UNES
Je l'aurais couronné !
DON PÈDRE
Souviens-t'en ;et surtout sans crainteet sans colère Daigne écouter l'aveu d'un important mystère x Mes parens jusqu'ici te furent inconnus?
INÈS
Qu'importe? dans la tombe ils sont tous descendus.
DON PÈDRE
Ils vivent...
INES.
Quel mystère ?
DON PÈDRE
Ils vivent... dans Lisbonne D'un rang triste etpompeuxl'orgueil les environne. Le Roi possède un fils...
INES.
Prince heureux! qui déjà Par tout ce qu'il a fait prouve ce qu'il fera.
DON PÈDRE
Ce prince qui du rang que le hasard lui donne Voudrait pour être roi mériter sa couronne , Tu Tas vanté parfois en nos doux entretiens...
INÈS
Pour lui les vœux du peuple ont devancé les miens. Il est juste, il est grand.
DON PEDRE.
Tu l'aimes?
INES.
Je l'admire.
DON PÈDRE
Eh bien! Apprends donc...
INÈS
Parle.
DON PÈDRE
Héritier d'un empire.; Mais plus fier des vertus qu'il emprunte de toi Ce prince, ce guerrier, ce don Pèdre, c'est moi.
INÈS
Vous !
DON PÈDRE
Moi.
INÈS
(Avec ètonnement.) (Avec désespoir.) Qu'ai-je appris? Dieu! quelle affreuse lumière ! Que suis-je donc pour vous !
don pèdre, vivement.
Mon existence entière; L'épouse de mon choix, l'idole de mon cœur,
Non, non, de mon destin jugez mieux la rigueur» Je suis perdue!
DON PÈDRE
O ciel ! Inès que peux-tu craindre?
inès. (dre,
Tout. Vous m'aimez donPèdre et vous avez pu fein» C'en est fait, mon bonheur vient de s'évanouir ;
Et je dois pour jamais vous pleurer et vous fuir. Subissons du destin la volonté' barbare; L'hymen nous unissait, le devoir nous sépare. Loin de nous, vos aveux n'ont ils pas sans retour Banni l'égalité doux charme de l'amour?
Engagé sous un nom qui n'était pas le vôtre, Reprenez le serment qui nous joint l'un à l'autre. Un veuvage éternel va m'isoier de vous , Adieu., vous êtes prince, et je n'ai plus d'époux; Adieu, je pars; au fond d'un cloître solitaire Mes pleurs effaceront ma faute involontaire. Prince vivez heureux; je vous rends votre foi, Restez digne de vous en renonçant à moi. Vivez heureux!
don pèdre, avec la plus vive émotion.
Arrête Inès! que veux-tu faire?
N'es-tu pas le seul bien qui m'attache à la terre? Pourrais-tu me haïr ; et ton cœur sans pitié De mon être veut-il me ravir la moitié? Non, non! tu m'appartiens; d'un affreux sacrifice, Le Dieu qui nous entend ne sera pas complice. Ah ! par pitié du moins ne m'abandonne pas. Inès , sans le savoir guide de tous mes pas , Ta présence est pour moi plus que la vertu même ; C'est par toi qu'on m'estiment c'est par toi qu'on Je dois à notre amour, je dois à ton appui (m'aime; Et le bien que j'ai fait et le mal que j'ai fui ! Du destin de mes jours ô toi l'unique arbitre, Si don Pèdre cachant sa fortune et son titre , Pour obtenir ta main a dû se déguiser ; Don Pèdre impatient pour te désabuser N'attendait que le jour où , maître de lui-même, Il pourrait sur ton front placer le diadème. Et tu voudrais le fuir ? prête à l'abandonner, A des pleurs éternels tu veux le condamner !
Archives de la Ville de Bruxelles
Archief van de Stad Brussel À
En as-tu le droit? non. Puissances de la terre, De mon enfant qui donc peut me ravir la mère! Qui donc peut m'imposer un divorce odieux ! Les sermens que j'ai faits sont écrits dans les cieux. Approche :au roi des rois, au Dieu de la nature, Par tout ce qui m'est cher , par toi même je jure , Des tyrans d'ici-bas dédaignant les clameurs, De vivre si tu vis, de mourir si tu meurs; De n'accepter que toi pour épouse et pour reine. Oui,plusfierque jamais du nœud qui nousench aine, Je te jure un amour qui ne doit pas finir. On peut briser nos coeurs et non les désunir.
INES.
Cher époux !
don pèdre, avec attendrissement.
Au doux nom que ta bouche me donne , Je reconnais la voix d'un ange qui pardonne.
INES, j
Cher époux !...
don pèdre , la pressant clans ses bras.
Viens mêler tes pleurs avec les miens, Viens là. Deux cœurs unis dans de chastes liens, Ainsi bravent du sort la rigueur trop commune, Et trouvent du bonheur jusque dans l'infortune. Mais quoi! notre avenir est-il donc sans espoir? Non... d'un père abusé respectons le pouvoir. Pars ; charmé de ta vue , au sein de sa famille, Dans l'épouse d'un fils il bénira sa fiîle ; Et le persécuteur qui cause ton tourment , De nos prospérités deviendra l'instrument.
iinès.
Hélas!
DON PEDRE,
Vers ie palais ma course te devance,
Adieu. Sur notre hymen garde un profond silence. En instuire mon père est un devoir pour moi.
INÈS
Il suffit.
DON PEDRE.
Chère Inès , adieu ; rassure- toi.
Je pars sans voir mon fils, mais bientôt je l'espère Sous un titre pompeux je lui rendrai sa mère. Inès , tu régneras si jamais je suis roi; Les humains béniront ta bienfaisante loi ; (mage: Et nous verrons Dieu même approuver leur hom- La bonté sur le trône est sa plus douce image.
S' avançant vers le fond du théâtre.
Portugais , mon amour la confie à vos bras. Vers Lisbonne contraint de précéder ses pas, Je vous laisse l'honneur d'escorter son passage. Protéger la faiblesse est la loi du courage.
(Il sort.)