‹ Pièces de théâtreChapitre 810 sur 1069 · SCENE XVI · texte numérisé non relu

SCENE XVI

Les Mêmes , RAPHAËL , à la poi le titrée du jardin.

Il s'airête en voyant Suzanne qui n'a pas l'air de l'apercevoir.

. SI ZANNE, cunlinuant l'nir.

Est-Ci Fanionr qui le fait naître...

Ce Ironble qui poursuit mon cœur ?

Mais non... je me trompe peut-être ; Et c'est, je crois, de la frayeur !

Mon Dieu ! qui pourra m'en instruire?

Car celui que je crois aimer...

Jetant un regard en-dcssuits du calé du cabinet . Mon cœur seul oserait le dire, Ma bouche n'ose le nommer.

ENSEMBLE

D'effroi, je ne puis me défendre.

Cliaque pas que je crois entendre, etc.

RAPHAti, a part.

De bonheur comment me de'fendre , Cbaqiie mot qu'elle lait entendre

Me répond là !...

Son cœur tout bas lui dit déjà:

Celui que j'aime... ah ! le voilà !... J'accours, ma belle... et me voilai...

LE cor.oNEi. a part.

De fureur comment se défendre?

Chaque pas que jq ci'ois entendre^ etc., etc,

«nZANNE.

RAPHAËL, s'approchant. Je vous retrouve enfin, diva divinissinial

SUZANNE, se retournant el feigiiant d'êlre surprise. Comment I c'est vous, monsieur?..

part et avec dépit. Sa

malgré ma défense.

LE COLONEL défense !..

RAPHAËL. Pour vous revcir , j'aurais tout bravé! . . je savais que vous étiez seule, et ce billet charmant , que j'ai ciu comprendre...

LE COLONEL, à part, et brusquement.

Il aurait fallu être idiot !..

SUZANNE. Du tout, monsieur, je n'avais pas l'intention... vous avez très-mal interprété...

RAPHAËL , d'un air fat. Allons , vous m'attendiez!.. Je n'ai qu'un regret... c'est de n'être pas venu plus tôt comme je vous l'avais promis ; ( regardant son bras ) mais les choses n'ont pas tout-à-fait tourné comme je l'espérais.

SUZANNE, aoecintérêt. O ciel ! vous êtes blessé !

RAPHAËL. Rien! une misère... {Apart.) J'ai toujours mis un mouchoir noir... ça rend intéressant. (Fièrement et étendant le bras.) Ca n'empêche pas ce bias de vous être dévoué et de défier .. (^Faisant la grimace.) Aïe!..

SUZANNE. Vous soufFrez ?.,.. Pauvre jeune homme 1

RAPHAËL, tendrement. Au contraire, près de vous...

LE COLONEL, à part. Douillet!

SUZANNE , approchant un grand fauteuil.

Asseyez-vous !...

LE COLONEL , à part. Comme elle le dorlotte ! j'aurais dû le clouer contre un arbre.

RAPHAËL; à pari. Oh ! cette fois, je me vengerai du coup d'épée.

SUZANNE. Asseyez-vous là... je l'exige... je vous en prie... Voulez-vous un coussin?

Elle l'affuble de coussins antour de son fauteuil.

RAPHAËL, s^en défendant. Non, merci !

SUZANNE. Si fait... vous êtes plus mal que vous ne croyez... {Lui en mettant un sous sa tête.) Là! pour soutenir votre tète!. .

RAPHAËL, voulant lui prendre la main.

Permettez...

SUZANNE. Et celui-ci sous votre bras....

Restez là , ne bougez pas au moins ce

n'est qu'à cette condition que je consens à vous garder.

RAPHAËL, roulant se leçer. Mais, soufFrez que je vous exprime...

SVZXTiîiE, le faisant rasseoir. Du tout... il vous faut du calme... Un pauvre chevalier blessé!... au moindre mouvement, je

je vous en pré-

m en vais, je me sauve.

viens.

RAPHAËL, à part. Diable!., singulière position pour un cœur brûlant!., j ai l'air d'un malade de THôtel-Dieu. I\iais nous verrons tout-à-l'heure...

SUZANNE , à ;;«7/. Comment l'amènera me justifier?..

RAPHAËL, regardant autour de lui. Délicieux!., ce petit pavillon!... le temple des Grâces... à la chinoise... [Souriant.) Il n'y manque que quelque bonne figure de magot...

SUZANNE, à part , le regardant dans son fauteuil. Il me semble qu'il n'y manque rien.

RAPHAËL , montrant le cabinet où est le colonel. Vous en avez probablement dans ce cabinet?..

LE COLONEL, il part. Hein! qu'est-ce que c'est?

RAPH.AEL, à Sfnanne. Eh I mais... vous semblez rêveuse, inquiète?..

SUZANNE, élevant la voixi.^ on, jesongeais à la bizarrerie de notre entrevue d'hier, si inattendue...

RAPHAËL, ai>ec feu. Ah ! ne craignez pas que j'oublie jamais ces instans délicieux!

LE COLONEL, à part. Nous y voilà !

SUZA^NE, a part et toussant. Hum qu'est-ce qu'il dit donc ?

RAPHAËL. Je serais le plus grand scélérat si je perdais le souvenir des bontés....

SUZANNE, il part et toussant plus fort. Bien !. . s'il continue ainsi , ça sera gentil !

LE COLONEL , s'agitant et changeant de place à chaque instant. Je n'ai jamais vu de bivouac plus incommode!. .. on ne peut pas se retourner.

SUZANNE, d'un air piqué. Oui, j'ai fait tant d'impression sur votre cœur que vous ne vous apercevez même pas du changement qui s'est opéré en moi.

RAPHAËL. Quoi donc?... vous êtes plus jolie que jamais !

SUZANNE. Eh ! non, monsieur. . . ce n'est pas cela, mais un prodige, un miracle!... je parle!... il me semble que c'est assez remarquable pour qu'on y fasse attention.

RAPHAËL. Vous parlez !... oh ! c'est juste!... je ne sais par quel caprice, hier, vous refusiez de me faire entendre ces accens enchanteurs ?

SUZANNE. J'y étais bien forcée!... j'étais muette.

RAPHAËL. Muette!

SUZANNE. Oui, monsieur!

RAPHAËL, étonné et se levant. Sérieusement?... allons donc !... quelle folie!

SUZANNE . Rien n'est plus vrai, et depuis

MAGASIN THEATRAL

bien des années!... et ce qui va vous surprendie encore plus... c'est qiiec'. st vous qui m'avez rendu ia parole,

RAPHAËL, riant. Moi? je n'ai janiaisétudié la lïiédecine... comment voulez-vous ?...

SUZANNE. Je n'en sais rien... mais tout le monde l'assure, et il faut que vous me disiez votre secret.

RAPHAËL, riant plus fort. Il faut que je vous dise... le diable m'emporte si je m'en doute !

LE COLONEL, à part, écoutant ai'ec plus (Vattention. Ali 1 ali I c'est singulier!

srz\iNNE. C'est égal !... je veux savoir... cherchez bien... si vous trouvez, je vous épouse.

RAPHAËL. Vous m'épousez !

SUZANNE, regardant le r.ahintt. Puisqu'on dit ici qu'il le faut absolument!

LE COLONEL, h pari. Comment le sait-

elle?

RAPHAËL, toujours gaîment. Vous m'épousez!... ah çà,et votre mari?

SUZANNE. Mon mari!... qu'est-ce que vous dites donc?... mais je ne suis ])as mariée, monsieur.

RAPHAËL. (Comment!... l'autre n'était donc pas?... {A part.) kh.\ bon !... le vieux était le père;aloisil n'avait pas tort!... mais ça chanj>,r jolimenl. la thèse... Fdle unique... de la fortune... came va parfaitement.

Sl'ZANNE. Ave/.-vous trouvé?

RAPHAËL. Attendez donc! ce n'est pas facile! c'est comme dansles contes orientaux, les énigmes qu'on propose aux jeunes princes, avant de leur traucht r la tète, c'est ti èsfTai!.. {Ch, n /lant .)Y oyous, voyons un peu. Comment vous ai-je rendu la parole?...

nous avons le fils cleCrésus... au milieu d'une b.itaille.. ça ne peut pas être cela I nous avons l'abbé de l'Epée!... non, non, il était pour les .sonids, lui...

LE COLONEL, à part. OÙ va t-il chercher ! . . .

SUZANNE. Eh bien?

RAPHAËL, .wuriant. Attendez!... c'est quand je passais hier sous votre croisée... et que vous m'avez jeté une giroflée sur la tète .. ça vous a fait peur, et...

S,VZ\1!ii^V., froidement. ]Non, ce n'est pas cela.

RAPHAËL. Ce n'est pas cela?... Quand je suis arrivé... vous m'avez trouvé bien .. et rén:otion ..

SUZANNE. Non... ce n'est pas encore cela.

RAPHAËL. Ah! ce n'est pas «e!,!!.,. ( Se grattant le front.) Alors, je ne vois pas trop ^nûh autre catastrophe...

LE COLONEL, à pari., aoec joie. Qu'entends-je ?. . . il serait po>.4ble! . .

RAPH.AEL, cherchant ics souvenirs. J'ai voulu m'approeher... vous m'avez rudoyé. . je vous ai pris la main, vous vous êtes fâchée

SliZ\N\E. Allez toujours.

RAPHAËL. Ah! j'y suis... c'est quand j'ai voulu partir pour aller me battre, vous étiez tremblante...

SUZANNE, vioemejit. Oh ! oui, c'est cela.. . je tremblais pour quelqu'un qui m'était plus cher que la vie...

RAPHAËL, avec modestie. Ah I vous êtes trop bonne!

SUZANNE, à ml-t'oi'X en s' adressant au cabinet. \]n méchant, un ingrat!... qui ne devine pas que ce n'était que pour lui que je m'exposais à une pareille démarche.

RAPHAËL, flatté. Comment! il serait possible !

SUZANNE, Laissant encore la uoix, et presque sous le nez du colonel. Un sournois... qui m'accuse... qui se éache pour m'espionner... et qui, lor.squ'il est bien siir de son injustice.. . (à Raphaël) de mon amour, ne viendrait pas me rassurer, me dire qu'il a tort et qu'il m'.-'.imephis que jamais.

RAPHAËL. Oh! pardonnez-inoi !

LE COLONEL, c/«M, a part. Petit Serpent ! elle m'a débusqué!... quelle honte pour la garde impériale!

SUZANNE, le guettant de Vœil. Oh ! il ne viendra pas... il se croirait humilié.

LE COLONEL, il purt., et sortant ducabinet. Non... mais c'est embarrassant!

KAPHAF.L.à5'//z«/?/?^.Conunent,.. amour des amours!... c'était la crainte?

SUZA\NE. Mais sans doute... quand j'ai vu <iue .ses jouis étaient menacés, je ne sais ce qui s'est passé en moi... j'ai voulu crier... vous arrêter... il m'a semblé que ma poitrine se brisait... et puis j'ai entendu une voix... une voix qui m'a fait peur., c'était la mienne!... c'était moi!

i.E COLONEL, s' approchant un peu. Pauvre enfant!

RAPH \EL, enchanté. Voilà-t-il un miracle de tendresse 1

SUZANNE, liriiitt un petit portrait de son sein. J'avais même fut son portrait en setj'el. Klle !e montre de côte an colonel.

RVPH\EL, r.,i'/. Vraiment! oh! laissezmoi voir...

î.E tOiONËi-, a part. C'était moi!.. .mi spiable que je suis!

St ZA.WE. il ne me quitlaitjainais. (Suiku./iI fie tccii Ici mouçeinr./i.'i du colonel. ) Eh bien! monsieur, il ne m'en remercier* pas I

SUZANNE, BAPHAElr, s'approchant d'un café. Oh!

que SI :

LE COLONEL, de même de l'autre côté. Si fait.

SUZANNE. Ca mériteiait bien qu'il se mît à mes genovix... mais il ne s"y mettra pas.

RAPHAËL, se mettant à genoux d'un côté. Pardonnez-moi.

LE COLONEL, /y mettant de l\mtre. M'y voilà!

RAPHAËL, solennellement. Et je jure ..

LE COLONEL, ax>ec explosion. Que tu seras heureuse... ou mille tonnerrres m'écrasent !

Suzanne recale nn peu, les deux hommes se trouvent h genoux en lace l'un de lantrc.

Page 1