SCÈNE II
CHRISTOPHE, CHINCHILLA, GALIMAFRÉ.
CHINCHILLA , à Christophe.
Dites-donc , Monsieur Christophe , c'est-y fini :'
CHRISTOPHE , poignant sur la toile.
Ça tire à sa fin.
Cni>'CIlILL.\.
C'est que ça me tire aussi joliment les bras.
CHRISTOPHE
Vous pouvez lâcher vos drapeaux... j'ai terminé vos mains... encore quehpies coups de pinceau sur la figure... et nous dirons fait à fait! Finis, finium...
(Chinchilla cesse de poser, et Christophe charge sa palette de couleurs.)
GALIMAFRÉ.
Dépêchons-nous, mon jeune barbouilleur, j'ai urgence de mon enseigne...
Père Galimafré, je vous saurai gré de ne point m'appelerbarbouilleur... je suis peintre d'histoire...
GALIMAFRÉ.
Histoire de rire...
CHRISTOPHE
Non pas; histoire pour de vrai...
' CHINCHILLA
Vous avez donc exposé... au grand salon?
CHRISTOPHE
Oui, au grand salon... de Flore, a la Courtille , c'est moi qu'a fait toutes les peintures.
GALIMAFRÉ.
Qu'est-ce que tu viens me chanter? c'est badigeonné tout en jaune , ton grand salon.
CHRISTOPHE
Hé bien ! tout est de moi... moi, Christophe... et l'orchestre , donc?., les guirlandes avec des flageolets et des tambours de basque en sautoir.... encore . de moi , Christophe.
GALIMAFRÉ.
Si tu n'as fait que de pareils chefs-d'œuvre , je ne m'étonne nullement que tu n'aies pas été décoré ?
CHRISTOPHE
Décoré... si fait... parbleu!., j'ai été décorer le
salon du Grand-f'ainquenr ùp .M. Desnoyers ; ça m'a valu ça.
GALIMAFr.É.
Assez de bavardage... mon garçon, dépêche-toi d'en finir... Allons, Chinchilla, allons, mon enfant, posons, posons... Pendant ce temps-là, je vais aller chez monsieur le.maire.
CHINCHILLA , allant poser de nouveau.
Vous n'êtes donc pas en règle pour votre permission ?
GALIMAFRÉ.
Non , je n'ai pas mon numéro... Hier , je me sui.» emparé de la meilleure place pour construire ma barraque... et je \ais aujourd'hui demander l'autorisation : les autorisations , ça se demande toujours (omme ça.
CHINCHILLA
Mais, mon oncle, vous avez eu tort; il fallait attendre la permission...
GALIMAFRÉ..
Fi donc?
.\iR du luth galant.
Agir ainsi , c'est agir en niais ,
Et mon moyen me répond du succls.
Quand on a de l'audace , on peut tout entreprendre. Va , crois-moi , mon enfant , c'est sottise d'attendre ; Ce qu'on veut obtenir , d'abord il faut le prendre , On le demande après, (bis.)
Où est ma cravate? (Il .s'habille.)
CHRISTOPHE, peignant.
O père Galimafré a la rouerie d'un gros singe.. . Ah! v'ià que ça s'avance... oh! quelle belle chair je vous fais là. (Il chante bas, à Chinchilla.) ■ « Portrait charmant , portrait de mon amie , » Comprenez-vous, ou, ou, l'allégorie? » Jolie Chinchilla, animez votre sourire... regardezmoi avec expression... encore plus d'expres.sion... tant que vous en aurez, donnez-m'en!
CHINCHILLA
Mais je fais ce que je peux...
CHRISTOPHE, peignant.
Oh 1 là... très bien... je vous ai fait des yeux humides... j'adore les yeux humides... Maintenant je n'ai plus qu'à vous reprendre la jambe...
GALLMAFRÉ.
Qu'est-ce que tu dis?
CHRISTOPHE
Rien; c'est la jambe de votre nièce que je tiens en ce moment.
GALIMAFRÉ.
.\h ! bon ! bon !
CHRISTOPHE
Quelle jambe! c'est un vrai moule. (Bas à Chinchilla.) 0 Chinchilla! délirante fumenambule!... tu remues toutes les cordes de mon âme. (Il veut lui baiser la main.)
CHINCHILLA , le repoussant. (Bas.) Si mon oncle vous voyait...
GALIMAFRÉ, qui a fini sa toilette.
Ha ça , qu'est-ce que vous marmottez donc là-bas,