‹ Pièces de théâtreChapitre 924 sur 1069 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

SOPHIE; LE PRINCE entre, tenant un petit panier rond, orné de rubans.

LE PRINCE, à la cantonade.

Laissez-donc, c'est moi! c'est moi, le prince d'Ornain; j'entre par-tout, la consigne n'est pas pour moi... Ah ! salut à vous , mon idole , ma bergère, ma...

SOPHIE

Comment, malgré mes ordres! mais, monsieur, c'est d'une indiscrétion!...

LE PRINCE

Vous me Jjoudez encore, créature idéale?... vous ne m'avez pas pardonné l'accident d'hier. Eh bien ! vous avez raison , j'ai eu des torts envers votre épa.jrneul ; j'ai brutalement étouffé l'emblème de la fidélité ; c'est une bêtise... mais je viens la réparer en chevalier français.

(Il se jette à genou\.) SOPHIE.

Que faites-vous ?

LE PRINCE

Laissez-moi déposer à vos pieds cet intéressant animal ; regardez-le, il dort du sommeil de l'innocence.

(Il découvre la corbeille dans laquelle on voit un petit cbien.)

SOPHIE

Qu'est-ce que c'est que ça... un griffon?

LE PRINCE

Un tout jeune et tout ravissant griffon... pour remplacer le roquet défunt.

SOPHIE

Dieu! qu'il est laid !

LE PRINCE

C'est ce qui fait sa beauté.

AïK du Bouquet de bal ( Madame Duclianibge ).

Ah ! daignez l'accepter, de grâce.

Et vous verrez comme il est doux...

Il ne deniandt; qu'une j>li!ie A vos pieds ou sur vos genoux... Ce charmant animal, madame, Vous entretiendra de ma flamme...

Et si je ne suis pas là , Mon griffon du moins y sera...

(11 met le griffon sur les genoux de Sopliic Arnould.) SOPHIE.

Mais prenez donc parde ! Il est aussi mal élevé que les chiens des Plaideurs. (Elle rejette le chien dans le panier et sonne Magloire. ) Em[)Ortez cette vilaine bête ! (Magloire prend le panier et sort. ) Là, j'en étais sûre, voilà une robe de gâtée! LE pniNCE.

Ça ne tache pas, ça ne tache pas, permettez.

(11 tire un nioiiclioir de sa poche et fuit, en même temps, tomber une boite.)

SOPHIE ARNOULD

SOPHIE

Vous laissez tomber quelque chose.

LE PRINCE

Ail ! maladroit que je suis! si je l'avais cassée!

SOPHIE

Qu'est-ce que cela? Montrez donc... ça me paraît gentil.

( Elle prend la boite. ) LE PRINCE.

Je crois bien ! c'est un bijou , une bonbonnière en agate, avec mon chiffre en brillants... un cadeau que j'ai fait à la princesse.

SOPHIE

A votre femme! Vous êtes le phe'nix des maris.

LE PRINCE

Eh bien ! fi{5urez-vous que ce cadeau-là a du malheur : voilà peut-être la dixième fois que la princesse perd la clef de cette boîte... c'est d'une etourderie incomparable !

SOPHIE

En effet , c'est singulier !

LE PRINCE

Enfin, ce matin, ma noble épouse avait encore chargé son petit jockey nègre de porter la bonbonnière à l'ouvrier... Confier un pareil bijou à un enfant! je l'ai vu entre ses mains, je l'ai pris, et je ferai la commission moi-même.

SOPHIE

C'est d'un mari complaisant.

LE PRINCE

Notez que c'est à l'autre bout de Paris ; car elle est très bizarre, la princesse; au lieu d'employer Bœmer, le joaillier de la cour, elle envoie cette boîte chez je ne sais quel obscur orfèvre du faubourg Saint-Antoine... un juif, un nommé Balthazar.

SOPHIE

Balthazar! mais je le connais, il monte mes fausses pierres de théâtre: c'est le comte de Lauraguais qui me l'a envoyé. Eh ! tenez, justement, Balthazar me rapporte demain une parure ; laissez-moi la bonbonnière, je vous épargnerai la course.

LE PRINCE

Ah! vous me rendez là un vrai service, ma sirène.

SOPHIE, à part.

Cette clef qui se perd si souvent... cet orfèvre du faubourg... il y a là-dessous quelque ruse de femme que je veux découvrir.

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