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Pierre gravée de Kermaria Pont-l'Abbé (Finistère)

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PONT-L'ABBE (Finistère).

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IMPRIMERIE COTOKNEC. — A. LEPRINCE, Gendre et SuCC

54 — PLAGE SAIXT-COHENTIS — 54

G-N SIZ .FS T>S3

ANTHROPOL.

GANSWORTH «-Î-JO 21884

BN PONT-L'ABBÉ (Kiniste)

Le 30 avril 1895, en défrichant un terrain, jusque-là resté inculte, on découvrit, à l'Ouest des édifices de Kermarta, sur le sommet du coteau dominant, au Nord-Ouest, l'estuaire qui forme aujourd'hui le port de Pont-l'Abbé, une borne en forme de pyramide, à base et à sommet arrondis, dont les quatre faces portent des sculptures. L'inventeur m'ayant fait prévenir de sa découverte, je me rendis immédiatement sur les lieux, et, après en avoir fait l'acquisition, je la Tis transporter chez moi, où elle fait aujourd'hui partie de mes collections.

L'ensemhle de ce petit monument a 83 centimètres de hauteur totale el m. 70 de largeur à la base, la partie sculptée ayant m. 50 de haut.

Les sculptures forment, sur chaque face, un tableau limité, en haut et en bas, par une bande sculptée qui entoure le monument sans solution de continuité.

Des sculptures qui se trouvent sur ce monument je lus facilement celles des deux faces 1 et II, ainsi que celles qui l'entourent au sommet et en bas. Mais je restais indécis sur l'interprétation des signes sculptés sur les deux autres faces.

Je pris le parti de photographier ses quatre faces séparément et d'eu envoyer des épreuves à Messieurs Alexandre Bertrand et Salomon Reinach. Ils me répondirent qu'ils ne doutaient pas que le monument fut Gaulois et d'un grand intérêt.

Je n'en doutais pas non plus, mais je n'apprenais rien sur les signes reproduits sur ses faces III el IV.

A la session du Congrès de la Société française d'archéologie, tenue à Morlaix en 1806, je produisis mes pliotographies et je lus une courte noie expliquant les sculptures gravées sur les faces I et 11 et celles limitant les tableaux sculptés en dessus et en dessous (1). Je fis appel à la perspicacité de nos collègues au sujet des signes représentés sur les faces III et IV. Mon appel resta malheureusement sans écho. Force me fut d'attendre encore avant de livrer mon monument è la publicité.

Enfin cette année, dans le courant de l'été, j'eus la bonne fortune d'avoir la visite de Monsieur J -F. Hewîtt, ancien gouverneur dans 1 Inde, où il a passé la plus grande partie de sa vie, s'attachaut à étudier les monuments anciens du pays où il a vécu, et la religion Hindoue qui n'a plus de mystères pour lui. En apercevant mon petit monument, dressé dans le vestibule de mon habitation, il me dit que sa rencontre ici était d'or pour lui.

A son retour à Bruxelles, où il habite une partie de l'année, M. Hewitt m'envoya une très savante brochure extraite du bulletin de la Société d'anthropologie de cette ville, intitulée : L'histoire et les migrations de la croix el du sû-astika •>.

Depuis il m'a demandé des photographies du monument de Kermaria. Après les avoir étudiées à loisir il m'a écrit une très intéressante lettre, dans laquelle, ainsi que vous le verrez plus bas, il me donne l'interprétation des signes gravés sur les faces III et IV.

Mais, avant d'étudier les sculptures de notre monument, disons quelques mots du milieu dans lequel il a été trouvé.

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Il a été exhumé à cent mètres à l'Ouest des édiliees de Kermaria, dans un terrain inculte. Il était placé à peu près au centre d'une sorte de chaussée de deux à trois mètres de large, empierrée de petites pierres non taillées, se prolongeant sur une vingtaine de mètres suivant une ligne Est- Ouest. Le monument était renversé, la face 1 contre terre, si bien que relevé cette face regardait le soleil levant,

A cent mètres à l'Ouest du monument, on voit un petit lumulus de dix mètres de diamètre sur un métro de hauteur. L'ayant ouvert en 1896, nous avons rencontré au centre un coffre, formé de quatre dalles posées de champ en terre, recouvert d'une cinquième dalle affleurant à la surface du soi environnant. Ce coffre, mesurant intérieurement 1 m. 40 de long sur m. 78 de large et m. 40 de profondeur, était sans dallage au fond. Il ue renfermait que des restes incinérés et quelques éclats de silex sans caractère.

A 400 mètres à l'Est de Kermaria on voit, sur les terres de Kerséoc, au sud de la route de Combrit à Pont-l'Abbé, plusieurs tumulus, qui ont malheureusement été explorés à une époque inconnue. Toutefois quelques fragments de poterie et la structure de ces monuments me font penser qu'ils remontent à l'époque du bronze. A cent mètres de ces tumulus on remarque des traces de retranchements et d'habitations qui semblent indiquer qu'il y a eu là un centre de population assez important.

Un peu plus loin, toujours au Sud de la route de Combrit, dans le bois de Kerlouarn, on voit également des traces de retranchements et d'habitations, ainsi qu'au Sud-Ouest de Kergus.

Comme on le volt, tout le coteau, sur le sommet duquel a été recueilli le monument de Kermaria, a été occupé, à une époque des plus reculées, par des populations très denses.

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Ceci dît, décrivons les sculptures gravées sur notre monument.

Voici ce que je dis en 1S96 au Congrès de Morlaix suf les gravures relevées sur ses faces I et II,

Face I. — Des cartouches qui décorent ses quatre faces, celui de la face I nous montre un ornement bien connu, le sA-astika (1). C'était, chez les peuplades primitives, un signe favorable que l'on trouve un peu partout dans le monde connu des anciens ; en Angleterre, en Gaule, en Italie, dans la vallée du Danube, en Scandinavie, en Grèce, en Asie, dans l'Inde enEin où il joue un rôle considérable, comme nous allons le voir, dans la plus lointaine antiquité et encore aujourd'hui. Toutefois c'est la première fois que le sû-astika, dont on suit la traînée de l'Inde jusqu'en Gaule par la vallée du Danube [2), se trouve sur un monument Jusqu'au fond de la Gaule Armoricaine, A ce titre déjà la pierre gravée de Kermaria a une importance considérable.

I.e sû-astika, avec ses crochets tournés de gauche à droite, porte dans la religion Hindoue le nom de sû-astika mâle et lorsqu'il a ses crochets tournés de droite à gauche, comme sur la face I de notre monument, le nom de sû-astika femelle. Dans ce cas quelques-uns l'appellent aussi sauvastika.

Monsieur Edward Thomas dit en parlant du sû-astika mâle et du sauvastika : « Autant que j'ai pu suivre et rattacher les unes aux autres les manifestations diverses de cet emblème, toutes et chacune s'expliquent comme une conception primitive des mouvements solaires, a

Le sû-astika, avec ses crochets tournés à droite, était un vieil emblème chez les populations Aryennes, un symbole de la lumière, de la vie, de la santé, de la richesse. Il était

(1) Oo écrit étcnlement sw.islik^i.

(3) Roule suivie |>iir lus pnpulaliiins primitives qui i)nlL'[nii;râd'Orii;nt en Oecidcnt jusqu'au (ond de l'Armorique, emportant avec elles les croy.incL's reprÉsenlâes par les sculptures gravùes sur le monument de Kermaria.

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Pierre gp^avée de Kermaria.

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' Pieire gravée dé Kermaria.

— file symbole du soleil du printemps, par opposition au soleil d'automne représenté par le sauvastika.

Dans son travail sur le sù-astîka, M. Hewitt nous apprend que les marchands de l'Ouest des Indes tracent, encore aujourd'hui, au commencement de leurs lettres et de leurs factures, le signe du sû-astika mâle, l'oiseau solaire qui chaque année voyage du nord au sud, entre le solstice d'été et le solstice d'hiver.

Le sù-astika qui est peint en rouge comme la ligne de Vasu ou de Vishnu, est, nous dit M. Hewitt, le signe du Dien Gan-esh, le Seigneur (iska) du pays (gan), qui est aussi le Dieu du nuage pluvieux de la mousson.

Ces mêmes gens emploient aussi le sù-astika femelle, peint en bleu foncé, la couleur du Dieu Nîla, qui est le roi du Sud dans le Mahâbhârata. On le retrouve à la fm de leurs livres de comptes, comme le signe de la déesse du temps (Kalaj appelée Kali, la déesse noire de la nuit.

Us honorent les sû-astika comme les emblèmes du soleil soislicial et croient que le sù-astika mâle, symbole des pluies du solstice d'été, porte bonheur.

D'après M. Hewitt, le sù-astika tire son origine de la croix de Saint-André ou croix de l'oiseau volant, l'oiseau mère de la mythologie indienne. Le nom du signe indique son origine indienne, et les coutumes attachées à ses deux formes dans les Indes prouvent qu'il représente la course annuelle du soleil dans le Ciel.

Dans la mythologie Hindoue, Astika est le Dieu qui vint en aide à Junemejaya, lils de Parikshit, dont le nom signifie a le soleil qui fait le tour du Ciel n, quand il sacrifia les Dieux serpents, les Nagas. L'histoire de ce sacrifice est dans le poème épique dos Hindous, le Mahâbhârata. H y est raconté comment Astika obtint la vie du serpent Takshaka, le frère de sa mère, dont la morsure avait tué Parikshit, Ce

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dernier était le Dieu soleil gouvernant l'année de l'étoile & huit rayons (1).

Les deux formes du sA>astika sont une méthode mythique pour exprimer que les adorateurs de l'Astika, le voyageur qui parcourt le Ciel à travers les étoiles, marquant, d'après les astronomes des Indes et de Babylone, les points des solstices et des équinoxes, commençaient leur année au solstice d'été, c'est-à-dire quand le soleil, comme les pointes du sû-astika mâle, tourne vers le Sud, et, d'autre part, qu'ils ont substitué cette manière de compter le temps à celle des anciens adorateurs du soleil, étoile du jour, dont l'année commençait au solstice d'hiver, quand le soleil, comme les pointes du su astika femelle, tourne vers le Nord.

L'exactitude de cette interprétai ion, dit M, Hewitt, apparaît clairement dans l'histoire du Su, mot qui en sanscrit signifie sève de la vie.

Face 11. — Les sculptures de cette face, ainsi que je l'ai dit au Congrès de Morlaix, sont la représentation de l'Asttka. Les lignes qui forment le carré indiquent les quatre saisons de l'année solaire, et les huit rayons à l'intérieur marquent les huit points de la boussole autour desquels le soleil parcourt annuellement la voie indiquée par les étoiles, qu'il rencontre aux solstices et aux équinoxes. .

Ce signe, me dit M, Hewitt, qui se range à mon interprétation, est le signe dessiné sur la terre par la charrue sacrée, signe au-dessus duquel fut bâti l'autel du Dieu du soleil, l'Oiseau Su.

Ayant donné, dès 1896, ainsi que je viens de le dire, l'interprétation des signes gravés sur les faces 1 et il do la pierre de Kermaria, je cède la parole & Monsieur Hewitt qui est versé, comme personne, dans la connaissance des mystères de la religion Hindoue, qu'il a étudiée sur place,

(Ij Mahâbtiârata ad6 (Astika), traduction de Pratab chandra Roy.

vivant au milieu des tribus de l'Inde les plus retirées, chez lesquelles sont encore conservées les traditions primitives. Je crois ne pouvoir mieux faire que de reproduire ici la lettre qu'il m'a écrite, le 14 septembre dernier, ayant sous les yeux les photographies des quatre faces du monument de Kermaria. Voici cette lettre :

Braxettes, 14 seplembre 1898.

« Cher Monsieur, en rentrant hier au soir d'un voyage, j'ai trouvé votre lettre du 6 seplembre dont je vous remercie beaucoup. t'ai soigneusement examiné les photographies de la pierre de votre vestibule et je suis convaincu que celte pierre est une reproduction d'un ancien autel phallique des Indes qu'on adore encore aujourd'hui sous le nom de Linga.

Ce LlDga est une reproduction dans la mythologie indienne du dieu Lamga des Akkadiens de la Mésopotamie, le dieu Lamckdes Hébreux, mari des deux épouses Adah et Zillah de la Genèse. Ces noms reproduisent les mots Assyriens a edu » et « l^îllu u, l'obscu- js rite et l'ombre. Ils signiQent la nuit et l'aube ; et u i^îllu m (l'aube) f * est formé des deux mots Akkadiens « t^ir >i le serpent et a lu » / ^ race. Ainsi la mère de l'aube du matin primitif était née de la race du serpent, les Nngas, les anciens rois Gonds des Indes. Et le mot Nagar, que tes Nagas ont adopté comme le nom de leur père (un mot signifiant a une cité » et o la charrue a dans la langue des Gonds; est aussi, comme le D' Sayce l'a prouvé, une forme dialectique de Lamga oit Linga.

u Cet autel du Linga est plus ancien que cela dans la forme d'une fi;mme et l'autel de l'oiseau volant que j'ai décrit dans mon étude sur le sâ-astika. Dans les insiructioD^ données pour le faire, par le varàka-m illira, on est commandé de prendre une pierre aussi longue que l'image (]ue l'on veut faire. On la divise en trois parties : la première, le sommet doit être ronde. La seconde aura huit, et In troisième quatre côtés. Celle forme du Linga divisée en trois parties est déduite d'uue forme plus ancienne, daus laquelle le Linga avait deux parties, le bout rond et la base quadrangulaire.

a C'est celle forme qui est reproduite dans votre pierre. Le

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