SCÈNE m
VAUDORÉ, seul.
Je triomphe!... elle est complètement subjuguée!... Ah ! Vaudoré, Vaudoré ! quel beau rcve, mon cher ami!... et dire que ce rêve-là n'est point une chimère 1 Toi, qui n'étais à Paris qu'un peintre en bàtimens, te voilà, en Russie, peintre à l'huile et en miniature... ce qui prouve bien qup
MAGASIN THEATRAL
qui peut le plus peut le moins... Toi, qui n'avais jamais captivé que des cœurs de chamarrcuses, enlumineuses, figurantes du Cirque et autres premiers sujets du petit Lazary... te voilà adore d'une jeune Moscovite, dont l'amour s'offre à toi environné de propriétés d'une valeur considérable... Quel avenir éblouissant!... Calculons un peu nos effets... La fille se jette aux genoux du père, je m'y précipite en même temps ; elle les arrose de ses larmes , je les inonde de mon côté... le vieillard s'emporte, s'arrache pas mal de cheveux... je le laisse faire... la fille pousse plusieurs cris... ça n'est pas mauvais... son trivial de père s'attendrit, sanglotte, se mouche, et finit par me crier : « Elle esta toi!... » Enlevé le dénouement !... je deviens son époux, je deviens boyard, prince russe... le prince Vaudoroff... né à Paris, rue des Jeûneurs, 4 bis... aujourd'hui loge, nourri, blanchi, éclairé et très-chauffé aux frais de la Russie... 0 ma patrie!... ma belle patrie! je t'aime bien, je te porte dans mon cœur... mais je me félicite nuit et jour de t'avoir quittée pour jamais!... et vous toutes aussi, mes anciennes passions, mes folles amours d'autrefois, qui n'aviez à m'offrir qu'une paire de bretelles et une douzaine de faux-cols... toi, surtout, Léonide Bobinard, ex-modiste, ci-devant mercière, et pour le quart d'heure dame de comptoir au café du'Bosquet...toi, à qui j'ai juré fidélité éternelle, pendant que le garçon te criait : Une limonade, cinq, quinze à prendre... toi, qui attends le retour du bien-aimé en comptant les morceaux de sucre... pauvre fille!... en voilà une d'illusion peu avantageuse !... Arriére, mes anciennes , arriére!... le prince Vaudoroff ne vous connaît plus... place au prince Vaudoroff!
AlR: Contredanse (les Lat'eiises.
Pour moi quel plaisir 1 Quel superbe avenir !
Je pince I.e nom de prince :
.l'aurai des honneurs.
Des grandeurs,
Et bien plus,
Des e'fus Comme feuCresus.
Combien d'agre'menl je me donne.',..
Pour loger ma noble personne Je me fais construire un palais...
El c'est moi-niêm' qui badigeonne La port' cocher' , les murs et les volets. Poiir moi quel plaisir, etc.
DEUXli-ME COUPLET.
Dans la fourrur' je m'acoquine ; A moi le r'nard hleu,la zib'line!...
J' mang' du caviar, j' dans' la mnzourk
Sur la mer Noire je patine; C'est bien plus grand que le canal de TOurcq .'... Pour moi quel plaisir, etc.
On vient! {Il va au fond.) Toute la famille!... fous les serfs!... le tout escortant l'institutrice', ma compatriolc.' Tiens, voyons donc un peu, si
par hasard... {Reculant de surprise.) Dieu! cette taille, ces yeux, ce nez, cette bouche... et cette ombrelle! .. Cré nom ! cré nom !...nom d'un petit bonhom.me!... si elle me dévisage, ije suis dévoilé à la famille!... Oh! il n'y a qu'une fuite honteuse... ( Il court à une porte latérale, qu'il pousse.) Fermée!... allons, bon!... la fenêtre... (// regarde.) Merci bien !... une autre fois... mais ils arrivent! ils arrivent !... oii me fourrer?... Oh! mon tableau! {Il se jette derrière le tableau, qu'il tire à lui.) V'ià ce que c'est... éclipse totale.
V\ VV\ WI-WWVWVW VX'VVVVVVVVV^OVVVVVV VVVVVVVVVVVVVVVVVVV'VVVA'X %