‹ Pierre Gassendi, prévôt de l’Église de DigneChapitre 43 sur 55 · il demande encore et reçoit dévotement son créateur · texte numérisé non relu

il demande encore et reçoit dévotement son créateur

20. Mercredy le malin, M. Morvan lui découvre sa crainte. et comme son bon et ancien ami lui dit qu'il n'y a plus d'espérance de vivre, oportet mori f saw/uis nativm déficit, et l'exhorte à souffrir courageusement celle séparation, sur quoi le

dit luy répondit qu'il ôe demandait quïi Dieu la grâce de ne le laisser plus longtemps en souffrance, de permettre que eetté

séparation se lit bientôt et sans grande douleur, qu'il estait tout résolu à suivre la volonté de Dieu. Le soir, je lui témoignai ma douleur....

21. Jeudy le soir, il demanda et reçut l'extrême-onction dévotement, avec l'esprit si présent que M. le Vicaire de St- Nieolas s'eslanl mespris de dire en signant sou nez qnidqnid peccasti per gmtum, il répartit aussitôt : c'est fer odo-

Mme la duchesse d'Aiguillon l'envoya visiter de sa part par M. de Fongeriz son médecin qui vit (prune espèce de parotide était déjà formée au-dessous de l'œil gauche, celle mâchoire étant un peu enflée et aussi son hras droit, la paulme de la main gauche ayant paru auparavant enflée, ainsi (pie le remarque M. Morvan qui le venait voir tous les jours soir et malin.

22, Vendredy M. Morvan le venant voir lui réitéra encore sa crainte et lui demanda s'il rie taisait pas lire quelques psaumes de David pour entretenir son esprit dans les idées de l'autre monde, il lui répondit qu'il méditait à pari soi el que lorsqu'on parlait haut auprès de lui, il se sentait incommodé. Mme d'Aiguillon lui envoya de la gelée et lui fit offrir de tout ce qu'elle a de garde*, de consommé, de bouillon, ete —

Il me fait aussi écrire à sa sœur qu'il a toujours espérance et lui-même écrivait encore de sa main : « Voici encore pour continuer de vous faire voir de mon écriture, Gassend ». Toute la nuict il ne se repose point et se plaignant toujours.

25. Samedy. Depuis midy jusqu'au soir, il est fort inquiété eryant toujours et se plaignant, demandant ses habits, m'appelant toujours ; j'envoie quérir son confesseur, il lui demande l'absolution, se réconcilie auparavant et lui disant qu'il s'en allât coucher chez lui, il le pria de lui donner les belles paroles pour sortir de ce monde; après me prenait la main et la mettait sur son cœur, me disant ces paroles : la la ta ta. Sur les 9 heures 1/2 du soir, il prit un sirop d'une demi once

) Diqne-les-Bains - Fonds Gassendi

te pavot, autant de nénuphar dans 2 onces d'eau de laitue; toute la nuit se passa assoupie, la main sur son cœur.

24. Dimanche au matin, il estait tout assoupi et avait peine à prendre du bouillon, serrant les dents. Son confesseur arriva et il lui dit : « Monsieur, donnez-moi l'absolution et dites-moi les belles paroles ». Ce qu'il fit. Après le confesseur lui dil : « Monsieur, ne voulez-vous point que je récite tout haut les psaumes, afin que vous le puissiez dire doucement à part vous. » Il lui répondit : « Je vous prie, dites-les tout bas, a cause que le haut parler m'incommode. » Puis il ne parla plus, faisant néanmoins signal qu'il entendait ce qu'on lui disait, et sans aucune agitation autre que celle de la langue, il rendit son Ame à Dieu sur les 2 h. 1/2 aprèsmidi, son confesseur faisant les prières à genoux au pied de sun lit,

25. Lundy M. de Monlinor étant aux champs, le corps est dans le cercueil eu la salle ou les prières ne discontinuent.

26. M. de Monlinor étant revenu dès le soir, auparavant on porte le corps en terre dans la Chapelle de MM. de Montinor en l'église Si-Nicolas, sa paroisse, accompagné de 40 prestres. M. le Vicaire de ladite église, M. le Curé étant absent, chante la grand'inesso et fa il le service, où plusieurs de ses amis s'y tiennent. M. des Puy, M. Bouliau, M. le Fèvre, AI. Bourdelot, Patin, le (ils de M. de Moiran, SI, de la Motte Le Vayer, M. Launoyde Champigny, etc....

Jl tomba malade le 25 du mois d'aoùL

11 est mort le 24 du mois d'octobre.

Il a été malade 65 jours durant lesquels la fièvre né Vi jamais quitté, quoiqu'elle semblait quelquefois se relâcher, ne paraissant que fort petite, ou plutôt une seule faiblesse ; toujours le pouls a été bon et les urines ont été belles.

Il n'a pris que des bouillons clairs durant toute la maladie, de 5 heures en 5 heures, puis de 4 en 4 avec de la gelée quand il en voulait; aucune fois un jaune d'œuf délavé dedans, mais fort rarement à cause qu'il croyait que trop de nourriture entretenait la fièvre.

Égmitt

... Cours de vente... ses pauvres fesses décharnées....

Il ne prenait jamais bouillon qu'il ne lit la bénédiction dessus.

11 se plaignait souvent ayant toujours dans la bouche ces paroles : ô Dieu» ô Dieu, ô Dieu, votre volonté soit faite, fiai volontdê tua, in te spentru domine.

Plusieurs de ses amis le venaient visiter. Souvent il était bien aise qu'ils lui racontassent des nouvelles... sinon que 5 semaines devant sa mort il ne méditait plus qu'en Dieu, estant bien aise d'être seul, et lorsque ses plus intimes amis le venaient voir, il les priait de ne pas demeurer longtemps, d'entrer seulement et de sortir, a cause que le parler lui faisait peine et que le moindre souffle l'incommodait.

Il ne leur disait que de brèves paroles, à M. Chapelain : «il faut attendre avec patience.,.. »

... À la garde qui lui jetait aucune fois de l'eau bénite, lorsqu'elle l'entendaitla nuit se plaindre beaucoup : « la bonne femme, je vous remercie », et lorsqu'elle lui baillait sur les. lèvres le crucifix pour adorer, il le baisait avec ces paroles, les larmes aux yeux, ce hô, mon bon Dieu, hô, mon bon Dieu!... »

Il médisait : puisque je dois mourir par suffocation ou saignée, mourons plulol par la saignée qui esl la voye la [dus douce, que par la suffocation durant laquelle on souffre beaucoup.

Il pria plusieurs fois M. Frémont, sous-vicaire de Saint- Nicolas des Champs de le venir voir souvent et lorsqu'il verrail qu'il y aurait crainte de la mort, de lui donner l'extrèmeonction.

À "Monsieur Henry lui disant : c< Monsieur vous souffrez beaucoup » : le bon Dieu a bien voulu souffrir la mort pour nous.

Monseigneur l'évêque de Laon 1 le venant voir, le malade sentit une altération en soi bien grande, de l'odeur musquée

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