que je m'informe de la maison où mon mauvais sujet de fils vient de faire des siennes. (A madame Pochet.) Excusez, madame; pourriez-vous m'indiquer...? Ah! mon Dieu! est-ce que je me trompe?
MADAME POCHET
Qu'est-ce qu'il a donc à me dévisa{;er comme ça?
JOSSE
Comme vous ressemblez à une femme que j'ai connue!
MADAME POCHET
Vous portez une figure que j'ai vue quequ' part.
JOSSE
Est-ce que vous seriez mam'zelle Frémillion?
MADAME POCHET
Comme vous dites! excepté que je suis à c't heure la veuve Pochet ! mais je sens là une espèce de trictrac, je vas me trouver mal. Oui, je vous reconnais; vous êtes le petit Symphorien Josse qui me faisait la cour chez la ravaudeusc où I que j'était en apprentissage !
JOSSE, la sonlcnanl.
Dorothée!
MADAMK POCHET.
Symphorien !
JOSSE
Comme on se retrouve!
MADAME POCHET
Quelle drôle de chose que l'iiasard!
JOSSE
Il V a long-temps de ça.
MADAME POCHET
Oui, infidèle, vous m'avez plantée là pour vous marier.
JOSSE
Ah! dame! les amours doivent céder le pa.-. à la raison. M. Safran, mon bourgeois, m'.i offert son fonds de dégraisseur avec la main de sa fille; j'ai pensé au solide.
MADAME POCHET
Et vous l'avez épousée par intérêt? Je ne suis pas comme vous, moi! j'ai épousé mon pauvre Pochet par amour.
JOSSE
Vous vous êtes donc mariée aussi?
MADAME POCHET
Ah! par exemple! c'te farce? fallait-il pas me faire r'Iigieuse? M. Pochet était maître de danse, il tenait un bal le dimanche et faisait des élèves eu ville dans la semaine : c'était un petit homme pas plus haut riue ça, mais bien pris dans sa petite taille. Il n'avait que le défaut d' boire un peu, déjouer quequ'fois, et de manger tout ce qu'il gagnait; mais j' peux dire que, sauf la misère, j'ai z'été bien heureuse avec lui.
JOSSE
C'est comme moi , avec madame Josse : elle était bien un petit peu hargneuse, jalouse comme le diable, mais du reste... et, depuis qu'elle est morte , c'est bien la meilleure femme du monde.
MADAME POCHET
Tiens! qu' c'est cocasse! nous v'ià veuves tout's les deux.
JOSSE
Comme vous dites...
MADA.ME POCHET.
Et libre de nos actions!
JOSSE
Absolument.
MADAME POCHET
Eh ben! si on voulait, pourtant, nous v'Ià comme quand nous étions, moi fille et vous {garçon.
JOSSE
Excepté que j'en ai un, de garçon.
I\JADAJ1E POCHET.
Et moi z'une de fille. Dit's donc, puisque nous n' nous sommes pas mariés , ça .«'rait {;entil d' marier nos enfants!
JOSSK.
L'idée est bonne; avei' ça que mon fils est '.ni peu comcur.
MADAME GIBOU ET MADAME POCHET
MADAME POCHET
Pardin' il a de qui tenir; vou.s étiez un fier libertin : vous avez eu une jeunesse, mon cher, que si on n'avait pas pris {jarde... J'ai su de ■NOS nouvelles avec la p'titeGlandureau.
JGSSE.
Ah ! qu'elle e'tait gentille ! Je me suis ruiné pour ce petit masque.
MADAME POCHET
Oui ; c'est ça qu' vous étiez bien généreax !
JOSSE
Qu'est-ce qu'elle est devenue ?
MADAME POCHET
Mauvais sujet ; elle s'est mariée, elle a épousé r vieux père Gibou, le fruitier, et elle est veuve aussi!
JOSSE
Il y a donc une bénédiction pour les veuvages !
Elle a fait un bon mariage; feu Gibou lui a laissé des écus et un' bonne boutique ; elle vient d' marier sa fille Adèle; j'ai z'été hier à la noce , et j' veux leu z'y rendre ce soir. Pardienne, faut que j' vous fass' retrouver ensemble, voir si vous la r'connaiss'rez : elle eslben pus changée qu' moi.
JOSSE
Les brunes se conservent mieux que les blondes, cest meilleur teint.
MADA.ME POCHET.
Le teinturier se connaît en teint! (Elle rit.) Eh bien ! venez donc ce soir, nous rirons.
JOSSE
J'aime à rire.
MADAME POCHET
Vous verrez comme ma fille est ben élevée ! comme elle a du talent! C'est la douceur incarnée, la politesse en mignature.
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