JEANNETON, LE VICOMTE
LE VICOMTE, à part. Elle est seule! essayons! (Haut.) Ma belle enfant, au moment d'entrer dans cet hôte! , je m'aperçois que mon bas de soie m'a fait une petite infidélité, ne pourriez-vous réparer cet accident ?
JEANXETON. Tiens! pourquoi pas? c'est mon métier.
( Elle tire du sa poche ce qu'il faut pour travailler. )
LE VICOMTE. Vous êtes, dit -OU, d'une adresse..?
Jiî \N\ETON. On sait son étal! Attendez que j'enfile mon aiguille.
LE vwiOMTE. ¥À\c est cliarmante! Cette maille conlf^e pouvait retarder mes affaires d'un grand mois.
jEANXETON.Cela ne m'étonnerait pas ..
les grandes dîmes de la cour n'aiment pas les adorateurs qui sont bas pv;rcés.
LE VICOMTE, riant aux criais. Ah! ah!
ah! de Bièvie vous envierait celui-là.
JEANNETON. Dlonsieur de liièvre... je connais... encore un fameux iarceur... H
MAGASIN TIlf,ATRAL.
.e vient jamais à l'hôtel de Saint- Yon sans jie dire des bêtises.
LE VICOMTE, 11 en est bien capable.
JEANNETOiv. Il m'fait toujours raconter es histoires et les propos du quartier. Dàm ! c'est qu'ils en fontd'beii drôles dans •'faubourg Saiut-Honoré I et puis je vois passer tant de gens et tant de choses devant mon petit tonneau !..
Air de l' .'Uithnssadrice.
Dès le matin, c'est la laitière Qui dit ceci, qui dit cela...
Puis c'est le tour de la portière...
Dieu sait comme sa langue va...
Puis vient l'épicier,
Et puis le mercier,
Puis le chapelier,
Puis le teinturier,
Puis le tabletier.
Puis le savetier.
Puis le perruquier,
L'eciio du quartier...
On médit un jour
De la pâtissière,
I>a femme de cour
A bientôt son tour.
On donne un seigneur
A la couturièie,
On prête un cliasseut
A la dame d'honneur ;
Mais, pour moi, je hais
l.es moindies caquets...
Et, je le promets,
Je n'en fais jamais.
LE VICOMTE. Oui, vous nie paraissez d une discrétion à toute épreuve.
JEANNETON
Et lorsque ce bi uit vous offense, Si tout en colère on s'en va Dire à quelqu'un, en conscience.
Repondez : Ave/,-vous dit ca?
Non, c'est le traiteur.
Non, c'est le frotteur.
Non, c'est 1 imprimeur.
Non, le rôtisseur.
Non, le pai fumeur.
Non, le confiseur.
Non, c'est le facteur ,
(jC joli parleur.
Viennent les propos...
Plus d'une parole
Se ch;mge en gros mots
Qui font des héros!
Du quartier, dèj,^,
Plus d'un bonnet vole !
Puis la garde est là.
Qui finit tout ça.
Mais, pour moi, je hais
Les moindres caquets,
Et, je le promets.
Je n'en fais jamais.
LE VICOMTE. Vous êtes adorable, Jeanaette, et vous mériteriez bien mieux les aveurs de la fortune que votre cousine ./eanne Yrubernier.
JEANi\Lro.\. Je n'en voudrais peut-être pas au même prix... Mais comment savezvons cela, vous? je ne l'ai pourtant dit à personne.
LE VICOMTE. C'est donc la vérité?
JEANNETON. Je n'ai rien à vous répondre là-dessus... Allons, beau sire, mettezvous là... ( Il pose la jambe sur la chaise.) On ne pourra pas dire que vous êtes jambe connue un coq...
LE VICOMTE. Ne pourriez-vousvenir me rendre ce service dans la loge de monsieur Franchin?
JEANivETON. C'est ça ! je vas laisser mon magasin tout seul... pour qu'on m'emporte tout à la fois la marchandise , le mobilier... et la maison avec... comme cela
m'est arrivé l'an dernier pour mes
étrennes.
LE VICOMTE. Eh bien ! ma toute belle , tant mieux ! si l'on vole votre établissement, vous ne manquerez pas de gens qui vous offriront un hôtel !...
JEAN-VETON. Serait-ce, par hasard, vous qui me l'offririez?
LE VICOMTE. Pourquoi pas , ma divine?..
JEANNETON, à part. Je te vois venir.
{Haut.) Ah çà! vous avez donc marché dans des rasoirs... c'est une belle etbonne coupure que je raccommode là... je m'y connais. . .
LE VICOMTE. Qu'importe ! revenons à ma proposition ! Qu'en dites- vous?
JEANIVETON. C'est une facétie connue une autre.
LE VICOMTE. Une facétie... nullement...
JEAIMNETOIV. AloiS , VOUS pOUVez VOUS
flatter de savoir faire une reprise aussi bien que moi.
LE VICOMTE. Quelle reprise?
JEANXETON. Une reprise de conversalion, connue on dit... mais c'est une reprise perdue, je vous en avertis, monsieur de Lauzun !...
LE VICOMTE, se déplaçanl . Aie!... tu me piques. (Riant.) Avec ces diables de petites filles de Paris, on ne saurait garder de masque... elles savent les prendre tous. {^11 se replace.) Eh bien ! oui, je suis le vicomte de Lauzun, et je n'en maintiens pas moins l'offre de l'hôtel et cent mille livres par an... Qu"as-lu à répondre à cela ?
JEAlV\ETOlV. Je répondrai à cela... ce que j'ai répondu à plusieurs autres... que je ne me sens pas disposée du tout à vous écouter... que j'ai un prétendu surnommé l'Espérance, grenadier aux gardes-françaises... que je l'aime... que je veux l'épouser... et vivre en honnête femme... si Dieu m'en donne la force et le courage...
LE VICOMTE. Et si, en t'offrant la fortune, on te laissait ta vertu... ton innocence... ta réputation?..
LA COMTESSE DU TONNEAU
c^ANiSETON. Quelle plaisanterie ! Est-ce que c'est possible ?..
LE VICOMTE. Mais, si je t'apprenais...
JEAN^ETO!V, repoussant la jambe du vicomte. Assez causé... vous êtes ravaudé... c'est six blancs que ça vous coûtera , c'est moins cher qu'un hôtel.
LE VICOMTE. Tiens... voici un louis...
garde tout.
JEANNETON. Non pas, je veux vous rendre... ça ressemblerait à des arrhes.
coooooaoooooooooooooQoooooooooooooooaoooooa