SCÈNE X
Le.s Mêmes, MAGLOIRE.
.magloire. Mademoiselle, je viens vous dire que votre... (Apercevant Drigiite.) Ah! mon Dieu!
BRIGITTE
Magloire !
SOPHIE
Tiens ! ils se connaissent.
MAGLOIRE, à Sophie.
C'est elle, ma marraine; c'est ma Brigitte, vous savez, celle que je recherche pour le hou motif.
SOPHIE
Ah ! c'est Brigitte!
LAURAGUAIS, à paît.
Au diable la reconnaissance!
LE PRINCE, en dehors.
Ou est-elle? où est-elle?
SOPHIE, regardant.
Le prince d'Ornain !...
LAURAGt:AlS.
Le prince! Ah en, c'est donc un (-.uctapens?
cffljo
SOPHIE AKNOULD.
Les Mêmes; LE PRINCE, accourant pâle et en désordre. Il ti.nt M"= LAGUERP.E par le bras.
MADEMOISKLLE LAGUEP.IiE.
Mnis , arrêtez donc, monsieur, je n'en puis plus!...
LE PRINCE
Se'parez-les ! separez-les! (S'clancant vers la princesse.) La voilà ! eut"! je m'évanouis... qui estce qui a un flacon ?
SOPHIE
Ah çà, qu'est-ce qu'il a donc?
( Mademoiselle Laguerre fait respirer des sels au prince.) LE PRINCE, revenant à lui.
O Olympe! qu'avez-vous fait?
SOPHIE
Allons, voilà une scène.
LE PRINCE
Je .sais tout.
LK PRINCESSE
Vous savez...
SOPHIE
Vous ne savez rien.
LE PRINCE
Quoi ! ce duel...
SOPHIE, à demi-voix.
N'est que trop réel ; mais en connaissez-vous la cause?
LE PRINCE
Mais...
SOPHIE, à demi-voix.
Vous ne devinez pas?... vos visites chez moi...
LA PRINCESSE, saisissant celle idée.
Vos a.ssiduilés auprès de mademoiselle , votre inconstance...
SOPHIE
La jalousie de madame...
LE PRINCE
N'achevez pas ! assez ! assez ! je suis un monstre... Olympe ! il est donc vrai, tu t'es battue pour moi ; tu as mis l'épée à la main pour la possession exclusive de mes faibles attraits ! (Tous les autres personnages se délournent pour rire.) Je vois votre émotion , mes amis, et je la partage. (A Sophie.) llt'in ? qu'en dites-vous ? j'espère qu'elle tient bien l'ëpée, ma femme?
SOPHIE
Mais oui, c'est une lame très distinguée.
LE PRINCE
Eh bien ! cher comte, je vous avais pourtant soupçonné. Quelle faute ! quand vous étiez là bien tranquillement en bonne fortune avec celte petite. (Lauraguais lui fait signe de se taire.) Ah! qu'est-ce que j'ai dit là?
MAGLOIRE
Hein?... Quoi? comment? en bonne fortune avec Brigitte?
SOPHIE
Vous êtes dans l'erreur, prince; mademoiselle est sa^e , très sage; c'est la prétendue de mon filleul. {Elle montre Jlagloire.) Et sa présence ici ne doit étonner personne , puisqu'elle nous révèle une action généreuse de monsieur de Lauraguais.
LAURAGUAIS, à i)art.
Que dit-elle?
SOPHIE
.Ah! c'est un trait superbe; il savait C[ue je m'intéressais à l'amour de ces jeunes gens... N'est-ce pas, comte?
LAURAGI'AIS, embarrassé.
Oui, oui... certainement.
SOPHIE
Et nous n'avons amené mademoiselle que pour l'installer dans cetlc petite maison dont monsieur le comte veut bien me faire le sacrilice,et que j'offre en présent de noces à nos jeunes ma liés.
MAGLOIRË.
Si c'est possible !
LAURAGUAIS, bas à Sophie.
Mais, Sophie...
SOPHIE, bas.
Je l'e.xige. (Haut.) Allons, mes enfants , tombez aux pieds de votre bienfaiteur et remerciez-le.
MAGLOIRE, s'approchant.
Ah! monsieur le comte! monseigneur, permettez , souffrez...
LAURAGUAIS
Va au... (Se reprenant.) Assez, assez, mon ami. (Bas à Sophie.) Ah! Sophie, il n'y a pas moyen de lutter avec vous.
LE PRINCE
Voilà un trait <|ui me touche... je crois que j'en pleure... C'est ça, comte, rangeons-nous, abjurons nos erreurs !... Pour moi , je veux expier les miennes ; dès demain , je pars avec ma femme pour ma terre de Picardie; nous y vivrons comme deux tourtereaux. Pas vrai. Olympe ?
LA PRINCESSE, à pan.
Je n'en reviendrai pas; j'y mourrai d'ennui.
LE PRINCE
J'espère, cher comte, que vous viendrez nous y voir? vous chasserez le cerf... j'ai des bois superbes...
SOPHIE
Non , non ; monsieur le comte n'est pas adroit à la chasse. (A Brigitte.) Allons, mon enfant, je vous avais promis un mari, prenez celui que je vous donne; c'est un honnête garçon... aimezle, tâchez de lui être fidèle... si c'est possible; devenez une bonne l'emme de ménage, une respectable mère de famille; cela vaut mieux que de débuter à l'Opéra. (A part.) C'est égal, je dois avoir un drôle d'air quand je tais de la morale.