‹ Pièces de théâtreChapitre 949 sur 1069 · SOPHIE, BRIGITTE · texte numérisé non relu

SOPHIE, BRIGITTE

(Bri;;ilte va pour les suivre, Sopbie la retient.) SOPHIE.

Un instant, mademoiselle.

BRIGITTE, à part.

Ah ! mon Dieu ! qu'est-ce (pi'il me veut?

SOPHIE, à part.

C'est qu'elle est très bien, la petite sotte! (Haut.) Appiochez , ma belle enfant... est-ce que je vous fais peur?

BRIGITTE, tremblante.

Oh! non , monsieur, Lien au contraire.

Ecoutez-moi... la personne que vous attendez ne doit pas venir.

RRIGiTTE.

Cuiiunent! le C(jmte de Laiiraguais?...

SOPHIE

Vous devez «avoir qu'il n'est guère exact, ce cher comte; car sans doute vous êtes déjà venue ici?

BRIGIITE.

O mon Dieu non! c'est la première fois. Il y avait pourtant assez long-tcuqis qu'il me toiirmcnlall |)onr ci , allez...

SOPHIE

.\Ii 1 vous le coimaissc/, dipuis lonj^-tciMps ?

biughte.

Depuis plus do (piiiizc jours... il venait pres-

>ol"lllK m; Mil I. Il

SOPHn: ARINOULD.

<|ue tous les soirs au mnjjnsin causer avec ces deiiioiselles en {général, et avec moi en parlicnlier; car je suis la première demoiselle de boutique de madame Goulard.

SOi'HlE.

Ma inarcliande de modes!

BRIGITTE , étonnée.

Votre inarcliande démodes?...

SOPHIE, se reprenant.

Oui, la marchande de modes... de ma sœur... I'"t que vous disait le comte?

BRIGITTE

Oh! des folies: que j'étais charmante, que je n'étais pas faite pour végéter dans un comptoir... Enfin, hier au soir, chez mademoiselle Arnoiild, où j'étais allée porter de l'ouvrafje, il m'a déclaré qu'il voulait me faire débuter h 1 Opéra.

SOPHIE

Vous faire débuter?

BniGITTE.

Oui ; c'est pour ça que je suis venue ici.

SOPHIE

Air lin vaudeville ilc Préville et Tjconnet. A l'Opéra! grand Dieu! quelle impriulence !

BniGITTE.

C'est le séjour des plaisirs les plus doux. SOPHIE.

On V perd randctir, iuuoceiicc.

BBIGITTE.

Mai.s on y {jajjne et diamants et bijoux ; Ces clioses-là , ça tente , voyez-vous. Kt puis , .d'ailleurs, mesd.Tnies les artistes Ont tant d'amants, jeu nés, vieux, beaux ou laids !... Kt cette gloire a pour moi des attraits.

SOPHIE , à part.

Je m'aperçois que le corps des modistes Ne vaut ])as mieux que le cor[)s des ballets.

Ah ! c'est trop fort... (convenir chez moi de ses rendez- vous !... heureusement j'arrive à temps pour empêcher ce nouveau début.

BRIGITTE

Comuie vous avez l'air fâché !

soPHii;.

Certainement ; et (|uand je pense à la perversité des hommes... Voye/.-vous, le meilleur ne vaut pas le... (A part.) Ah ! mon Dieu ! j'oublie mon habit. (Haut.) Sachez que le comte est le iilus prand scélérat de la terre; je vous en parle savamment, c'est mon ami intime; oui, ma chère, il ne cherche (ju'à vous tromper, rpi'à vous abuser, et c'est ce qui m'indigne, parcequ'avec votre innocence, vos grâces, votre esprit...

BRIGITTE , à part.

Tiens! tiens! comme il me regarde!

SOPHIE , à part.

C'est une- petite niaise; je parie qu'il ne me faudrait pas un quart d'heure... Le comte va

(Àp

venir... c'est cela. (Avançant vivement veri Brigitte.) Ecoutez, Brigitte.

BRIGITTE, reculant.

Vous m'avez fait peur.

SOPHIE

Je veux vous arrêter sur le bord de l'abuiie. Voyez en moi un vengeur... un ami... quedis-je, un amant !

BRIGITTE

Mais vous ne me connaissez que depuis un instant.

SOPHIE

Un instant! je vous connais depuis des années... vous êtes l'être idéal que s'est cr('é mon imagination: je vous vois par-tout, la ntiit dans mes songes , et le soir... à la sortie de votre magasin.

BRIGITTE

Tiens! est-ce que vous seriez ce petit jeune homme au manteau vert galonné qui me suit tous les soirs?

SOPHIE

Précisément... vous voyez l'infuitunéau manteau vert.

BIIIGITTE.

Ah ! monsieur, avant-hier, vous m'avez pincé le bras d'une force!... c'est très immoral.

SOPHIE

C'est possible, l'amour m' égarait.

BRIGITTE, à part.

C'est qu il est bien gentil, ce jeune homme-là !

SOPHIE , regardant au fond , à part.

Kravo ! voil.à le cher ccjuite. (Haut.) Adorable Rrij^itte!

Air de Garât.

Cédez, Entendez Mes aveux F.t mes v(rux ; Répondez , Accordez 13oiix retour A l'ainour !

Prenez , Enchaînez TJii am.'uit Bien constant ;

Un m t, Car il faut Du bonheur A mon cœur !

Cliasse;! , ÎU'pousscz Un trompeur.

Séducteur, Qui voudrait.

Doux ohjet , Vous trahir Kt partir ;

En moi Ayez foi.

Car ici, .aujourd'hui ,

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