‹ Pierre Gassendi, prévôt de l’Église de DigneChapitre 1 sur 55 · BUE DE FLELRUS, PARIS · texte numérisé non relu

BUE DE FLELRUS, PARIS

1 Diqne-les-Bains - Fonds Gassendi

AU PIED DE LA SÏAÏI i:

« f/une des plus illustres pièces de Dieu est le inonde, fin monde l'Europe, de l'Europe la I Varice et de la France la Provence. » Ainsi parle César de Noslradamus, fils de Michel en son Histoire et Chronique de Ptvmive 1 , et j'estime que ce gentilhomme a raison.

Dans un superbe encadrement de montagnes, que domine la tête blanche des Trois Évêchés, nous arrivons à Digne; c'est la gare terminus : « Toul le. monde descend ï »

Après avoir traversé les sept arches trapues du pont qui relie les rives de la Bléone, je longe jusqu'au Pré de Foire, sous l'ombre des platanes centenaires, le boulevard Gassendi, et je salue, au Cours des Ares, l'illustre philosophe, prévôt de l'Église Cathédrale, qui, debout, dans les plis de sa robe de bronze; sourit aux jeux de ses concitoyens.

Dans la pierre du piédestal où se dresse la statue, œuvre dé Kamus, sculpteur aixois, pas d'ornements allégoriques, pas d'inscriptions en stylé lapidaire; un seul mot qui suffit :

G VSSEKDI*.

A sa mémoire je tache d'élever un monument plus modeste qui ne saurait le disputer à la pérennité de l'airain.

La vie du philosophe des Alpes a fait déjà l'objet d'études si consciencieux et si complètes qu'une nouvelle biographie serait inutile et redondante, si le rappel sommaire des faits

I. Lyon, S. Rigaud, fa-folio 1011. Préface ;i<lrefsée au Roy.

k 2. La statue de Gassendi a été inaugurée le fc 2i mai 1851, M. le D r Frueliier étant maire de Digne, Par une heureuse iiiée, le piédestal avait été taillé dans la belle pierre de Charaptercier, pays natal du philosophe.

principaux de celle noble existence avait un autre but que cTajoutef aux précédentes publications le résultat de quelques recherches personnelles ej la discussion de quelques points controversés.

Je citerai notamment trois Ihfesespour le doctorat es lettres, qui, si elles n'ont pas épuisé l'élude de l'œuvre philosophique de Gassendi, l'ont du moins tort entamée : en |N,j<S, thèse française de M. Mandon sur le Syntâgina philosùphicum; en 1889, ihèse française particulièrement intéressante de M. Félix Thomas sur h philosophie de Gmendi; en 1908, thèse lai i ne de M , Berr c< An jure mter$cepiico$ Gamndus tntmemtux fuerit ' » .

11 s'agit ici, non de l'influence que Sexlus Empiricus, Montaigne et Charron peuvent avoir exercée sur Gassendi, ni de la parenté de ses atomes avec ceux de Leucippe, de Démocrile, d'Epicure et de Lucrèce, mais d'une simple étude biographique, mêlée de quelques considérations sur son œuvre et son système;

Les atomes crochus ! Seraient-ee par hasard ceux que nous voyons se livrer d'interminables combats, danser, monter, discendre, dans un rayon de soleil, sous la forme de points d'interrogation, comme pour défier notre curiosité?

Contemplât or enini, quum solis lumina conque Insertim fundunt radios per opaca domorum; Mulia minuta, modis raultis, per inane, videbis Corpora raiscerc, radiorum iumine in ipso, El velut aeterno cerlatmne proelia pugnaque Eilcre lurniatim certanlia..,.

(Lucrèce, De natura rerum % Liber II.)

Je crois bien que depuis Lavoisier, en dépit des corps simples, il n'y a plus d'atomes ni droits, ni crochus, ni plats, ni sphériques; il n'y a plus d f imècable$ depuis que la chimie a dilué

1. Citons aussi li vie de Pierre Gassendi par l« i Père Bougera ^ de l'Oratoire; V Histoire de la vie et des écrits de Pierre Gassendi par l'abbé' A. Mur lin, aumônier au Collège de Digne. La lettre du Chanoine (te Latûrde n supplément nécessaire à Fourrage du P. Bouger ri », Y Eloge de Gassendi par le P. Ma ne. religieux dominicain; le discours lIu professeur llonfnnle ;i la distribution des prix du collège de Di^ne 1880, le discours du professeur J. Barreau à la distribution des prix du Lycée Gassendi lt>2 k 2.

© Diane-les-Bains - Fonds Gassendi

à l'infini les parcelles Les plus ténues de la matière, qui résistaient aux désagrégations des chocs et des pressions mécaniques.

Gassendi, — n'en déplaise a plusieurs autres, — n'en reste pas moins le grand homme de notre Haute-Provence,

Au parloir du lycée qui s'honore de porter le nom de Gassendi, la peinture me donne une ressemblance plus vivante de notre philosophe; c'est un envoi du Ministre de l'Instruction Publique, une bonne copie du portrait peint par Claude Mélan, sur la prière dePeyresê, gravé par Nanleuil, et dont l'original, je ne sais pourquoi, serait au lycée de Versailles 1 : un large front, où brille la lumière de la pensée, une physionomie douce et bonne, une légère teinte colorant ses joues, un sourire aimable, avec un trait d'ironie, tel que j'aime à me figurer Gassendi quand je lis sa correspondance et ses courtoises polémiques avec les philosophes île son temps. Vue fine moustache jette un peu d'ombre sur la bouche; sous la lèvre inférieure, quelques poils taillés en pointe qu'on appelait alors la royale.

J'erre dans la ville à la recherche de l'ancien collège, où Gassendi fit ses premières études et plus tard enseigna la rhétorique. Coupée par la rue qui porte le nom du saintévêqtie Miollis, je parcours la rue Mère-de-Dieu , où était au numéro' 54; quartier Solcilhe-Bceuf, rentrée de ce collège. Il faut louer les municipalités dignoiscs d'avoir conservé à celle rue le nom qui rappelle la loi naïve et touchante de nos pères, et de n'avoir pas sacrifié la Vierge-Mère au culte plus moderne de quelque éminent libre penseur.

La petite maison que la ville avait achetée d'un sieur Jehan Chaussegros et de « sa mollier » — sa femme — au prix de trente florins, pour y établir son collège, a été démolie et reconstruite, car son actuelle étendue ne répond pas à l'exiguïté décrite en l'acte de vente. Elle a maintenant sa principale façade, élargie et blanchie, sur l'avenue' des Bains, en face du Palais de Justice. Aucune inscription n'y rappelle ni son

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