I.E MARQUIS
Je le suis.
Mi^e GIBRALTAR.
Ail ! parbleu! c'est bien le cas de dire : Quand on parle du loup , on en voit les rayons. Nous causions de vous, monsieur le marquis... n'est-ce pas, Bloquet?
BLOQUET , d^un air d'intelligence.
Ah! oui, monsieur le marquis, nous causions de vous.
j,me GIBRALTAR.
Nous ne tarissions pas d'éloges .. M. Bloquet et moi, nous vous écrasions d'éloges.
LE MARQUIS
Vraiment!... eh bien, arrivons tout de suite au but de ma visite. Je puis compter sur votre discrétion?
BLOQUET.
Vous le pouvez, monsieur le marquis.
«"le GIBRALTAR.
Ces murs sont sourds et muets.
LE MARQUIS
Je vais donc, bonnes gens, ra'ouvrir à vous. Tel que vous mç voyez, j'ai les passions bouillantes; lorsque j'aime une femme, ce n'est pas
seulement de l'amour que je ressens pour elle... c'est de la rage!... de la rage mue... c'est enfin de ce délire capable de faire commettre des crimes... avec circonstances atténuantes... J'en suis là avec Rosine... Pour plaire à cette ravissante créature, rien ne me coûte... quand je dis que rien»ne me coule , ça me coûte très-cher... mais je voudrais faire pour elle cent fois plus encore! Je voudrais être roi de Cachemire pour eu avoir davantage à déposer à ses pieds... à ses fripons de jietits pieds !
Noble cœur!... ah! M"* Rosine doit être bien heureuse!
BLOQUET, se grattant le nez.
Oh ! elle doit être. . bien heureuse!
LE MARQUIS
Je m'en flatte aussi!... cependant, mes amis, le soupçon s'est faufilé dans mon ame ; je ne dors plus, mes digestions se font mal... bref, je suis jalou.\ !
M^^e GIBRALTAR.
Jaloux!... un jeune homme comme vous!
LE MARQUIS
Eh bien, oui, un jeune lioiume comme moi!... Ce que je crains, voyez-vous, c'est quelqu'un du théâtre... on m'a parlé d'un certain Florigny, un jeune premier, qui rôde autour de Rosine; aussi, dès qu'elle me quitte pour entrer ici, la jalousie me galojjc... je médis : « Tout le monde va la voir, lui parler, lui faire la cour;» et je suis jaloux de tout le monde !
Air : .//( .' si i/iadanie me vojttit.
Je suis jaloux de vos auteurs.
De vos acteurs, de tout votre théâtre.
Je suis jaloux comme un Corse, un mulâtre ! Je suis jaloux, du souffleur, des danseurs. Je suis jaloux même des spectateurs !
Quand mon oLjet, cessant d'être terrestre. S'envole au ciel, en montrant ses mollets.
Je suis jaloux du chef d'orchestre.
Qui voit ma beauté de trop près.
Le coquin la voit de trop près.
Ah! monsieur le marquis, nous pourrions être jumeaux, car moi aussi j'ai été bien jalousel... feu Gibraltar en a cruellementsouffert... Mais que puis-je à vos tourmens?