PREMIER SOLDAT
Nous sommes las de nous battre pour lui.
PIERRE , portant la main à son sabre avec fureur.
Malheureux !
"ULRICH , r arrêtant.
Laissez donc, sergent, laissez donc, ils n'en feront pas moins le coup de sabre. Nous sommes de nouvelles levées qui n'avons jamais servis avec le Czar,nous ne le connaissons même pas , et les camarades étaient bien pires que ça avant d' venir ici, mais d'puis deux jours que nous sommes dans c'te vallée , Catherine les a déjà tous changés.
PIERRE , surpris.
Quelle est donc cette Catherine?
ULRICH
C'est la fille d'un brave soldat , qui lui a laissé c'te petite auberge pour tout héritage. J' suis né comme elle dans ce pays , oîi nous avons été élevés ensemble. Mais dam' , c'est pas une femme comme une autre ; d'abord elle est plus jolie qu'une autre , et puis une tête , un cœur , un courage ! C'est mon premier capitaine , c'est elle qui m'a enrôlé.
PIERRE
Que dis-tu ?
ULRICH
Son père ne lui parlait que de gloire , que de combats ; elle n'admirait que ça . . . et pour qu'elle m'admirât un peu. . .
PIERRE , souriant.
Tu t'es fait soldat.
Juste J il fallait voir comme elle nous a reçus quand nous sommes arrivés dans c'te vallée j y avait des blessés et des bien portans... Que de soins elle donna aux blessés, et
que de petits verres nux bien portans. Aussi , depuis ce temps-là , ou ne jure plus que par elle. ( vwnlrant les soldais.) Vous voyez bien ces mutins-là. . , Eh Lien! liirr encore, quand elle nous chanl.'iit la ronde du Czar. . . si Icnnemi s' fut trouvé là, nous tombions sur lui eu cbœur, et enfoncé au dernier couplet.
PIERRE
Nous verrons cela la nuit prochaine^ le combat commencera , lorsque des feux allume's par Alenzikoff paraîtront sur les montagnes qui sont à l'horizon. Da courage , de l'audace, et la victoire est à noas.
ULRICH
C'est ça , un bras de moins, un chevron d' plus, et Catherine est à moi.
PIERRE
Comme tu y vas.
ULRICH
Pourvu qu'il m'en reste un pour lui donner la main, v'ià tout ce qu'il me faut, {on entend la trompette d^ appel.) Allons, v'ià déjà l'appel 5 dites donc ; sergent, faites - moi 1' plaisir d'avoir l'œil sur c'te chaumière jusqu'à mou retour.
PIERRE
Sois tranquille, je serai là. . . mais à charge de revanche. . . et si jamais je me marie, je te ferai monter la garde à la porte de ma femme.
Convenu.
( Ulrich et les soldats sortent , en reprenant la fia du Chœur de l'Introduction.)