CHAPITRE HUITIÈME
Ce devoir accompli, Julien attend patiemment la mort. Le 17 décembre notre artiste rend le dernier soupir. Les Petites affiches font paraître une petite note nécrologique. Quelque temps après, Landon dans ses Précis historiques des Arts renouvelle cette brève notice : « Les arts viennent de perdre M. Julien, membre de la classe des beaux-arts de l'Institut national, un des premiers sculpteurs de l'école actuelle. On lui doit plusieurs morceaux célèbres tels que la Baigneuse du palais du Sénat ; la statue de La Fontaine, placée dans la salie de l'Institut, etc., etc. Dans un âge avancé il travaillait encore avec assiduité ; il a exposé au salon de cette année, une statue du Poussin terminée seulement depuis quelques mois. >\
Les obsèques eurent lieu à Saint-Germain-des-Prés, ainsi que le prouve une quittance présentée par M"* veuve Julien au moment de la succession, quittance s'élevant à 330 fr . La dépense pour l'administration des inhumations fut de 497 fr. Sur les registres de la paroisse de Saint-Germain-des-Prés, nous n'avonis pu retrouver l'acte de décès, les registres les plus anciens ne remontant qu'à l'année 1806.
Comme membre de la Légion d'honneur, un détachement de soldats lui rendit les honneurs militaires. Le gouverneur de Paris reçut les ordres suivants :
A M. le maréchal Murai.
M. Julien, sculpteur, membre de Tinstitut et de la légion d'honneur, vient de mourir et ses obsèques se feront demain 27 frimaire a une heure précise da soir, il demeurait au pavillon des 4 nations je vous prie de vouloir bien donner des ordres pour que les honneurs qui lui sont réglementairement dûs d'après Fart, l" du titre 26 du décret impérial relatif aux cérémonies publiques, soient rendus à M. Julien. Agréez...
Le fils aîné de George Bereaud écrit de Paris le 21 décembre, à sa grand'tante Anne Julien et lui dit quelques mots des funérailles : « Je finis, ma chère tante, en vous racontant l'honorable enterrement qui a été fait; il a été dit une grand'messe où ont assisté une grande quantité de prêtres, la légion d'honneur, tous ses amis et une compagnie de soldats. Ils l'ont accompagné mais tous montaient en voiture. Il nous avait recommandé de lui faire
fin enterrefnent bien honorable : cela a été fait, Mais toui^ ses amis et le gouvernement étaient bien chagriiis d'avoir perdu un homme si savant. »
La succession est ouverte ; les héritiers naturels sont : l"" demoiselle Anne Julien sa sœur, 2*" Marguerite Julien, sa nièce, épouse George Beraud, 3"" Antoine Julien, son petit neveu, âls de Benoit Julien. M. Armand est nommé tuteur d'Antoine Julien mineur (1).
U Inventaire commencé le l*** pluviôse an XIII (21 janvier 1805) se poursuit les jours suivants. Comme souvenir de famille il est réservé aux héritiers l'aigle de la Légion d'honneur et trois médailles d'argent, à Madame Julien jine médaille d'or et une médaille d'argent. Les portraits de famille ne sont aussi mentionnés que pour mémoire. Tous les marbres, maquettes, terres cuites ou plâtres sont décrits dans cet inventaire, ce qui en fait un précieux document, que l'on trouvera aux pièces justificatives.
Le 4 janvier 1805, M. Armand, tuteur d'Antoine Julien, écrit à M. Dejoux, exécuteur testamentaire, pour lui adresser les procurations des héritiers et Tacte de tutelle du jeune Julien. Dejoux lui répond le 4 février 1805 (2); il lui fait parvenir une copie du testament, et dit que l'on procédera bientôt à la vente du mobilier et des ateliers.
Le 7 février, madame Julien annonce à M. Armand l'envoi de deux portraits de Julien (3). Un seul arrive à destination. Il est aujourd'hui perdu.
La vente de l'atelier a lieu le 19 mars. Louis Soulié dans sa Bibliographie des ventes, indique cette date sous cette rubrique : Julien statuaire y 19 mars 1805. Vente de son atelier , marbres, plâtres, terres cuites, tableaux, pastels, dessins, estam--
(1) Antoine Julien, né à Saint-Paulien, en 1782, étudie à Técole Rocherort du Puy. Devenu prétro, est placé vicaire à Thoras, se retire au Puy et meurt le 25 mars 1856.
Jean-Pierre Toussaint Beraud, né à Vais- près- Le Puy, en 1817, mort à Lyon, en 1888, arrière-petit-neveu de Julien était un sculpteur d*un certain talent. H étudie à Lyon, produit des œuvres originales pour diverses églises : ses œuvres principales, des bustes et des statues, se voient au château de Monoelard à Tassin près de Lyon. — Praticien habile, il exécute pour Fabisch^ V Assomption, VImmactUée -Conception, la Descente de Croix, Bêatrix et Jephté.
>fichel Dussuc, né à Chavagnac près Saint-Paulien, en 1825, aussi arrière petitneveu de Julien, a travaillé à Paris où il a exécuté un certain nombre de bustes.
(2) Voir ces deux lettres aux pièces Justificatives.
(3) Voir aux pièces J usiiflcatives la lettre de Madamie Julien .