‹ Pièces de théâtreChapitre 972 sur 1069 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

ORTOLAN , puis CHmCHILLA.

ORTOLAN

Air : de l'Anglais en bonne forlune. (Musique de M. Paul de Kock.) *

Que je suis heureux !

Pour combler mes vœux , Oui, c'est elle qui s'avance !

(Ici Chinchilla entre.

Charmante beauté ,

Mon cœur enchante Au devant de toi s'élance !

Je prend feu... je deviens fou !

Oui , pour un pareil bijou , J' donn'rais tout l'or du Pérou !

,' Continuant l'air ensemble.)

ORTOLAN

Quel bonheur pour mon ame !

C'est elle ! la voici !

Tout un brasier m'enflamme , Quand je la vois ainsi.

Quel ennui pour mon ame !

Il va sans doute , ici , Me parler de sa flamme ; Ah ! grand dieu ! quel ennui !

CHINCHILLA

Vous ici monsieur? de si grand matin?

ORTOLAN

Oui, chère amie... j'accours, en toute hâte, pour vous communiquer une nouvelle toute fraîche , fraîche comme vous !.. une nouvelle que j'attends depuis six grands mois !... depuis que j'ai quitté la Fcrté-sous-Jouarre , ma ville natale , pour vous suivre à Paris, la reine des cités.

CHINCHILLA

Et cette nouvelle. Monsieur?

ORTOLAN

Vous le savez , adorable danseuse, brûlant de vous faire porter mon nom, j'avais écrit nombre de fois à mon auguste père, afin d'obtenir sa dispense ; mais dans ses réponses évasives il m'avait toujours refusé net son agrément... Poussé par la passion, j'écrivis, il y a huit jours, une dernière lettre vigoureuse, menaçant de me détruire entièrement par la rivière ou par le charbon, s'il s'obstinait à faire mon malheur... et , de fait , j'avais préparé, au milieu de ma chambre, trois énormes boisseaux de fumerons, auxquels il ne manquait plus qu'une étincelle.

CHINCHILLA

Hé bien ?

Hé bien, ce matin, ma portière, madame Adhémar, me remet une lettre... timbrée de la Fertésous-Jouarre... six sous... et signée de l'auteur de mes jours , qui consent à mon mariage , qui consent à tout... Jugez de ma secousse , de ma félicité!.. Je prends aussitôt un cabriolet à l'heure... je ne regarde pas à la dépense... il y a même longtemps que je l'occupe , ce satané cabriolet ! mais pour vous apporter cette excellente nouvelle, j'en aurais pris deux plutôt qu'un !.. Et maintenant, ô mes amours! que" votre jolie bouche dise : Oui... que votre oncle dise : Ça me va... et je dépose à vos pieds une ame de feu, et quinze cents livres de

revenu !

CHINCHILLA, à part.

Pourvu que mon oncle ne consente pas à ce mariage-là.

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