LE NOM « DE JOUY
loisaco^qui, sousdiverses formes, persiste dans les langues galloise et bretonne et donne aux substantifs une idée de collectivité, comme le latin ecum. Ce suffixe gaulois acos, latinisé acus, représenté par aciim en bas latin, était joint aux noms de personnes pour créer des noms de lieux, la personne étant le principal propriétaire du lieu. Nous savons d’autre part que la terminaison i-acus est l’indice d’un premier terme finissant en lus, c’est-à-dire que le nom de personne est ici Gaiigius. Que signifie Gaugius"!
La forme Gaugius n’est pas la forme primitive, qui était Gaudius, le d suivi d’un i palatal s’étant changé en g ; et Gaudius n’est lui-même qu’une transformation, assez rare d’ailleurs, mais dont nous avons d’autres exemples, du nom que l’on latinisait Gaiidus au masculin et Gauda au féminin. Il est même possible que l’on ait ajouté directement àGaudus le suffixe iacus arbitrairement créé à l’époque franque par analogie avec la terminaison i-acus des noms en lus.
La partie principale du nom Gaudus, Gaadodans le baslatin mérovingien, est l'élément onomastique Gaiid qui se retrouve, soit àtitre d’élément initial, soit à titre d’élément final, dans un très grand nombre de noms francs ou gallofrancs, comme par exemple Gaudoricus, Ansegaudus, Gaudaldus, Ermengaudus. Le sens du nom franc Gaudo peut s’expliquer par un rapprochement avec le mot norois gautr^ signifiant subtil, pénétrant, qui, aussi bien que gaud^ se présente soit au début, soit à la fin de noms de personnes, comme en témoignent les vieux noms Scandinaves de Gautr, Gautreker, Asgautr et Thorgautr. Le premier propriétaire de la terre de Jouy, Gaudo, qui lui a laissé son nom combiné avec un suffixe gaulois, devait sans doute à son intelligence très fine son nom qui signifie subtil et pénétrant.
Comment Gaudiacum est-il devenu Jouy ? Nous avons vu que le d s'est transformé en g et nous avons eu Gaugiacum que nous trouvons en 954 pour la première fois dans les
EN EURE-ET-LOm
textes aujourd’hui conservés. Puis, en langue d’oïl, dans notre région, le g initial s’est adouci et a fait place à un j. Après la chute du second g et la transformation de la diphthongue nous avons eu Joiacum écrit par erreur avec un /i, Joiachum, en 1136, dans une charte de l’abbaye de Josaphat. Un e accentué a remplacé ia et le c s’est vocalisé, on a eu une forme française que l’on trouve latinisée Joenzm vers 1140, dans le cartulaire de Josaphat. Enfin, dès le XP siècle, ei a fait place à i. Gaudiacum était devenu Joi que l’on trouve au XIIP siècle dans le Livre des miracles de Notre-Dame de Chartres. Un miracle a pour titre : De Robert de Joi et dans quelques vers cette localité est citée :
Or entendes por Dieu comment
La douce dame resjoi ^
Icest preudome de Joi.
Douce dame sainte Marie,
Fors de t’iglise me boute on.
Et si sui tes sers et tes hom.
Et de Joi ta ville nez.
La prononciation de Joi était Jo-i en deux temps. L’z, dans l’écriture, a été remplacé par un y et la prononciation très ouverte de la première syllabe a amené sa transformation en Jou et l’on a eu Jouy.
Depuis quinze siècles, le nom du franc Gaudo qui constitua le domaine de Jouy à Fépoque mérovingienne s’est donc conservé à travers les modifications qu’apportent aux noms de lieux les lois qui régissent l’évolution du langage.
Dans tous les temps, les noms de personnes ont été simultanément portés par un certain nombre d’individus. En Gaule, plusieurs Francs eurent le nom flatteur de Gaudo et leur domaine s’appela Gaudiacum, mais actuellement ce nom se rencontre sous des formes diverses selon les régions dans lesquelles il se trouve.