ALPHONSE, DON PÈDRE
ALPHONSE
Rebelle aux volontés et d'un père et d'un roi De quel front osez-vous pénétrer jusqu'à moi ; Quand sous nos étendards mon ordre vous exile A mes lois jusqu'au bout serez-vous indocile?
DON PÈDRE
Ah qu'entends je? faut-il que mon adversité Dans un père chéri trouve un juge irrité? Loin de moi vains rayons d'une gloire éphémère! Hélas dans un seul homme un même jour éclaire , Grâce à l'ordre fatal que mon roi me prescrit. Le retour d'un vainqueur et l'exil d'un proscrit !
ALPHONSE
DonPèdre, écoutez-moi. Le temps et la souffrance M'affranchiront bientôt d'un reste d'existence; Le mal qui me poursuit redouble de fureur; Et mes regards déjà mesurent sans terreur L'abîme au bord duquel tout finit comme un songe. Chaque pas nous y mène; un dernier nous y plonge.
DON PÈDRE
Ah mon père !
ALPHOSSE.
Écoulez : Vous régnerez; vos mains Des Portugais bientôt régleront les destins ; Mais une fois encor souffrez que ma vieillesse Par d'utiles conseils guide votre jeunesse.
De remplir vos devoirs si vous êtes jaloux 3 Esclave de l'État vous n'êtes plus à vous. (de,, Toujours fier d'obéir quand son bonheur comman- Plus vos efforts sont grandsplusvotre gloire, estgran- Soyez craint quelquefois mais toujours estimé; (de. Un prince qu'on estime est bien près d'être aimé. Enfin roi vraiment roi, sans haine et sans caprice ? Rendez le peuple heureux afin qu'il obéisse. Mon fils , jusqu'à ce jour voisin de mon trépas , Ces préceptes sacrés ont conduit tous mes pas. J'ai fait plus : à l'État, au peuple, à ma couronne J'ai tout sacrifié, tout jusqu'à ma personne. Armé contre l'amour d'un mépris généreux Dans mon cœur jeune encor j'ai su dompter ses feux, M'assurant l'amitié d'une cour étrangère Pour le bien de l'État j'épousai votre mère. Tout protégea les nœuds qui nous avaient unis; La terre les dicta , le ciel les a bénis , Vousavez vu le jour.. Sans verserquelqueslarmes, Quand je ne puissongeraumomentpleinde charmes Où le ciel m'accordait, non propice à demi, Pour mon trône un soutien, pour mon cœur un ami, Par de nouveaux refus aggravant ma souffrance Oserez-vous tromper ma plus chèreespérance ? Non, non ,de votre hymen le bruit s'est répandu. Par sa joie à ce bruit le peuple à répondu. Au nom de la patrie, au nom de votre mère , Exaucez votre ami , consolez votre père. Que ses derniers désirs ne soient pas superflus. Demain, ce soir peut-être, il n'en formera plus l Cédez ; etdigne appui de ma grandeur suprême , Apprenez à régner en régnant sur vous-même.
don pèdre.
Ah! mon père , écartez un présage inhumain. D'un règne bienfaiteur prolongeant le destin,
Puisse plutôt le ciel, touche de nia prière, Pour accroître la vôtre abréger ma carrière ! Vivez, régnez; mais quoi , nepuis-je rejeter Des nœuds qu'un justeorgueilmedéfenckraccepter? Pour obtenir ma main il fauttoucber mon âme. La Castille prétend m'imposer une femme , Quel besoin avons-nous d'un monarque étranger? Par l'hymen avec lui pourquoi nous engager? Il donne à sa frayeur l'accent de la menace ; (dace, Maispuisqu'il vousrecherche, ilvouscraint.Sonau- Qui faute de nous vaincre aspire à nous tromper, Chez d'antres peuples, sire , a de quoi s'occuper., Aux champs de l'Aragon, dans ceux de la Navarre Effroi des Castillans la guerre se prépare. Lorsqu'à Tenvi contre eux tout semble conspirer, Tout en notre faveur semble se déclarer, (villes : La gloire est dans nos camps, le calme est dans nos Desmoissonsàflotsd'orcouvrentnoschampsfertilles; Des voiles ; des cités sortent du sein des eaux ; L'Océan s'apprivoise ; et déjà nos vaisseaux Deleurs mats voyageurs couvrant la mer profonde, Cherchent à reculer les limites du monde ! Et du prince espagnol l'insupportable choix D'un hymen protecteur m'imposerait les lois î Non , non , par le fer seul que la paix soit fondée; Et sachons l'obtenir sans l'avoir marchandée!
ALPHONSE
J'estime votre audace et ne l'approuve pas. Avare désormais du sang de mes soldats, Je veux par le repos consolider ma gloire ; Etle bonheur public vaut mieux que Ja victoire. Mais vous, pourquoi tromper parunlong célibat, Et les désirs d'un père et les vœux d'un Etat? Quand vingt fois en un jour ma vie est manacée, Mon fils , renoncerai-je à la douce pensée
D'embrasser vos enfants ; de bénir leur berceau ; Et de revivre en eux des bords de mon tombeau ?
DON PÈDRE
Mon père, ah ! que ne puis- je au sein de ma patrie Choisir à l'instant même une épouse chérie ; Et libre dans mes goûts, près du trône enchanté Ainsi que la vertu faire asseoir la beauté ! N'en doutez pas, bientôt cette auguste alliance Du trône rajeuni doublerait la puissance. Quand le peuple aurait vu par un illustre choix La fille d'un sujet s'unir au tils des rois, Le monarque espagnol trompe dans sa vengeance Respecterait en nous une famille immense. Plus chers aux Portugais par ces nouveaux liens ? Roi , prince , mais surtout soldats et citoyens , Contre nos agresseurs nous marcherions terribles. Les peuples satisfaits font les rois invincibles !
ALPHONSE
Prince la politique a régie votre sort. Soumettez-vous.
DON PÈDRE
Mon roi peut commander ma mort, Mais non pas à ma vie imposer un supplice.
ALPHONSE
C'en est asssez : je règne et veux qu'on m'obéisse.
Allez.
( Dans ce moment Pacchèco paraît, accompagné de
don Dingue. )
DON PÈDRE
De mes exploits tel est donc le seul prix ! (Montrant Pacchèco qui s avance Lentement, j Cet orgueilleux despote objet de nos mépris ; Cet esclave insolent qui chaque jour aspire A régner plus que vous sur votre propre empire , De mon sort malgré moi dispose sans pudeur !
C'en est trop : fatigue d'une vaine grandeur, Je me rends à moi-même en abjurant mon titre. Simple sujet, la loi devient mon seul arbitre» Armé de votre nom, Pacchéeo, j'en convien, Peut disposer du prince et non du citoyen.
// sort.