LA ROMANCE DU SAULE
Assis sur un vieux banc, masqué par de grands ifs, Je regardais de loin, à travers les massifs.
Derrière le rideau de blanche mousseline,
Aller, venir une ombre une forme divine !
Maintenant accoudée au balcon, au milieu Des fleurs dont l'encadrait une antique glycine,
A la nuit, au désert jetant comme un adieu !
Puis rentrée au salon, et d'une main distraite.
Debout près du clavier par hasard entr'ouvert
Esquissant quelque idée imprévue et secrète,
Qui riait et pleurait, tout bas, à mot couvert.
Mais la note plaintive, où chuchotait la joie,
— Regrets d'hier mêlés à l'espoir de demain !
Dans un accord plaqué sur le clavier qui ploie
Se perdit tout à coup. Tout se tut. Le jardin
Était muet. La nuit laissant traîner ses voiles
Au bord de l'horizon, derrière les ormeaux
Semait à pleines mains les petites étoiles
Qui brillaient, fleurs d'argent, entre les noirs rameaux.
Alors dans ce silence et dans cette lumière,
Une voix s'éleva, grave et douce, une voix
Dont les tendres accents n'avaient rien de la terre, —