SCENE VI
Les Mêmes, CÉSARINE.
ci.sA-RiyE,fredonnantetse dirigeantvers i'escalier4 Le temps que je regrette, Est le temps des combats.
Le temps, tra la, la, la.
FANNY, l'arn'tant. Pardon, où va madame ?
CÉSARINE. Merci, petite... je connais les êtres de la maison.
FANNY, C'est possible... mais j'ai besoin de savoir...
, CÉSABIIME , foulant passer. Chez M.
Edouard... je sais où c'est.
Elle chante.
Je loge au quatrième étage...
FANNY. Je suis bien fâchée, madame, mais vous ne pouvez pas monter... mon père a les ordres les plus sévères...
BONIVET. Madame, son père a les ordres les plus sévères...
CÉSARINE. Ça ne m'importe nullement ; je suis la sœur de lait de M. Edouard... la même crème nous a nourris, je veux monter, et je monterai.
BOMVET, Varrùant. Mais, madame, puisqu'on vous dit...
CÉSARINE. Qu'est-ce qui vous parle à vous, grand orang-outang?... taisez donc vol' bec. . . C'est un peu fort de café de m'einpêcher dépasser... Je conçois que lesfenimes n'entrent pas à l'école de natation des liommes ; mais ici... c'est violent! je veux monter, et je monterai.
BONIA'ET, lui barrant le passage. Et moi, qui suis le gendre de la loge... Madame, je vous dis que vous ne monterez pas.
Pauline et Julie se montrent h la fenêtre d'Edouard; elles sont en hommes.
PAL'i.lNEe/ JULIE. Eh! mon Dieu! qu'estce qui fait ce tapage-là ?
PAULINE. Tiens! c'est Césarine... Bonjour, Césarine.
JULIE. Bonjour, Césarine.
BONIVET. Là ' . . c'estses amans , j'en étais sûr!
PORTIEU. JE VELX DE TES CHEVEUX!
CÉSARINE. Ah I VOUS V
vous au- [
tiesl vous déjeunez sans moi là-
Iiaut... c'est régalant...
PAULINE. Viens prendre ta part.
CÉSARINE. Puisqu'ils ne veulent pas...
Il faudrait \a forle-urmée pour passer
FANNV. Je suis désolée de vous désobliger, madame ; mais vous nous feriez perdre notre place...
CÉSAUINE. Et moi, vous me faites perdre un bon déjeuner elle est cbar-
mante, la petite I... J'ai faim, moi... aussi je veux monter.
Elle chante.
Guzinan ne connaît pas Jobstacle...
BOMVET, l'arrclaiit. \ ous n'passerez pas.
PAULINE. Elle passera.
JULIE. Elle ne passera pas.
CÉSAniNE. C'est inouï.... Grand imbécile, va!... si j'étais homme, J€ te roulerais dans la poussière.
BONivET. Allons donc I... vous devriez rougir d'être sur votre bouche d'une manière aussi énorme... grosse gourmande!..
CÉSARINE. Goujat I
Elle ùiante.
Faut-il qu'un homin' soit charcutier !
BOMVET. C'est possible!...
PAULINE, à /lemi-voix. Dis donc, Césanne.... fais comme nous... mets-toi en homme... ils n'y verront que du feu.
CÉS.\R1NE, demcme. Laisse-moi donc — i'ai essayé... mais j'ai pas trouvé de vèlemens assez larges... Oh!... mais je me vengerai.... Dites-donc , gardez-m'en un peu.... ne dévorez pas tout...
EDOUARD, dans la chambre. Allons donc, mes amis, elle cbampagne, donc.
PAULINE e^ JULIE. Du Champagne, nous v'iàl... Adieu, Césarine.
Elles rentrent.
CÉSARINE. Du Champagne!... et moi qu'en raffoile.
Klle chanle.
An glougloa du jus divin !...
Je suis sûre qu'il est frappé!,., oh! c'est
à se manger les poings Mes petits amis,
vous ne le porterez pas en paradis — Petite bégueule —
BONIVET. Assez, assez !...
CÉSARINE. Grand serin!..
BONIVET. Oli I trop.. . . beaucoup trop !..
ENSEMBLE
cÉ3ARl>t.
Oui, je vais revenir, Et vous me livrerez passage ,
Ou redoutez ma raj;r, Car Je suuiai bien vous piuiii.
DOSIVET cl faî;>t.
A quoi bon revenir ?
Vous ne niontVez pas davantage;
Nt)us bravons votre rage, Notre devoir est d'obtir.
Césarine sort furieuse •
SCEINE VU.
BOMVET, FA^îsY.
BONIVET. Elle est vexée .'... elle voulait manger un morceau avec eux I... On devrait donner congé à ces gens-là... d'autant que ce monsieur Edouard tournaille quéqu'fois autour de vous.
FANNY. Lui I... par exemple !
BOMVET. Hum!... il vous regarde plus souvent qu'à son tour.... mais qu'il y
prenne garde qu'il ne cherche pas à
m'enlever votre cœur.... ou, ma foi... je l'empoisonne.. .
FANNT. Quelle horreur!
BONIVET. Oui, je me déguise en homme de campagne.... je lui offre des champignons repoussés par la loi — il les mange, et.... Ali! que dis-tu, Bonivet?.... est-ce ainsi que tu justifies la confiance du gouvernement?... Non... j'aime mieux que ' vous lui disiez qu'il vous ennuie — que vous le trouvez cagneux, qu'il est béte et laid.... ça le dégoûtera de vous.... {On entend sonner une cloche.) Oh! v'ià ma
cloche {Regardant du coté de la maison.)
Et justement les autres qui descendent!... quel ennui de m'en aller...
FANNY. Rassurez-vous, je vais rentrer dans la loge —
BONIVET. Oh!... très-bien! {On entend la cloche.) On y va..
Air : La paix est trop payée.
C'est la clocb' qui m'appelle,
D"ici je dois partir;
Le laisser avec elle,
Ça n' me fait pas plaisir.