SCÈNE III FLORIMONDE, IDALIE
IDALIE
Chère sœur, tu parais morose Dans le lit d'or et de satin Où repose ton corps divin Aurais-tu trouvé ce matin, Un pli de rose ?
FLORIMONDE
Non, mais le doux sommeil loin de moi s'est enfui !
IDALIE
Pourquoi donc ? Quel est cet ennui ?
FLORIMONDE
Reine des îles fortunées Que puis-je souhaiter encor Le ciel a tissé mes journées Avec des fils de soie et d'or Et pourtant,., et pourtant, ma chère Que veux-tu?
Je le sens, j'ai le superflu Et je manque du nécessaire.
AUCASSIN ET NICOLETTE. — r ACTE 31
Aimer leur Reine avec ivresse Mes sujets n'ont pas d'autre loi !
Je vois tous les cœurs en liesse Voler en foule autour de moi Et pourtant... etc.
IDALIE
Mais aussi, chère Flori monde, C'est U faute. Maints jouvenceaux Soupirent pour ta beauté blonde, Le soir, en tournant leurs fuseaux !
Et pourtant... et pourtant, ma chère, Aucun ne touche ta vertu ; Garde, si tu le veux, garde le superflu, Mais prends un peu du nécessaire.
FLORIMONDE
Tu plaisantes ma sœur, fort agréablement,
Mais la reine de Torélore
Ne t'a pas fait connaître encore
Le vrai penser qui par moment
Vient troubler son contentement.
Tu sais que le roi de Carthage,
Le vieux, le terrible Abdallah,
M'a demandée en mariage.
J'ai refusé tout net ce sectateur d'Allah,
Mais je redoute sa vengeance.
IDALIE
Que n'avons-nous pour ta défense Un brave chevalier, quelque preux paladin Comme Huon de Bordeaux ou Gauvin de Valence
Ou bien ce gentil Aucassin
Dont le ménétrier, arrivé de Provence,
Nous contait hier la vaillance ?
FLORIMONDE
Je ne craindrais plus rien du sort
IDALIE
Un seul de ces héros protégerait le port Contre l'invasion d'une flotte ennemie !
FLORIMONDE
Mais qu'est-ce donc? J'entends le cor...
Vois ce que c'est, chère Idalie.