‹ Pierre de Portugal, tragédie en cinq actesChapitre 40 sur 42 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

DON PÈDRE, INÈS, ALVARE suivi dune foule de peuple et de soldats portant des flambeaux.

ALVARE

Prince , le roi n'est plus.

DON PÈDRE

Ciel!

ALVARE

Tout un peuple attend vos décrets absolus.

DON PÈDRE

Mon père....

ALVARE

Sous le mal qui des long-tems l'accable, Hélas, j'ai vu tomber ce vieillard vénérable! Épuisé, n'ayant plus la force de souffrir, L'aspect de tous les pleurs qu'il ne pouvait tarir , Il a, dans son palais, seul, étouffant ses plaintes,

D'un accès foudroyant supporte les atteintes. Ses yeux, ses tristes yeux un moment ranimés Pour ne plus se Couvrir se sont bientôt fermés. Mais d'une voix mourante appelant sa famille, Il vous nommait son (ils, il vous nommait sa fille.. Des Castillans déjà l'ambassadeur a fui ; Votre persécuteur plus malheureux que lui, Arrête par le peuple et traîné dans la poudre, De la justice humaine entend gronder la foudre. Inès , don Pèdre , un Dieu vous prête son appui : Vous gémissiez hier, vous régnez aujourd'hui.

DON PÈDRE

Ainsi le sort pour moi n'est qu'à moitié prospère : 11 me rend une épouse il me prive d'un père! Ah ! quel serait sans toi l'excès de ma douleur, Inès!

inès , s apuyant sur un fauteuil.

Don Pèdre.... hélas!...

don pèdre avec effroi.

Pourquoi cette pâleur?

inès d'une voix altérée.

A ton bonheur le ciel ne m'a pas destinée

DON PÈDEE.

Quoi!...

inès, lui montrant la coupe.

Cette coupe...

don pèdre', avec le plus affreux désespoir.

Alvare, ils l'ont assassinée....

O vengeance! ô fureur! mais que dis- je, vas, cours, On peut à ses tour mena prodiguer des secours. Hâtons-nous, cher Alvare.

inès, tombant dans le fauteuil.

Il n'est plus temps.... demeure,

Et par ton doux aspect soutiens ma dernière heure.

DON PÈDRE

O désespoir !

La mort va m* isoler de toi....

DON PÈDRE

Pour jamais!

INÈS

Pour long-tems !... Cher époux , jure moi Qu'à mes derniers désirs ton cœursouscritd'avance.

DON PÈDRE

Je le jure !

INÈS

Homme et roi supporte l'existence.

Courage, souviens-toi qu'au sein de l'avenir, La mort qui nous sépare un jour doit nous unir.

DON PÈDRE

Inès...

INÈS

Ce n'est pas tout , dans leur fureur jalouse Des hommes égares ont proscrit ton épouse; Pour consacrer mon titre, osons les épargner : Mourir en pardonnant, cher époux, c'est régner. Et je veux que ton bras se venge sur la terre Du mal que l'on m'a fait par le bien qu'il va faire. Aime toujours ma mère... aime mon fils... adieu ; Vivez heureux... je meurs.

( Elle expire. )

DON PÈDRE

ALXARE.

Quittons celieu...

Venez...,

don pèdre , avec désespoir.

De mes bourreaux imitateur funeste, Veux-tu donc me priver du seul bien qui me reste ? Barbare ! prétends-tu me ravir à ton gré Le sol qu'elle touchait, l'air qu'elle a respiré? Non , non , prenez ma vie et respectez la sienne; Dieu ! ranimez son ame au souffle de la mienne.

(Avec délire. ) Inès... chère Inès... parle... et que ta douce voix Résonne dans mon cœur une dernière fois!... Tune me réponds pas...

alvare.

La douleur vous égare.

DON PÈDRE

( Toujours avec délire , mais calme. ) Non , elle îi' est pas morte. . . elle dort , cher Alvare, Elle dort... point de bruit... laissons la sommeiller. Pour embellir un trône elle va s'éveiller ! Ah ! qu'il me sera doux de voir sur ma patrie Mes bienfaits répandus par cette main chérie! Seul tu nous manqueras dans cet heureux moment, Mon père...

( Il s'approche d'Inès. ) Tout est prêt , pour ton couronnement:

Viens... donne-moi ta main... donne...

(// lui prend la main et la laisse tomber avec effroi.)

Dieu... quelle glace !!!

Terrible entre nous deux l'éternité se place! (perd, Inès, Alphonse, où fuir? pour ce cœur qui vous La vie est un néant, le monde est un désert.. . Où fuir?

( Il tombe abîmé dans sa douleur et appuyé sur le fauteuil d'Inès. )

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