‹ Pierre de Ronsard; textes choisis et commentésChapitre 13 sur 86 · ODE NON MESURÉE · texte numérisé non relu

ODE NON MESURÉE

Soyons constants, et ne prenons souci Quel jour suivant poussera celui-ci ; Jetons au vent, mon Gaspard,' tout Taffaire (2) Dont nous n'avons C[ue faire.

Pourquoi m'irais-je enquerre (3) des Tartares Et des pays étranges (4) et barbares.

Quand à grand^peine ai-je la connaissance

Du lieu de ma naissance?

A propos, Fignorant

Va toujours discourant

Le ciel, plus haut que lui.

Las ! malheur sur les hommes !

Nés certes nous ne sommes

Que pour nous faire ennui.

C'est se mocjuer de gêner (5) et de poindre (6) Le lias esprit des hommes, cpii est moindre

(1) BL, Odes retranchées, t. II, p. 398. Texte de 1550.

(2) Affaire était alors masculin aussi bien et plus souvent que féminin.

(3) Enquérir.

(4) Étrangers.

(5) Mettre à la torture.

(6 Piquer.

PHKMÎKllES ODES = .1!)

Que les conseils de Dieu, ou de penser Sa volonté passer.

Toujours eu lui mettons notre espérance, Et en son lils notre ferme assurance.

Quant à la reste, allons avec le temps Heureusement contents.

A l'homme qui est né Peu de temps est donné Pour se rire et s'ébattre.

Nous l'avons ; cependant Que vas-tu attendant?

Un bon jour en vaut quatre.

Soit que le ciel de foudres nous dépite. Ou que la terre en bas se précipite ; Soit que la nuit devienne jour qui luit,

Et le jour soit la nuit.

Je n'en aurai jamais frayeur, ne crainte, Comme assuré que la pensée sainte De l'Éternel gouverne en équité Ce monde limité.

Le Seigneur de là-haut Connaît ce qu'il nous faut Mieux que nous tous ensemble.

Sans nul égard d'aucun, Il départ (1) à chacun Tout ce que bon lui semble.

Je t'apprendrai, si tu veux m'écouter, Comment l'ennui mordant se peut ôter.

Et tout ce qu'a la tristesse avec elle

D'importune séquelle.

Tu ne seras convoiteux d'amasser Cela de quoi tu te peux bien passer, Comme trésors, honneurs et avarices.

Ecoles de tous vices ;

Car c'est plus de refraindre (2)

Son désir que de joindre

(1) Disir'.bue.

(2) Réfréner.

40 == RONSARD. — CIIAP. ÎH =

L'ourse au midi ardent, Ou l'Auvergne pierreuse A TArabie heureuse, Ou l'Inde à rOccident.

Tu dois encor éviter, ce nie semble, Faveurs des rois et des peuples ensemble ; De ces mignons toujours quelque tempête

Vient foudroyer la tête.

Ce n'est pas tout : avecques providence (1) Fais un ami, dont l'heureuse prudence Te servira de secours nécessaire

Contre l'heure adversaire.

Ton cœur bien pré})aré,

De force remparé,

En la fortune adverse,

Patience prendra :

En la bonne, craindra

Que l'heur ne le renverse.

Api'ès l'hiver, la. saison variable Pousse en avant le printemps amiable.

Si aujourd'hui nous sommes soucieux.

Demain nous serons mieux.

Toujours de l'arc Tiré (2) Phebus ne tire Pour envoyer aux Grecs peste et martyre ; Aucune fois, tout jiaisible, réveille La harpe, qui sommeille.

En orage outrageux Tu seras courageux :

Puis, si bon vent te sort, Tes voiles trop enflées, De la faveur soufflées.

Conduiras, sage, au port.

Après avoir prié, dévotieux, Les deux jumeaux qui décorent les cieux. Desquels le feu flamboiera sur sa tête Vainqueur de l;i ttMiipête,

(1 ) Frévoyancc.

(2) Eu c-.Jère.

I'|{KMIKKES (inKS = 41

l>"iiii ("scrimour en \cis tu ilécriras, L'aiitic dompiciii- de {-hevaux tu diras, Uu pour leur sœur le combat merveilleux Des deux Rois orgueilleux.

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