I. L'alliance anglaise au XVIII''' siècle, par Filon
82 IMKHHE LE GRAND
conséquence l'isolement de la France qui serait alors menacée d'un côté par l'Empereur et le roi Georges dont l'entente était un fait avéré, de l'autre par l'Espagne dont les projets d'agrandissement visaient autant l'Italie que la France. Il engageait donc le Régent à donner à Stanhope les assurances les plus formelles touchant l'expulsion définitive du prétendant du territoire français.
En poussant le duc d'Orléans à une politique aussi anglophile, Dubois servait aussi ses desseins personnels. Depuis longtemps, il songeait au cardinalat et il nourrissait le secret espoir d'utiliser à son profit finfluence réelle du roi Georges sur l'Empereur auquel le Pape ne refusait rien.
Dubois avait sur le Régent une incontestable autorité. « Celui-ci aimait en lui un esprit disposé aux sciences et plein de saillies originales, une vaste littérature et
ET LE PREMIER TR.VITÉ FRANCO-RUSSE H'i
peut-être aussi, disait-on, de honteuses complaisances \ » D'ailleurs, il avait élevé le Duc, s'était toujours appliqué à satisfaire ses passions, de manière à pouvoir le dominer entièrement, et il y réussit au delà de toutes ses espérances". Son habileté parvint donc à triompher des continuelles hésitations de ce dernier. Les premières ouvertures furent faites à Stanhope le 12 mars 171G. Il y répondit le 19 avec réserve, mais manifestant pourtant le désir qu'une étroite amitié pût unir les deux Cours. Malgré l'opposition violente de d'Huxelles inféodé au parti de la vieille Cour, les négociations, qu'il n'entre pas dans le cadre de ce volume de raconter ici, aboutirent le 9 octobre 171G à la signature de l'alliance. Dubois écrivit à cette
i.Lcmontoy. Régence et Minorité de Louis XV, i832. 2. Lettres de la princesse Palatine et de Saint-Simon.
occasion au Régent : « Je vous avoue, Monseigneur, que j'ai une impatience incroyable que M. le maréchal d'Huxelles vous porte le traité signé. Vous pouvez alors écouter avec tranquillité les balivernes qui se peuvent dire sur ce que, dans le traité, il sera fait mention de la succession à la Couronne. Que pouvez-vous faire de plus important pour le Roi que d'assurer la paix dans son royaume et de le lui rendre tranquille et muni de bonnes alliances ? Si on vous impose la condition de garantir la succession de l'Angleterre et que cela attire nécessairement de faire mention de celle de France, il faut vous remercier d'avoir fait cette alliance à si bon compte, et votre intérêt n'a aucune part à cette disposition. Mais si ce traité vient à bonne fin, il me paraît, par tout ce que j'apprendrai, que le bruit qu'il fera en Europe fera taire celui
des bourgeois de Paris parmi lesquels je compte nos plus merveilleux seigneurs \ » Il fallait entraîner la Hollande dans l'alliance franco-anglaise. Si, en effet, l'Autriche parvenait à la faire graviter dans son orbite, elle paralyserait indirectement les effets de cette alliance. L'Empereur comptait à La Haye de très puissants amis qui furent vingt fois sur le point de faire renoncer les Etats Généraux à la poursuite des négociations pour les inciter à s'unir étroitement à lui. Par bonheur, de nombreuses causes de dissentiments existaient alors entre l'Autriche et les Provinces- Unies. A plusieurs reprises, l'Empereur avait nettement violé, en ce qui le concernait, les stipulations des traités d'Utrecht ; il avait cédé le duché de Limbourg à l'Elec-