CHAPITRE QUATRIÈME
Laiterie de Rambouillet. Question des marbres : correspondance A CE sujet. — Leur mise en place. — Payement
DES TRAVAUX. — LeS MARBRES SOUS LA RÉVOLUTION : TRANS- PORT A Versailles, a Malmaison. — Bas-reliefs et médaillons PERDUS.
Louis XVI faisait ses délices à Rambouillet (1); Marie- Antoinette ne pouvait souffrir cette « crapaudière. » Connaissant les goûts champêtres de sa royale épouse, Sa Majesté résolut de lui faire une agréable surprise. Il fit construire par Thevenin, Tarchitecte du domaine de Rambouillet, une laiterie, gracieux monument où la reine pourrait venir se rafraîchir en savourant les douceurs du frais laitage. — Le devis s'éleva à 143.000 livres, mais il dut certainement être dépassé (2). Construit en grès, dans un très bel appareil, ce petit temple se compose de deux pièces : la première circulaire, la seconde rectangulaire. Le jour est plongeant, venant des voûtes décorées de
(1) Le duc de Penthiôvre vendit le duchô de Rambouillet à Louis XVI, à titre singulier, sans union à la couronne, moyennant seize millions, par acte devant M« Momet et son confirère notaires à Paris, le 29 décembre 1783. — Archiv. nat. 0« 38e3.
(2) Voir la notice historiciue sur le domaine de Rambouillet par M. D. A. 1849. — L*auteur, qui a sûrement puisé à des documents authentiques, a négligé d'indiquer ses sources.
caissons à rosaces. Les murs sont nus et attendent quelque décoration sculpturale.
Julien est choisi pour cet important travail : c'est Tœuvre le plus considérable de sa carrière artistique. La commande lui est faite en novembre 1785. Les esquisses sont assez avancées en mars 1786, et tous les modèles terminés en septembre^ l'exécution en marbre a commencé avec la collaboration de Dejoux et Foucou, le tout est en place en juin 1786, le rocher sera refait dans les premiers mois de 1787. — Et maintenant précisons les faits et recourons aux documents authentiques.
Nous n'avons pu retrouver aux Archives Nationales la lettre de commande du directeur général. L'ensemble de ces œuvres, leur siget, et leurs dimensions nous sont connus par des documents dont nous parlerons plus tard. Julien doit exécuter une figure en ronde-bosse, la Baigneiise, placée sous un rocher; deux grands bas-reliefs, chacun de 11 pieds de longueur sur 3 pieds de largeur, représentant V Education de Jupiter chez les CorybanteSj et Apollon, berger chez Admète. Mercure lui enlève ses troupeaicx ; un grand médaillon de trois pieds, une Mère allaitant son enfant; quatre petits médaillons de deux pieds représentant les Travaux d'une métairie; un autre médaillon de deux pieds, une Vache nourrissant son veau.
A la fin de Tannée 1785, Julien se trouvait à Lyon chez le baron de Juys, son mécène, pour refaire sa santé. Il occupait, sans doute, ses loisirs, à tailler amoureusement dans le marbre quelque copie de statue antique pour décorer la riche demeure de son bienfaiteur (1). A ce moment une lettre venant de la direction générale des bâtiments du roi, lui fait connaître les travaux qui lui sont destinés pour Rambouillet. Un court délai lui est accordé pour les exécuter. Il s'empresse de répondre, le 20 novembre (2), à M. le comte d'Angivilliers, pour le remercier et lui annoncer qu'il va aussitôt commencer les esquisses.
(1) L'hôtel du baron de Juys était situé près de la place Belleoour, rue de TAraenal, n« 7 et 9, actueUement rue du Plat n«t 23 et 25, propriété de rinstitut catholique. Il n'y a plus d'œuvrea de Julien.
(2) Arob. Nat. 0> 1918/n* 469.