‹ Pièces de théâtreChapitre 889 sur 1069 · ROSINE, FLORIGNY · texte numérisé non relu

ROSINE, FLORIGNY

ROSINE

Air : Sur In place Majeure (de Mademoiselle).

Que le temps passe vite!

En sortant, le malin,

D'aLord je rends visite

A plus d'un magasin.

Là je fais mainte emplette

Ele'gantc et coquette ;

Et puis voici, je crois.

L'heure d'aller au bois!

Sur le coursier que j'aiguillonne.

Chacun m'admire en amazone, Sur mon passage ou accourt se grouper ; Mais enfin de son art il faut bien s'occuper.

Existence si belle.

Adieu pour aujourd'hui !

Le théâtre m'appelle

Et je suis toute à lui.

Bonjour, Florigny; vous m'attendiez?

FLORIGNY

Est-ce que je ne vous attends pas toujours? Vous quittez le marquis ?

ROSINE

Non, je ne l'ai pas vu d'aujourd'hui, et cela m'étonne; car, depuis quelque temps, il est tellement jaloux, soupçonneux I

FLORIGNY

C'est donc toujours un Othello?

ROSINE

Absolument ! à la couleur près. Ça ne fait que croître et enlaidir. Quand je sors, il me suit comme un griffon; si l'on me regarde, il devient tout blanc; si l'on me parle, il devient tout vert; c'est à n'y pas tenir ! Hier, enfin, ne s'est-il pas imaginé que mon frotleur était un amant déguisé!

FLORIGNY

Vraiment?

ROSINE

Mon Dieu! oui; et sans le baragouin et les grosses mains de mon Auvergnat, il l'aurait pris pour un gant jaune de l'orchestre.

FLORIGNY

Ce cher marquis! il devient par trop Espagnol!

ROSINE

Aussi, Florigny, je vous en prie, ne me parlez plus qu'au théâtre! là, du moins, je suis libre, je puis respirer à mon aise.

Air : Lésais de l'uniuersité (LnVVier àeXiinue). De'sormais sachez m'oLe'ir:

En public il faut du mystère.

Réprimez, si je vous suis chère, Tout regard qui peut nous (raliir.

Oui, mon ami, soyez discret, Au nom de notre bonheur même, Et que ce doux mot: Je vous aime.

Entre nous deux soit un secret.

FLORIGNY

Même air.

Vous l'ordonnez, madame, hélas!

Quand vous passerez en voilure, Moi, perdu dans la foule obscure.

Je ne vous reconnaîtrai pas.

Mais pour adoucir mon regret.

Je dirai, certain de vous plaire :

Ce soir, adieu triste mystère!

Au théâtre plus de secret.

Ah! Rosine, j'ai grand besoin d'un regard de vos beaux yeux, de votre gracieux sourire, pour me consoler des ennuis du théâtre.

Il lui prend la main et la baise.

ROSINE

Qu'avez-vous donc encore à démêler avec l'administration 7

FLORIGNY

Ne le savez-vous pas? Un débutant ce soir dans mon emploi, et cela parce que j'ai demandé de l'augmentation au directeur. Au reste, tant qu'il ne m'opposera pas de rivaux plus redoutables, je ne lui en voudrai pas. Ce monsieur qui a la fatuité d'aborder un de mes rôles!...

ROSINE

C'est absolument comme cette demoiselle qui nous est tombée de la Prusse avec la prétention de me détrôner! Vous avez vu son début! quel four!... je crois bien! pas de moelleux! pas de pointes! pas de jambes! Ah ! par exemple! elle a des bras, et d'une fière longueur ! L'autre soir, dans le foyer, elle a ramassé son binocle sans se baisser; aussi je ne la redoute guère I

FLORIGNY

Pas plus que je ne crains mon concurrent! je l'ai entendu répéter le second acte; ma parole, c'était trop drôle, et je crois que nous rirons ce soir !

ROSINE

Je suis curieuse de voir cela. Je cours à ma loge,

LES COULISSES

pour me transformer eu nymphe, et faire quelques battemens pour me dégourdir, car je ne suis pas en jambes ce soir! {On entend la cloche du théâtre.) Justement, voilà le premier coup de cloche. Venez-vous, Florignyl

rLOKIGNY.

Je vous accompagne, mon astre.

Ain : Il faut le conduire en prison. (Boljbclic.)

ENSEMBLE

Allons, donnez-moi volrcmain, Je prédis que demain Le directeur, vraiment,

Vous \ , 11.1.

1^ 1 trouvera plus de talent.

Voire 1 . , ,. , .

0> rival n ira pas loin ; ui, mon ) '■

Je veux être témoin

Du succès qu'il aura.

Dans un instant, nous verrons ça.

Ils sortent par la porte du théâtre à droite.

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