‹ Pièces détachéesChapitre 40 sur 48 · DOCUMENTS INÉDITS PUBLIÉS POUR LA PREMIÈRE FOIS · texte numérisé non relu

DOCUMENTS INÉDITS PUBLIÉS POUR LA PREMIÈRE FOIS

Par le Commandeur HENRY LE COURT Membre du Conseil héraldiqMe de France

Fondée en 1213 par Thomas, comte du Perche et'^de Mortagne, en exécution du A^œu fait par le comte Geoffroy III son père partant pour la Croisade', l’abbaye des Clairets a été, comme tant d’autres monastères, emportée par la tourmente révolutionnaire.

Elle était située sur la paroisse de Mâle au Perche, diocèse de Chartres, actuellement département de l’Orne.

Nous n’avons nullement la prétention de faire l’historique de cette communauté à travers les siècles passés ; Bry de la Clergerie, Bar des Boulais, l’abbé Fret, dans leurs travmux sur l'ancienne province du Perche se sont chargés de cette tâche, et d'ailleurs le Cartulaire de l’abbave, publié il y a quelques années, est encore et de beaucoup sa meilleure histoire. ’

Nous voulons seulement faii'e connaître quelques pièces

' Geoffroy III, comte du Perche, mort en 1205, était fils de Rotrou III et de Mathilde de Champagne. Il avait épousé en 1189 Mathilde, fille d’Henri le Lion, duc de Bavière et de Saxe et de Mathilde d’Angleterre.

Leur fils Thomas fut tuéà la bataillede Lincoln, en 1217, sans laisser de postérité (P. Anselme. III, 813).

’ Par le vicomte H. de Souancé.

l’IÙCF.S DÉTACHÉES 51

sur les Clairets qui se trouvent dans nos archives avec beaucoup d’autres du même genre.

'boutes ces pièces sont absolument inédites.

Elles sont venues aux mains de M. Le Court, notre ])ère', lors de la dispersion si regrettable — nous pourrions mieux dire la destruction — du très riche chartrier de l’abbaye du Val-llicher, quelques années après la Révolution, et nous les avons pieusement conservées.

Cette collection, du ])lus haut intérêt pour l’histoire religieuse du XVIR siècle, comprend de nombreuses cartes de visite des monastères Normands, Picards et Bretons, émanant de Dom Dominique Georges, abbé du Val-Richer, mort en 1093% divers privilèges lui accordant le droit de faire ces visites, des lettres de cachet pour renfermer divers personnages du temps dans l’abbaye du Val-Richer et les en faire sortir, le testament de cet abbé, etc.

Nous avons pensé être agréable à nos lecteurs en détachant de ces manuscrits les pièces cjui concernent l'abbave des Clairets et qui présentent non s-^ulement la description du monastère tel qu’il était en 1083,’ mais aussi le tableau de son état moral.

En . faisant cette publication, nous avons accédé à la demande du savant directeur de cette liemie, toujours disposé à faire connaître les manuscrits de l’ancien diocèse

' M. Charles Victor Le Court (1798-1870), avoué à Pont-l’Evêque, collectionneur, bibliophile et littérateur.

- Né à Cuttry en Lorraine en 1618, Dominique Georges fut d’abord curé du Pré d’Auge, exemption de Cambremer, diocèse de Bayeux, aux portes de la ville épiscopale de Lisieux. En 1650, il fonda des conférences ecclésiastiques, dont nous possédons le réglement écrit de sa main.

11 devint ensuite (1651) abbé du Val-Richer, tout près de sa paroisse, il gouverna cette importante abbaye avec la plus grande sagesse et y mourut le 8 novembre 1693. Nous possédons son portrait dans notre collection (V. lUsIriire de rahhaye du Val-Biclier, par Dupont).

de Chartres. Et nous sommes tout disposé à accueillir toutes les demandes qui nous seraient faites d’autre part pour les monastères, et ils sont nombreux, sur lesquels nous possédons de pareils documents.

Lierremont-Trouville sur-Mer, 15 octobre 1898.

Procès-rerbul d'ouverhi're et de clôliire de lu vi.sUe des Cl/nrels.

b Juin laSS.

Nous, frère Dominique Georges, abbé du Val-Richer, de l’estroite observance de l’ordre de Cisteaux, au diocèse de Ba'ieux, vicaire général et visiteur des monastères dudit ordre en la province de Normandie, sçavoir faisons c^u’estans dans le cours de nos visites acompagné de dom Laurent Dumoustier, prieur de Bonport, promoteur et sindic général dudit ordre en la susdite province de Normandie, nous sommes arrivés le traizième juin mil six cens quatre vingt huit en l'abbaj^e des Clérets dudit ordre, de la filiation de Clervaux. au diocèse de Chartre, où nous nous aurions esté receüs a la grille de l’église par madame la très reverende abbesse accompagnée de toute sa communauté, et ensuite conduits en l’apartement des hostes par dom Jacque Lanchal, religieux profès de Perseigne, confesseur, et dom Gabriel Bordelay, religieux de Fastein-Daniel procure, le lendemain quatorziesme dudit mois, nous sommes entrés dans le chapitre dudit monastère où nous avens fait faire la lecture de notre patente et fait l’exhortation ordinaire, 1e chantre a\mnt auparavant lù le chapitre des us de la forme de visites, la communauté estant capitulairement assemblée, sçavoir: madame Angélique-Françoise de A^alence, abbesse, la mère de Mauroy prieure, la mère de Salins supérieure, la mère Marthe Loiseaudère, la mère de Villiers, la mère Anne Gomer, la mère Marie Cornilleau, la mère de Alexis, la mère de la Porcherie, cellerière, la mère du Merger, la mère de St . procuratrisse, la mère Laurent, la mère Gobillau, la mère Bernard, la mère Courteux, la mère Gauché, la mère Le Camus, la mère Ozan, la mère

Charteux de St-V"aast, la mère de Vanscaj, la mère Georget, la mère Le Marchant, la mère .... la mère Bourcier, la sœur Charault novice, la sœur des Mottes, novice, religieuses de cœur et neuf converses sçavoir, sœur Baudolière, sœur Agnès Le Maire, s(tur Guillotine, sœmr Pommière, sœur du Bisson, sœur Catherine Le Maire, sœur Dommier, sœur Petit, novice, sœur Antoinette Le Moine, novice, sœur Donnée. Au sortir du chapitre, nous avons visité le très St-Sacrement et après les avoir entendus toutes au scrutin, veu et examiné les registres des receptes et mises du revenu temporel deladite abbaye, les lieux réguliers, bastimens et clôture dudit monastère dont nous avons dressé un procès verbal, nous avons fait une carte de visite. Le dix-neufvieme dudit mois, nous avons fait sonner le chapitre où nous nous sommes transportés, madame la révérende abbesse et sa communauté y estant capitulairement assemblés ou nous aurions fait lire le chapitre des us des debtes et ensuite notre aioint a fait la lecture de notre carte de visite que nous avons ensuite remis entre les mains de madame la révérende abbesse, et après leur avoir fait une exhortation, nous avons fait la clôture de notre visite, le meme jour dix neufieme juin de la susdite année, de toutes les c[uelles choses nous avons dressé le présent procès verbal signé de nous et de notre adioint le jour et an que dessus.

Signé : Fr. D. Abbé du Vau Riciier.

Fr. Dumoustie;r, prieur de BonpnrI, adioint.

Etat du rerenu. — Situation et hàtiment du monastère .

Estât du revenu temporel de l'abbaye de N. D. des Clairets, de la clôture. Situation et bastimens du monastère.

L'abbaye des Clairets est fille immédiatement de l'abbaye de la Trappe en la ligne et filiation de (dervaux, diocèse de Chartres, bailliage de Nogent. province du Perche.

Le revenu de ladite abbaye, fixe et annuel, monte à la somme de traize mil livres, sçavoir six mil cent trente et une livres en argent et le reste en grains, foin, vin, paille et autres espèces,

non compris une terre qui peut valoir viron sept cens livres de rente qui a esté acquise il y a viron un an de M. de Monfort pour le prix de quatorze mil livres, de laquelle l’amortissement n’est pas encore payé, non compris aussy une petite pièce de terre acquise de M de la Gonfle pour le prix de sept cens livres, une maison sise à la Ferté acquise des dames Le Prince pour quatre cens dix livres.

Le revenu casuel qui n’est autre que les pensions que les religieuses reçoivent de leurs parens monte à la somme de deux mil deux cens quatre vingt livres.

La maison ne doit aucune chose, au contraire il est beaucoup deu par les fermiers et il y a dans le cofre de la communauté six à sept mil livres.

Le monastère est situé entre deux colines qui sont enfermées dans l’enclos régulier, duquel les murailles sont en assez bon estât, à la reserve des chaperons qui sont pour la plus part en ruines, et d’une brèche qui donne de la basse cour dans la futais, la plus élevée des deux colines est du costé du septentrion, plantée sur le haut en arbre de haute futais, et un peu au dessous est un jardin oblongue qui a esté pratiqué à un costé, et dans lequel les religieuses ne peuvent aller que par un petit pont de pierre qui a esté fait sur l’allée par laquelle on va à l’église ; l’autre coline est du costé du midi, cultivée partie en vigne, partie en terre labourable, du costé de l’occident, dans le fond de la valée qui de ce costé là est fort enfoncée, est une petite preirie en la place de la quelle estoit autrefois un estang, qui a esté asséché à causse qu’il y en a deux autres du costé de l’occident, assis près de la principale entrée de l’abbaye, la quelle donne dans une grande cour qui sert de ménagerie et qui n’est pas régulière, sur cette grande porte est un ])etit pavillon où logent quelques domestiques; à droite en entrant est un corps de logis qui sert en partie à loger quelques autres domestiques, de grange et d’escuries aux chevaux et bœufs ; à l’engle d’y celuy est un autre bastiment en esquerre dans lequel est le pressoir et plusieurs chartreries, vis-à-vis sont les bergeries, porcheries, estables aux vaches et le colombier, dans le fond de la grandecouret de toutelalargeur d’ycelle est un grand bastiment au milieu duquel est la porte des lieux réguliers, à la droite de laquelle est un petit parloir et une sale, de l'autre costé de ladite porte des lieux réguliers est un parloir où on mange, PIKCKS DKTACHKES 52

la sale du commun et au bout un escalier pour monter dans les chambres dont c[uatre servent aux hostes et deux au père confesseur et procureur, le m.ême escalier conduit aussy au parloir de madame et à une autre chambre des hostes, a costé est une tourelle et un petit bastiment où loge le sieur Ingoust, facteur d'orgue. On passe par dessous cette tourelle pour aller en une longue allée c|ui conduit à l’église, laquelle est voûtée, assez longue, sans basses voûtes et sans ailles. On a toutefois pratic(ué dans l'épaisseur de la muraille deux chapelles vis-à-vis l'une de l'autre. L’église extérieure est séparée du chœur des religieuses par une grille, derrière le grand autel il y a une sacristie assez spacieuse, boisée tout autour, à l’autre bout de l'église est un jubé vitré sur lequel est un petit bufet d'orgue où on a commencé à mettre cjuelc|ues tuiaux. Les bastimens réguliers sont à droite de l’église du costé du midi, à l'entrée de l’église dans le cloestre est, comme dans les autres maisons de l’ordre, vis-àvis du cloestre du chapitre qui est dans le lieu ordinaire, bien voûté aussy bien que le parloir a costé duquel est le noviciat, qui est aussy voûté, dessus lesdits chapitres, parloir et noviciat et le grand dortoir dans lequel il 3' a des chambres des deux costés, basties peu regulierement, le coridor est un peu sombre, on y pouroit remédier facilement en faisant une grande fenestre, au bout dans le cloestre du refectoir s’en trouve un fort grand sur lequel on a pratiqué un second dortoir dont les chambres sont assés propres ; au bout dudit refectoir est la cuisine qui donne dans une petite cour qui est à l’entrée des lieux réguliers, au milieu de lac[uelle est unefonteine, la dépense, la buanderie, le four et un peu plus bas le moulin a bled qu’un petit courant d’eau fait tourner ; en main gauche en entrant en ladite cour et la cuisine de madame est une grande sale où couchent des servantes, au-dessus est l’appartement de madame qui consiste en trois chambres et un cabinet sur les quelles est le dortoir des sœurs converses, derrière le cloestre du chapitre est une autre cour oblongue autour de la quelle est le revestiaire, l'apoticairerie, le grenier a bled, la chambre des pensionnaires, la sale de la communauté et une grande chambre ; en un coin de ladite cour est un escalier qui conduit aux deux charhbres de l’infirmerie et à un quatrième dortoir où on ne peut aller qu'en passant dans les dites deux chambres de l'infirmerie, en faisant le tour par cette

cour oblongue cy dessus marquée. L’on peut dire que tous les bastimens de ce monastère ont esté bastis sans y avoir observé beaucoup de régularité et de simetrie.

De tout ce que dessus nous avons dressé le présent procès verbal, dans le cours de notre visite, signé de nous et de notre adioint, ce dix neuf juin mil six'cens quatre vingt huit, pour valoir et servir ce que de raison.

Signé : Fr. D. abbé du Val Richer,

Fr. Dumoustier, prieur de BonporI adioinl.

Carie de visite, 19 juin 1688.

A la plus grande gloire de Dieu.

Nous frère Dominique Georges, abbé du monastère de Notre- Dame du Val Richer, de l’étroite observance de l'ordre de Listeaux, dioceze de Baieux, vicaire general et visiteur du monastère dudit ordre situés en les provinces de Normandie et Perche, visitant le dévot monastère de Notre-Dame des Clerets, fille immédiate de la Trape, en la ligne et filiation de Clervaux, accompagné de venerable dom Laurent Dumoustier, prieur du monastère de Notre Dame de Bonport, sindic et promoteur general en les susdites provinces de Normandie et Perche, y avons trouvé la révérende mère de Mauroy, prieure, avec vingt-six religieuses de choeur, deux novices et neuf converses, nous y avons ainsy rencontré heureusement madame Angelique-Françoise de Valençay, nommée par sa maiesté a cette abbaye des Clairets, mais comme elle n’a pas encore ses bulles et par conséquent ne pouvant entreprendre la conduite de la maison, la communauté nous présenta une requeste par laquelle elle suplioit humblement etdemandoit avec beaucoup d'instance que ladite dame ait agréable de prendre la qualité de supérieure et voulut bien se charger du gouvernement du monastère, nous après avoir vu cette requeste et entendu les religieuses là dessus, estant au chapitre dès le premier jour de notre visite avons aprouvé avec bien de la joye la juste et judicieuse demande de la communauté, et avons establi et confirmé ladite dame de Valençay en l’office

de supérieure de ladite abbaye des Clérets pour en prendre incessamment la conduite, ce cju’elle a accepté et ce en vertu du decret du chapitre general tenu a Cisteaux l’an mil six cens quatre vingt six, dont la teneur suit ;

« Super appellatione emissa ab abbatissa et aliquot monia- « libus de Cleretis de quibusdam gravaminibus quæ sibi illata » prætendunt a Reverendo admodum domino de Claravalle, » eoque audito et consentiente, capitulum generale remisit dicti « monasterii de Claretis regimen ad reverendum dominum de U 'frappa, patrem immediatum, ut per se vel per alium cui vices << suas in scriptis committere tenebitur, ei monasterio quam « primum provideat, alias vicarius illius Provinciæ omnem ejus » curam habeat, præsentis capituli generalis auctoritate. »

Et ayant entendu toutes les religieuses en scrutin, le très Saint-Sacrement préalablement visité, et pris une entière connaissance de Testât de la maison tant au spirituel que temporel, nous avons iugé a propos de faire les réglemens suivans.

Premièrement. — L’office di vin estant l’œuvre de Dieu, comme nous enseigne notre bienheureux saint Benoist, sera toujours célébré aux heures régulières ordinaires avec piété, modestie et dévotion spéciale, chacun s'y rendra ponctuellement avec diligence et s'y comportera avec grand zèle et grand respect, on aura soin d’éviter la précipitation au chant et dans la psalmodie et l'on faira touiours une bonne pose au milieu de chaque verset et a la fin, prenant bien garde de ne recommencer trop tôt le verset suivant.

Les officieres du monastère s’acquiteront de leur charge avec soin et affection et on n'entrera point dans le heu de leur employ sans l’ordre de l’obeissance en particulier ou au moins general et au cas que Ton ait cette permission, on n’en messusera point, mais on s'y comportera avec silence, sans bruit et avœc beaucoup de modestie, sans y rester inutilement pour y causer et perdre le temps. Ces lieux sont, par exemple : la sacristie, la cuisine, la dépense, l’infirmerie, l’apoticairerie, et tous les autres officines du monastère, et quant aux officieres, elles acompliront leur devoir en ces endroits-là avec paix, fidelité et diligence, comme on vient de dire.

Celles qui se trouveront a l’infirmerie avec le même ordre que dessus et la sainte obéissance, auront grand soin d’entretenir

touiours la malade pieusement et de bonnes choses, principalement si elle estoit a l’extremité, affin de la consoler, fortifier et encourager a soufrir avec patience et soumission aux ordres de la divine Providence et avec une entière conformité a la volonté de Dieu, et la disposer par ce moien a ce redoutable passage et a bien mourir ; il est a propos qu’en ces conionctures on en use avec grande discrétion et que plusieurs ensemble ne visitent pas la malade, mais bien les unes après les autres seulement et même bon de n’estre pas trop longtemps, craignant que cela ne l’importune et ne luy soit à charge.

Le bon ordre du monastère demande que les religieuses ne communiquent pas ny avec les nouices ny avec les pensionnaires, mais seulement les maîtresses seules qui sont destinées à ces emplois et Dieu bénit cette conduite.

Les pensionnaires doiuent estre veillées, il ne les faut pas laisser seules, les maîtresses les auront touiours en veiïes, affin d’élever cette jeunesse dans la vertu et dans la modestie chrétienne, et empescher qu’elle ne contracte aucune habitude contraire et que sortant du monastère elle donne bonne édification à tous ceux qui les verront pour la gloire de Dieu et l’honneur du monastère.

Le silence qui est indispensablement nécessaire pour maintenir et conserver la vertu, la perfection et le monastère en bon estât, sera soigneusement gardé et spécialement aux heures et aux lieux réguliers et notamment après complis ; par cet effet on aura grand soin de ne demeurer tard au chaufoir ni ailleurs, mais on se retirera touiours de bonne heure au dortoir, lequel on fermera exactement a heure réglée et s’il est quelquefois necessaire de parler aux heures et lieux réguliers susdits on le fera tout bas et en peu de mots.

Au temps que l’on a permission de parler, l’entretien doit touiours estre de piété et de vertu pour se bien édifier les unes les autres et s’animer toutes ensembles a porter sa croix avec ferveur et s’avancer continuellement au chemin de la perfection, elles auront les unes envers les autres une grande retende et une religieuse circonspection et se traiteront avec tout l’honnesteté civileté et charité possible, ne disant et ne faisant jamais rien ni en présence ni en l’absence qui puisse choquer ou blesser personne et ne porter aucune parole qui resente tant soit peu son

murmure ou sa plainte en aucune maniéré, et notamment s’il j avoit des séculiers presens que l’on doit bien prendre garde de ne jamais mal édifier, et auxquels la prudence oblige de ne rien communiquer de ce qui se passe au monastère, s’il arrivoit par malheur que c|uelqu'unes se fussent tant soit peu émues l’une contre l’autre par quelque parole ou autrement, elles auront soin de se réconcilier au plus tost et ne garderont aucune amertume dans leur cœur, au contraire elles se préviendront charitablement et repareront humblement leurs fautes.

La veille des iours de communion, on se retirera une petite demi-heure aux complis pour se recoliger, se préparer pour faire plus sainctement la communion du lendemain, de laquelle personne ne se dispensera sans l'avis du révérend père confesseur.

Toutes les religieuses s’estuclieront avec beaucoup de soin et d'affection pour conserver l’estime et le respect qu'elles ont et qu’elles doivent avoir pour Madame, et se maintenir touiours comme de bonnes filles dans une humble obéissance et soumission à son esprit, et Madame de son costé comme une bonne mère continuera de les aimer, considérer et chérir selon Dieu, ayant pour elles un cœur tout plein d'amour, et par ce moien l'union et la chantable intelligence sera parfaitement establie entre le chef et les membres pour la gloire de Dieu, l'honneur du monastère et le salut des âmes.

Quand il arrivera c[ue quelque brèche sera faite aux murailles de la clôture, de quelque manière que ce soit, on einpeschera absolument l'entrée aux séculiers et aux gens du dehors, et on les détrompera de la fausse persuasion qu'ils ont en ce qu'ils prétendent en ce cas pouvoir entrer librement dans le monastère, sans autre licence ni permission, ce qui ne leur est nullement permis.

Les religieuses du chœur aimeront selon Dieu et chériront les sœurs converses, les traiteront avec une affection cordiale pour les encourager à bien pratiquer la vertu et à s’acquitter dignement et avec zèle de leur emploi, et les sœurs converses de leur part auront touiours pour les religieuses du chœur tout le respect possible, et se comporteront à leur égard d’une manière très civile et honeste et avec une grande humilité, docilité et soumission. Madame leur destinera une mère maîtresse pour leur conduite, laquelle leur tiendra le chapitre, et elles s’adresseront à elle pour tous leurs besoins.

D ésormais, les seules portières distribueront les aumônes par l’ordre de la cellerière et non autrement, et il ne sera permis à aucune d’en faire à qui cjue ce soit, même par espèce de récompense pour porter des lettres ou faire des messages et choses semblables.

On ne fera point venir désormais des personnes du dehors pour tailler et coudre les habits des religieuses, mais elles-mêmes auront pour soin d'aprendre et de s'apliquer à cet employ, cela estant fort régulier et conforme à l’estât et à la condition religieuse.

Les officières qui sont préposées pour donner aux religieuses les choses dont elles ont besoin se donneront bien de garde de les contrister par des refus peu charitables et précipités, si elles ont ce qu’elles leur demandent, elles le doivent donner promptement et avec joye, si elles ne l’ont pas, elles doivent tesmoigner qu’elles en sont bien maries et promettre qu’elles tâcheront d’y satisfaire au plus tôt, afin cjue iamais aucune n’ait suiet de penser à se pourvoir en particulier et d’une manière peut-être moins licite.

On ne doit pas entrer dans les cellules les unes des autres, quand par hasard on les trouve ouvertes, ni y prendre quelque chose absolument, ni s’y entretenir et causer plusieurs ensemble, cela estant entièrement opposé à la conduite religieuse et régulière.

Quand on sort d’un employ et d’un office pour entrer dans un autre, on doit rendre compte de toutes les choses qui appartiennent à ce premier office et ne rien mesler avec les choses qui concernent le second, pour cet effet il faut faire un ample et exact inventaire dans chaque office du monastère qui comprenne tous les ustancilles et generalement tout ce qu’il y a dans ces mêmes offices, sans rien obmettre.

La mère prieure ou soùprieure faira le chapitre tout au moins une fois la semaine.

Escrire, envoyer et recevoir des lettres ou posséder quelque chose en particulier, sans permission et sans obéissance, est une chose entièrement opposée à la profession régulière, et ainsy toutes se donneront bien de garde de tomber dans un defaut aussy grand et aussy pernicieux que celu\" là.

Enfin, ayant trouvé les religieuses dans une grande paix.

union et concorde, nous les avons exhortées de continuer ainsy heureusement sous la sage, judicieuse et charitable conduite de Madame de Valençaj, leur supérieure et nommée par sa maiesté a lad. abbaye des Clérets,leur recommandons en outre l’éxecution et la pratique de la règle , du bref d’Alexandre sept d’heureuse mémoire, des statuts de notre ordre et des chapitres generaux, afin de tendre continuellement par ce moien à la perfection religieuse.

La présente carte de visite sera luë en chapitre tous les vendredys ou samedys des quatre temps de l’année. Donné audit monastère des Clérets, sous note seing manuel, celuy de notre adioint et l’aposition de notre sceau, le dixneufiesme juin mil six cents quatre vingt huit.

Signé : Fr. D. Abbé du Val-Richer.

Fr. DumoüStier, prieur de Bonporf, adioint.

Pièce .tupplique des religieuses des Clairets pour la nomination de l'abbesse madame de Valençag.

1 4 juin 1688.

A. Monsieur du Val Richer, vicaire general de l’ordre de Cisteaux, supérieur et visiteur de l’abbaye des Clairets.

Supplient les religieuses, prieure et couvant de la ditte abbaye, votre reverence et paternelle bonté, que suivant le pouvoir qui vous a esté donné par le chapitre général d’agir et de veiller sur tout ce qui regarde et conserve le bien spirituel et temporel de cette communauté, de vouloir considérer les merittes, pieté, zele, prudance, et capacité de madame de Valancé, nommée par Sa Majesté pour estre abbesse de cette maison, laquelle a l’occasion du différant du St- Siège et de notre grand monarque, ne pouvant jouir du don a elle fait par sa majesté, nous afflige beaucoup, et le moindre retardement y peut aporter un très grand preiudice et a nous beaucoup de douleur de l’avoir sans action ; ces choses considérées, Monsieur, nous supplions très humblement votre Reverance de luy donner toute l'authorité et le pouvoir confor-

mement à notre saint ordre, nous vous demandons cette grâce avec autant d’instance que nous avons d'estime pour sa vertu. Si vous nous faite l’honneur et la grâce de nous l’accorder, vous confirmeres fortement la confiance et Tappuy que nous avons que vous nous seres touiours un véritable Père, et nous, par un sentiment de reconnaissance, nous protestons que nous serons toutes nos vies dans un profond respect.

Monsieur,

Vos très humbles et très obbeissantes filles et servantes.

(Signé). Sœur de Mauroy, prieure, sœur F. de Sallins, souprieure, sœur M. Lojseau, sœur Anne Jullien, sœur Anne Gomer, sœur M. Cornillau, sœur Barbe du Mousset. sœur de la Percherie, sœur N. du Verger, sœmr E. de Saint-Vaast, sœur C. Laurans, sœur M. Gobillon, sœur F. Besnard, sœur Marie de Courtoux, sœur R. Gaucher, sceur Marguerite Le Camus, sœur Marie Osan, sœur Charlotte de Saint-Vaast, sœur Marie Charlotte de Vanssay, sœur M. Georges, sœmr Marie Marchand. sœur Jeanne Marchand, sœur .Jeanne de Mauroy, sœur Pétronille Marchand, sœur B. Potin, S(£ur Jeanne Pouget, sœur Anne Bourcier.

Ce 14 juin 1688.

Page 1