SCÈNE II
GALATÉE
Elle entre avec précaution du côté opposé.
Oui, cours après la biche, ô chasseur intrépide ! Oublieux du logis, de chimères avide !
Soupirant Alors qu'il te serait si facile, et si doux ! De trouver le bonheur sans sortir de chez nous. Mais voilà ce que c'est : nous vivons en famille. On se voit tous les jours... soyez sotte, gentille, Ayez quelque agrément, ou soyez sans appas.
Qu'importe !... A voir sans cesse, on ne regarde pas. Enfin, je ne suis plus une petite fille 1 Croyez-vous qu'il s'en doute ? Oh ! pas du tout. Pourtant Je m'aperçois bien, moi, qu'il n'est plus un enfant. Je vois bien le duvet dont sa lèvre se dore, Et sa taille plus grande, et sa voix plus sonore. Mais quoi ! Pauvre Daphnis ! 11 est grand, il est beau... Mais un trouble fatal agite son cerveau.
Il me délaisse, hélas! ô cruelle fortune 1 Et pour qui ? c'est trop fort ! Pour Phœbé, pour la Lune ! Oui, pour la Lune. Absente, il reste à la maison. Bouche close, plongé dans quelque songerie.
Mais dès qu'elle a posé le pied à l'horizon.
Il part avec ses chiens, ses bœufs. La bergerie Reste vide souvent jusqu'à la fin du mois.
Et, quand je vais aux champs pour lui porter des noix, Des chiUaigncs, du pain, sur quelque roche nue Je l'aperçois de loin, debout comme statue.
GALATÉE
En contemplation !... ou je le trouve au coin Des herbages d'Alcandre, étendu dans le foin, Sur le dos, et toujours les yeux fixés sur elle. Comme s'il devisait avecque l'Immortelle !... C'est égal, je lui joue en ce moment un tour !... Un tour de ma façon... le voici de retour, Sauvons-nous !
Exit.