‹ Pièces et morceauxChapitre 39 sur 202 · LA ROMANCE DU SAULE · texte numérisé non relu

LA ROMANCE DU SAULE

Assis sur un vieux banc, masqué par de grands ifs, Je regardais de loin, à travers les massifs.

Derrière le rideau de blanche mousseline,

Aller, venir une ombre une forme divine !

Maintenant accoudée au balcon, au milieu Des fleurs dont l'encadrait une antique glycine,

A la nuit, au désert jetant comme un adieu !

Puis rentrée au salon, et d'une main distraite.

Debout près du clavier par hasard entr'ouvert

Esquissant quelque idée imprévue et secrète,

Qui riait et pleurait, tout bas, à mot couvert.

Mais la note plaintive, où chuchotait la joie,

— Regrets d'hier mêlés à l'espoir de demain !

Dans un accord plaqué sur le clavier qui ploie

Se perdit tout à coup. Tout se tut. Le jardin

Était muet. La nuit laissant traîner ses voiles

Au bord de l'horizon, derrière les ormeaux

Semait à pleines mains les petites étoiles

Qui brillaient, fleurs d'argent, entre les noirs rameaux.

Alors dans ce silence et dans cette lumière,

Une voix s'éleva, grave et douce, une voix

Dont les tendres accents n'avaient rien de la terre, —

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