R AU LOT
Pour ton journal qui est radical, mais i)Our le mien qui est conservateur... (n écrit.) Ministre, (|uoi(iu'au fond, un enragé de modéré...
TRINGUET, riant.
Et le plus drôle c'est que nous avons raison tous les deux, (au domestique) Pas d'enfants?
LE VALET DE CHAMBRE
Non! Rien que M. son petit-neveu et héritier : (Charles de Laversée junior, un grand critique d'art, à ce qu'il dit lui-même, et madame, née Pelissac, son épouse.
RABLOT
iMort?
LE VALET DE CHAMBRE
Jeudi.
RABLOT
LE VALET DE CHAMBRE
Six heures.
RABLOT
Du?...
LE VALET DE CHAMBRE
Matin.
TRINGUET
D'une?...
LE VALET DE CHAMBRE
Embolie.
RABLOT
Administré?
Oui.
Allons donc! Une embolie 1 On n'a pas eu le temps.
RABLOT, écrivant.
Je le mets tout de même.
Moi. pas... oli! saprelotte! Midi un quart... Et moi qui ai rendez-vous avec le greffier de la septième pour le scandale du guano... (n se lève.) Dis donc, mon petit Rabiot, il faut que je file, je te laisse mes notes, tu les compléteras.
UABLOT
Je veux bien. Mais comment faire? Tu es radical, moi conservateur....
Eh bien ! écris dans mon carnet le contraire de ce que tu mettras dans le tien... J'irai le prendre à ton journal.
RABLOT
C'est dit.
Tringuet sort, !c domestique le suit.
RABLOT, au valet do chambre.
Le nom de ses médecins? (Rappelant ic domestique.) Eh bien, où allez-vous donc?... Ail oui, je n'y pensais plus!..
(n fouille dans sa poche et lui chjiiiH' nue pièce de monnaie.)
Tenez !
LE VALET DE (HI AMBRE
Chiq francs! Mais, monsieur... vous êtes deux.
RABLOT, lui redonnant cinq francs.
Vous ne perdez pas le nord, vous... Voyons! Voyons! Le nom des médecins? N'y a-t-il pas un nommé Saint-Marin?
LE VALET DE CHAMBRE, avec finesse.
Oh! celui-là, c'est le médecin particulier de madame de Laversée, la nièce (insistant.).., particulier!
RABLOT
Alî! ah! Vous avez donc de l'esprit, vous?
LE VALET DE CHAMBRE, piqué.
Mais, monsieur, je suis bachelier.
RABLOT
Ce n'est pas une raison... Le nom des médecins?
LE VALET DE CHAMBRE
C'est que... quand leur malade est mort, ces messieurs n'aiment pas trop...
RABLOT, lui donnant de l'argent.
Les noms ?
Anthelme Denys, Radescourt et Cordin.
RABLOT Bon ! (n écrit les noms sur son carnet et sur celui de son
collègue.) Et maintenant le mot de la fin. C'est le cas de le dire.
LE VALET DE CHAMBRE, hésitant.
Ah! mais...
RABLOT
Voyous! voyons! Dans ce moment-là, un grand homme dit toujours quelque chose. Qu'est-ce qu'il a dit? Cherchez bien!
LE VALET DE CHAMBRE
Son dernier mot alors?.. Le vrai dernier?
RABLOT
Oui.
LE VALET DE CHAMBRE
C'est qu'on a raconté un tas d'histoires... Qu'il avait demandé delà lumière. . . plus de lumière encore ! . . Des bêtises! Il y en avait plein la chambre de la lumière! Ce n'est pas ca (ki tout, j'y étais, ainsi! je l'ai bien entendu... (l'ius bas.) Son Excellence a dit (ont bonnement : « Ça se décolle ! »
RABLOT
Sapristi! On ne peut pas mettre ca. Ah! (n écrit sur
soncarnot.) a Mourir! Renaître! » (Et surceluideTringuet.)
« Mourir! dormir! »
Oli! il en a dit encore d'autres, vous savez, en marmottant : s Ma vie est pur(5 »... « januiis cliangé, toujours été honnête homme ». M;iis il n'avait plus sa tête.
RABLOT
Bon! (Il lui donne de l'argent.) Le Yoilà le mot de la fin!
(Il l'écrit sur son carnet, puis au moment d'écrire le mot sur le carnet de Tringuet, il s'arrête et met les carnets dans sa poche.)
Ah! non, je le garde pour moi, celui-là!
LE VALET DE CHAMBRE
Vite ! vite ! J'entends monsieur de Laversée... junior !
Rabiot sort en courant.