M"'^ GIBOU, M'"^ POCHET
MADAME GIBOU
Ah çà, v'ià l'heure oii c'que la société vat arriver.
MADAME POCHET
Savez-vous faire du thé, vous, marne Gibou ?
( Elles apportent la table devant la clicminéc. ) M-ADAME GIBOU.
Ma foi. non ; j' n'en ai jamais mangé.
MADAME POCHET
C'est un fricot anglais ; ils donnent un thé, comme nous faisons un réveillon.
MADAME GIBOU
C'est bon ! si vous voulez me dire ce qu'il y a za faire, je vas vous donner un coup d'main.
MADAME POCHET
V'ià mon huguenolte d'eau bouillante qui bout ; j'y ai jeté les petites crottes noires que l'épicière m'a données : faut goûter voir si ça a du goût.
( Elle apporte la marmite sur la table. ) M.ADAME GIBOU.
Donnez-moi z'en dans une tasse ; ah ! une plus grande que ça, pour bien y goûter.
MADAME POCHET
V'ià ma tasse à café du matin, je vas vous en verser avec la cuiller à pot.
MADAME GIBOU, buvant.
Ah ! Dieu ! comme c'est fade !
MADAME POCHET, goûtant dans la cuiller à pot.
Oui! ça ne sent rien... y a pourtant là-derlans six sous d' thé et un cornet d' castonnade.
MADAME GIBOU, rejetant le reste de la tasse dans la maruiile.
Mais voyez donc! si nous n'y avions pas goûté, vous leur z'auriez donné ça, vous leur z'auriez fait boire de l'eau chaude.
MADAME POCHET
Qu'est-c' qu'on pourrait bien y r'mettre?
MADAME GIBOU
Voyons! un p'îit tilet d'huile et de vinai{>rt; avec un petit brin de poivre et de sel. MADAME POCHET , prenant l'huilier dans l'armoire.
Vous avez, ma foi, raison... on en met bien dans la vinaigrette.
MADAME GlBOr.
Là! goutons-y à c't' heure! ça vous semble t'y meilleur?
MADAME POCHET
Ça a plus de goût ; mais ça n'est pas encor bon.