SCENE X
JEANNETON, M"» DUBARRY, un valet qui l'accompagne y VLVSi^VRS valets.
M™* DUBARRY , entrant par la gauche.
C'est une mdignité î une Itmme comme moi, obligée de laisser son carrosse à cent
pas de l'hôtel!., je me plaindraiau lieutenant de police... Grâce au ciel, nous voici arrivés. {^Franchin en grande livrée paraît sur la porte de l'holfl.) Fareuil... {^le oalet approche) portez cette lettre à M. de Sartiiie... Il vous remettra un coffret que vous m'apporterez à l'hôtel de Saint-Yon... Du mystère surtout...
(Le valet sort.)
JEAMVETOi\. Il ne faut pas la laisser passer. (Elle va se mettre devant elle. ) Bonjour, Jeanne!
3jme DUBARRY. Jeanne! qui se permet?..
JEANNETON, Tiens... qui? ta cousine Jeanneton..,
M""* DUBARRY, « yoar/. Quel contre-tempsi (//a»/.) Eh quoi ! c'est vous, mademoiselle Duval?
JEANNETON. Duval ! je sais bien que Duval c'est mon nom de famille... mais, pour toi, je m'appelais Jeanneton... Ah! je vois ce que c'est... tu es fâchée que je ne sois pas allée te voir à ton cbâteau de Versailles; toujours bonne fille... Daui ! vois-tu, le ravaudage donne beaucoup...
c'est étonnant comme il y a des mailles échappées par le temps qui court.
M""" DUBARRY , impatientée. Avez-vous quelque chose à me demander, mademoiselle Duval?
jEAN\ETON. Avez-vous!.... comme tu me parles, Jeanne ! est-ce que ça te rend fière d'être la maîtresse du roi?.. Si tu étais sa femme légitime encore... je te pardonnerais de faire la reine.
M™'' DUBARRY. Est-ce là tout ce que vous avez à me dire ?
JEANNETON. Je venais vous demander un service... et vous en rendre deux.
M"^ DUBARRY. A moi?. .. que puis-je faire pour vous ?
JEANNETON. Je venais vous prier de nv'accorder le congé de mon prétendu...
qui est dans les gardes-françaises.
mme DUBARRY. Il me semble que je ne suis par son colonel, moi...
JEANNKTON. On dit pourtant que vous commandez au roi, qui est le colonel de tous les régimens. .. ce qui fait que vous êtes le colonel général du royaume , à ce qu'on prétend.
M"" DUBAïUkY. Ces gens du peuple ont des idées! mais quand cela serait , mademoiselle... le roi a besoin de ses soldats.
JEANNETON. Il en a deux cent mille, il peut bien m'en céder un.
m'iie DUBARUY. Vous ne comprenez rien à l'état militaire ; votre demande est inaccordable... si votre amant était daus un
MAf.ASLN TI11:ATUAI..
n'giuiont de province, passe... muKs, (iaiis f les j;ard<:s-riançaises... impossible. ..Adieu, mademoiselle Duval... je suis bien aise de vous avoir vue.
JKANNETOIN, à part. Bégueule, va! tu n'auras pas ces papiers. {Haut.) Vous ne me demandez pas quel service je peux vous rendre?..
T^jme DUBARRY. Des services , vous ma petite, à moi !..
JEAINNETON. Dam! couime dit cet autre... on a souvent besoin dune plus petite que soi...
^jme DuitAURV, riant. Je ne crois pas que j'aie jamais besoin de vous.