SCÈNE IX
LA PRilSCESSE, SOPHIE.
LA PRINCESSE
Ah! nous voilà seules... ( D'un ton décidé.) A moi , mademoiselle Sophie Arnould , deux mots...
SOPHIE
Que désire madame la princesse d'Ornain?
LA PRINCESSE
Une réparation de l'outrage que j'ai reçu.
SOPHIE
L'ne réparation... Eh! mon Dieu! madame, prenez garde; si votre mari allait devenir aussi exigeant à votre égard , vous passeriez vos jours à réparer.
LA PRINCESSE , avec colère.
Ah! vous triomphez!... vous avez eu si beau jeu!...
SOPHIE
Dame ! on joue, c'est pour ca.
LA PRINCESSE
Vous êtes bien fière, n'est-ce pas? une femme de mon rang baffouée, humiliée par...
SOPHIE
Par une femme comme moi, qui , d'un mot, pouvait perdre une femme comme vous; c'est pénible, je le conçois.
LA PIUNCESSE.
Eh! mademoiselle, votre générosité railleuse est un outrage de plus. Mais vous devez savoir qu'on ne m'offense pas impunément.
SOPHIE
Oh ! je sais que je m'expose, car j'ai entendu vanter vos talents d'escrime, et votre adresse à abattre une poupée de plâtre ; c'est charmant ! rien ne sied mieux à la beauté que les arts d'agrément.
LA PRINCESSE
Et me narguer encore !...
SOPHIE
Dieu m'en préserve ! Vous répondriez à un bon mot par un bon coup d'épée... l'esprit reviendrait un peu cher.
Obligée d'abaisser jusqu'à vous ma naissance et mon rang '...
SOPHIE
Aul.int que cela, princesse? Au fait, vous éles dans votre joiu île complaisance.
SOPHIE ARNOULD
Li PniNCESSE, avec le plus grand dédain.
Insolente!... En vérité, on regrette chaque jour davantafje qu'il n'y ait pas une marque de distinction entre certaines personnes et les femmes honnêtes.
SOPHIE
Pourquoi voulez-vous nous mettre dans la nécessité de les compter?
LA l'IlINCESSE.
Il vous sied bien , quand on fait votre métier...!
SOPHIE
Ah ! madame , ne m'en parlez pas ; il ne vaut plus rien depuis que les grandes dames s'en mêlent.
LA PRINCESSE, au comble delà fureur.
C'en est trop! Il me faut raison de tous ces outrages... dès demain...
Un duel entre nous... c'est trop original pour que je refuse ; d'ailleurs c'est la mode : mesdames de Nesie et de Polignac viennent de nous «lonner l'exemple en se battant pour le duc de Richelieu. Vos armes, madame la princesse?
LA PHINCESSE.
Vous choisirez : j'apporterai ma boîte et des cpées. Le lieu ?
SOPHIE
Le carrefour du bois qui fait face à cette maison.
LA rniNCESSE.
L'heure ?
SOPHIE
Huit heures du matin.
LA PlilNCESSK.
Un de mes équipages ira vous prendre.
SOPHIE
Un des miens sera à vos ordres. Votre témoin ?
LA PRINCESSE
La marquise des Tournelles, dame d'honneur de la reine. Le vôtre ?
SOPHIE
Mademoiselle Laguerre,bayadère de l'Opéra.
On vient.
SOPHIE
Silence!