ENSEMBLE
Quand on crie aux armes , etc.
tJLRicH, chantant son fusil au bras.
Plan , plan.
En avant, en avant, C'est là not' cri de ralliement.
Deuxième Couplet.
Près de ma chaumière , Pour charmer mon cœur , Plantez la banoière Du Russe vainqueur.
ULRICH
Plan, plan, plan.
Quand on crie aux armes , etc.
ULRICH
Pian , plan , plan , etc. '
Troisième Couplet.
ULRICH
L'ennemi s'imagine Qu'il nous verra fuir; Mais, près de Catherine , Nous saurons mourir.
{Plan , plan , plan , etc.
Quand on crie aux armes, etc.
Mon brave Ulrich, que ce courage-là te Ta bien! J'e'tais sûre que tu ferais un bon soldat.
ULRICH
Sans me vanter, Catherine, je n' sois ni 1' pins laid, ni 1' plus mauvais du régiment; il est vrai que dans 1' com-
Pierre. 5
i8 PIERRE ET CATHERINE,
mencenient, j'ai eu d' la peine à m'y habituer, les boulets m' faisaient un drôle d'effet., mais l' désir de vous plaire. .
Oui, oui, tu me plais ainsi; la bravoure me va toujours au cœur.
Eh bien, c'est déjà bon signe... parce que, si la bravoure vous va au cœur , p't'êt' que le brave ira aussi. . .
CATHERINE , riant.
Oh! pour le brave , c'est autre chose.
ULRICH
L' malheur pour moi , c'est qu'il y a d' la concurrence; c'est à qui vous fra les yeux doux , ici.
CATHERINE , fièrement.
Oui, mais je sais me faire respecter.
ULRICH
Oh! quant à ça , c'est connu. . . Vous avez une manière de regarder les camarades... les plus liardis sont en déroute tout de suite. . . et moi , encore plus vite que les autres.
Oh ! toi , c'est différent ... tu es mon ami d'enfance , mon seul ami.
ULRICH
Je n' dis pas , mais c'est que j' voudrais bien être encore aul' chose... et si j'avais seulement un grade... Par
bonheur, cette nuit, y a des chances nous devons
tomber tous les quinze cents sur dix mil!e Suédois.
Est-il possible?
Ch! nous jouons gros jeu. . . mais j' resterai là-bas, oui j'en reviendrai avec un grade. . . P't'êt' qu'alors , ça vous décidera.
CATIIEUrNE.
Mais si je ne méritais pas . . . •
ITLRICH.
Vous ? VOUS mériteriez un Empereur , mais faute iVEmpereur , ptêt' qu'un p'tit caporal. . .
CATHERINE , avec sensibilité.
Va, mon pauvre Ulrich, ta franchise, ton courage, suffiraient pour touclier mon cœur... el, sans nn souvenir. . .
ULRICH , surpris.
Ah! vous avez un souvenir!
Oui , un service que je rendis ... il y a deux ans. Tu venais de t'engager, j'habitais alors Marienbourg , près de mon oncle, le vieux pasteur Gluck qui fortifiait, par une éducation bien au-dessus de mon état , les idées que m'avait données mon père. . . Une nuit, Marienbourg fut surpris par les Suédois : à la lueur des torches , je vis nn soldat russe, poursuivi de toutes parts... Je le reçus dans notre demeure, et je lui sauvai la vie en le faisant échapper par une porte qui donnait sur la campagne.
ULRICH
C'est bien , ça , Catherine.
Dans le trouble de sa fuite, il ne me dit que ce peu de mots : un jour, je reviendrai , vous serez heureuse.
ULRICH , avec inquie'lude.
Eh bien ?
Eh bien! je ne le revis plus... mon oncle mourût,
je revins habiter cette chaumière, mon seul asile
et depuis , les traits de ce soldat sont restés gravés là.
ULRICH , indiquant son cœur.
Et p't'êt' là.
CATHERINE , hésitant.
Et si cela était?
ULRICH
Caserait affreux avons, Catherine; car enfin, j' suis Y premier en date , moi. . . Vous n'étiez pas plus haute que ça, que de'jà. . .
Va, va, sois tranquille, il ne reviendra pas .. . et s'il existe > il ne pense sans doute plus à moi.