AVANT-PROPOS
Julien appartient par son œuvre au dernier quart du xviir siècle. C'est à cette époque que les travaux de Winckel-
] man^ du comte de Caylus entraînent les esprits vers l'étude de
'^ l'antiquité. On parle de style idéal, — celui des statues gréco^ romaines — ; mais les artistes, les sculpteurs surtout, à
l l'exemple de Pigalle, continuent à s'inspirer de la nature. Caffiéri, Houdon, Pajou se contentent de faire de bons portraits, de bien rendre la nature dans toute sa vérité. Clodion suit une route bien personnelle et produit une œuvre considé-
'' rable dont le charme est parfois un peu léger. — U esprit
\ antique n' a point entamé V œuvre de ces artistes.
A côté d'eux, Julien suit aussi sa voie préférée, la Grâce et
* la Nature avec un certain reflet classique, qui ne ressemble en rien à la copie des antiques si recommandée par les esthéti-
' ciens de la future école académique. Le portrait n'est point son affaire; il se porte de préférence vers les sujets qui prêtent
J aux belles formes, aux lignes harmonieuses. La distinction qu'il met dans ses œuvres semble empruntée à la Grèce et non à Rome, ses figures s'imprègnent, comme malgré lui, d'une certaine poésie reflétant la naïveté et la douceur de l'artiste. U étude constante de la nature le ramène à une saine réalité et lui fait éviter l'écueil de mièvrerie où le pousse son tempéra- 7nent. Son œuvre est robuste ^ et s'éloigne du style parfois relâché des sculpteurs de la première partie du siècle, elle est naturelle etn'emprunte rien auxgestes conventionnels si chers aux novateurs. Grâce et Nature, telle est l'œuvre de Julien. Au point de vue biographique, il n'y a sur Julien, à vrai
dire, que /a Notice historique sur la vie et les ouvrages de Pierre Julien, par Joachim Le Breton, notice que son auteur, membre de V Institut et secrétaire perpétuel de la section des Beaux- Arts, a lue à la séance publique du 6 vendémiaire an xiv {W septembre 1805).
En 1840, Mandet, dans son Histoire du Velay, au tome VIII consacré aux écrivains, poètes et artistes, publie une courte notice sur Julien. Aux détails que Le Breton a déjà donnés, Mandet ajoute quelques renseignements qu'il tient d'amis personnels du sculpteur.
Dans la Revue universelle des Arts, tome XVII, Du Seigneur, statuaire, fait réimprimer la notice de Le Breton, et ajoute en appendice les envois de Julien au Salon d'après les différents livrets de l'époque.
Les Tablettes historiques du Velay, année 1871, reproduisent le travail de Du Seigneur.
Enfin M. Louis Pascal dans sa Bibliographie du Velay et de la Haute-Loire a donné un résumé substantiel des œuvres de Julien (1).
Pour compléter ces premières données et préciser les faits, nous avons eu recours, chaque fois que nous l'avons pu, aux documents authentiques^ puisés dans les cartons des Archives Nationales, ou des fonds particulier s (2). Nous avons reti^ouvé dans des minutes notariales des pièces assez précieuses, en particulier l'inventaire après décès et le testament de Julien. Pour la partie critique, nous avons dépouillé différents périodiques de l'époque et parcouru plusieurs de ces nombreuses brochures qui paraissaient, comme aujourd'hui, à l'occasion du Salon. Plusieurs visites à Rambouillet nous ont permis de nous rendre compte des travaux de Julien pour la Laiterie de la Rei7ie. Partout où nous avon$co?inu C existence d'une œuvre de Julien nous sommes allé l'étudier sur place. Nous avons exécuté nous-mêmes tous les clichés photographiques.
(i)Nous avons publié dans la Gazette des Beaux- Arts, avril et mai 1903, deux articles sur Julien.
(2) M. Bohet de Courbiôre à Saint-Paulien, M. de Croze au château deChassagne, M. Paul Le Blanc à Brioude, nous ont communiqué de précieux documents ; qu'ils veuillent bien agréer nos sincères remerciements.