ENSEMBLE. \ PIERRE
I Sa plaisante tournure
\ ]Me divertit vraiment.
PlKOFF.
Je crois qu'un homme de ma sorte , Sans crainte, peut parler au Czar.
Dès qu'à moi seul on s'en rapporte , e lui fais parler sans retard .
PIKOFF.
Vous ?
PIERRE
• Moi.
PIKOFF.
Vous êtes très-puissant? je pense.
PIERRE
Devinez donc ce que je suis.
OPERA-COMIQUE. i5
piKOFF , auec i/o/lie.
Sans (loule , uu homme d'importance ?
riERKE.
L'on est assez de votre avis.
PIKOFF.
A cette vaillante tournure, '
Qui doit briller dans un co:jibat , Vous devez être , je le jure, Pour le moins... un pauvre soldai.
PIEBRI.
Mieux que cela, je vous assure.
TIKOFF.
En ce cas , un brave sergent.
PIERRE , ria/it.
Mieux que cela !
PIKOFF.
Lieutenant?
PIERRE
IMieux que cela !
riKorr , le regardant auec une su/prise croissante. Commandant?
PIERRE , riant.
Mieux que cela ! {à part, ) Son embarras m'amuse.
PÎKOFF.
Général?... Non, je m'abuse.
PIERRE
Mieux que cela!
PIKOFF.
Prince... O ciel !
Ah ! je sens un effroi mortel.
PIERRE
Mieux que cela ! Mais , tenez , sans mystère , Vous n'avez plus qu'un pas à faire , Et c'est cela.
PIKOFF.
Dieux ! celte ligure si fàrc !
i4 riERRE ET CATHERINE ,
Ne seriez-vous pas , par hasard ?. .
Le Czar !... Vous y voilà.
PiKOFF , flpec respect.
Ah ! sire , quelle surprise !
PIERRE, riant.
Oui , j'ai l'air d'un pauvre sergent.
PIKOFF.
Daignez excuser la méprise...
PIERRE
Ou tout au plus d'uQ lieutenant.
(PIERRE
La plaisante aventure , Ab ! j'en rirai long-temps.
E>' s EMULE J PIKOFF.
I La terrible aventure !
\ J'en tremble, je le sens.
PIERRE
Approchez, monsiear le Manitlonnaire ge'neralj vous aviez un avis important à donner au Czar , cela seul a pu me décider à me faire connaître , mais songez que ce
n'est qu'à vous Ma pre'sence en ces lieux est un
secret pour tous mes soldats , jusqu'au moment du combat...
PIKOFF.
Ah! Sire , mon dévouement. . .
PIERRE
Votre dévouement ... Et Charles XII . . .
PIKOFF.
Permettez , Sire ... Le système général des fournitures consiste à servir indifféremment amis et ennemis ; avec nous , il faut que tout le monde vive. . . Tel que vous me voyez, j'ai déjà servi trois souverains j j'en suis à ma quatrième tête couronnée... et je ne vois pas pourquoi . . .
PIERRE, riant.
Je ne ferais pas la cinquième.
PIKOEF.
L'état se comprend en deux mots: donner peu, et se faire donner beaucoup... c'est même le mode d'administration le plus ge'ne'ralement répandu... et les finances suédoises , n'étant pas brillantes , en ce moment. . . si mes services. . .
PIERRE , avec impatience.
Nous verrons; mais cet avis essentiel?
PIKOFF.
M'y voici. J'étais chargé, par notre cher Souverain, Charles XII, de lui amener un convoi de vivres , mais tous les gens qui m'escortaient n'ont pas été pris , et si quelquesuns d'eux sont arrivés sains et saufs au camp suédois. . . Ils pourront bien parler de votre ambuscade. . . et ma foi, bientôt entourés par dix mille ennemis, je ne répondrai plus de Votre Majesté.
PIERRE , à part, avec agitation.
Cet homme a raison. .' . Nous serions perdus , et le signal du fort Saint- Anne serait notre seul espoir , en instruisant MenzikofF de nos dangers.
PIKOFF , à Pierre qui reyiéchit.
Ah ! Sire , quel bonheur pour moi, de contribuer à votre précieuse existence! . . . Cet excellent Charles XII, si vous voyez comme il se porte. . . une santé superbe!