‹ Pierre le Grand et le premier traité franco-russe, 1682 à 1717Chapitre 45 sur 75 · I. Dubois. Mémoires · texte numérisé non relu

I. Dubois. Mémoires

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parties commençaient à lui attirer quelques sympathies, comme en témoigne le passage suivant d'une lettre adressée le 12 mai par Villeroy à la marquise de Main tenon : « Je ne puis vous exprimer la dignité, les grâces et la gentillesse avec lesquelles le Roi a rendu et reçu le visite du Czar, mais je dois vous dire en même temps que ce prince prétendu barbare ne l'est point du tout : il nous a fait connaître des sentiments de grandeur, de générosité et de politesse auxquels nous ne nous attendions pas. ».

On se montrait également sensible aux marques réitérées de sympathie qu'il témoignait aux grands maréchaux de France, suivant d'ailleurs, en cela, le penchant naturel de son esprit : Monsieur, dit-il à Villars, le bruit de vos exploits s'étend si loin pour les services signalés que vous avez rendus à votre patrie que dans la supposi-

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tion que le feu roi vous eut accordé encore plus de grâces, on Tcn aurait loué bien davantage. »

Le 12 mai, Pierre se rendit aux Gobelins. C'est avec une satisfaction visible qu'il s'entretint avec les ouvriers : « Messieurs, leur dit-il, vous concourez aussi à la gloire des Rois ». Il aperçut de petits enfants qui n'avaient pas plus de sept ans et qu'il couvrit de caresses. 11 s'intéressa à tel point aux travaux qu'on exécuta en sa présence que, le ij juin, il retourna pour la seconde fois visiter la Manufacture. On lui offrit quatre tapisseries représentant, d'après les tableaux de Jouvenet, la Pêche miraculeuse, la Résurrection de Lazare, Jésus guérissant le paralytique, les Vendeurs chassés du Temple. A la suite de sa première visite, le Czar avait écrit le 23 mai-4 juin la curieuse lettre suivante au prince Menchikoff : « .J'ai

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appris que nos maîtres en tapisserie ne font rien de bon et s'excusent en disant qu'il leur faudrait des tableaux d'histoire et un teinturier pour teindre les matériaux. Or il y a longtemps qu'on a fait venir de Rostof un teinturier; quant aux tableaux d'histoire, je m'efforce d'en faire copier ici. En attendant, avec Bruce, choisissez parmi mes meilleurs tableaux qui sont dans ma maison Mockhof; vous en trouverez aussi de très bons chez vous ; faites travailler sur ceux-là afin qu'on ne reste pas oisif. D'Amsterdam, j'ai envoyé des laines avec le teinturier Behagel ; commandez au peintre français Caravaque (?) de peindre pour les tapisseries, car, par son traité, il est obligé de peindre toutes sortes d'histoires. Ordonnez-lui de peindre la bataille de Poltawa, celle contre Levenhaupt et autres. Donnezlui des élèves. » Ainsi se révèle de plus en

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plus le désir manifeste du Czar de faire profiter la Russie de ses voyages en Europe et de Tinitier de jour en jour davantage aux sciences et aux arts occidentaux encore peu connus du grand Empire. Il répétait souvent avec tristesse : « A moins de vivre cent ans, je ne viendrai jamais à bout de faire de la Russie un Empire florissant. » D'ailleurs, parmi les artistes emmenés en Russie en 171G par l'architecte J.-B. Leblond, appelé par le Czar pour dresser les plans des jardins et du palais de Péterhof, figuraient plusieurs tapissiers de la Manufacture des Gobelins. Le 17 novembre 171G, le duc d'Antin autorisait un second groupe de tapissiers et de teinturiers à se rendre en Russie. Ce fut principalement dans la manufacture de Beauvais que dirigèrent habilement les Behagle pendant un grand nombre d'années que se recruta cette seconde

colonie. Pierre s'était crailleiirs hâté de fonder liii-iiicine un atelier de tapisserie qui subsista longtemps, car une ordonnance royale du 8 octobre 1763 autorisa un tapissier des Gobelins, nommé Rondet, à se rendre pour trois années en Russie. Parmi les artistes auxquels Pierre lit demander de l'accompagner, aucun ne s'y refusa, tant « chacun semblait jaloux de seconder les efforts que faisait ce prince pour donner à sa nation une existence nouvelle^ ».

Dans un mémoire sur l'état de la Russie à cette époque-, on lit également la phrase suivante : « Sa Majesté a toujours cherché depuis l'année 17 18 d'établir dans son royaume une manufacture de soie. C'est dans cette vue qu'il a fait venir de France

1. Hisluire de Russie sous Pierre le Grand, par M'"'" Fal- Icl, 1866.

2. Mémuire sur Vélat de la Russie, par le P. Malussis. 17 '2 5.

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1111 grand nombre crouvriers, et une partie de la noblesse de Moscovie avance de son propre argent des sommes considérables afin de faire un fond suffisant pour cette entreprise dans laquelle elle espère aussi trouver son compte. ».

Partout le Czar interrogeait les ouvriers, les traitant avec une familiarité et une bonhomie qui offusquait fort la « délicatesse », ramour-propre et Torgueil instinctif de Tentourage du Régent, surtout à cette époque de dédain et de luxe.

En se rendant à l'Académie de peinture, il traversa un pont auquel travaillait une nombreuse équipe de maçons ; aussitôt il s'arrête, s'entretient longuement avec eux et ne se retire qu'après avoir obtenu toutes les satisfactions désirables.

Quand la foule des curieux l'incommodait par trop, d'un geste ou d'une parole parfois

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sèche et brutale, il leur ordonnait de se retirer; puis il poursuivait sa route; aucun détail ne lui échappait ; son regard pénétrant scrutait tous les alentours et les remarques souvent originales et pleines de saillies auxquelles il se livrait dénotaient la sûreté de son jugenaentet la vivacité de son intelligence. « Tout exprimait en lui cette puissante force de commandement et cette énergie de volonté qui marche aux grandes choses et réussit\ »

Le 13 mai, Pierre alla voir la manufacture des glaces établie au faubourg Saint- Antoine. Le i4, on le vit à l'Opéra accompagné du Régent. Pendant le spectacle il s'endormit. Lorsqu'il se réveilla, Dubois lui demanda s'il s'était ennuyé. « Bien, au contraire, dit-il, mais j'ai préféré dormir pour

I. Philippe d'Orléans, Régent de France, par Capefigue, i838.

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en éviter le scandale. — Vous avez donc Sire, assez d'empire sur vous-même? — Si je n'en avais pas sur moi, comment en prendrais-je sur les autres ? » Il ne retourna plus à rOpéra\

Le i6 mai, il va aux Invalides. Là son tempérament de soldat reprend le dessus et saisissant d'un geste brusque un verre de vin, il boit aux camarades, manifestant un enthousiasme extraordinaire et serrant avec effusion la main de tous ces braves.

Le poète Thomas dans sa Petreide raconte en ces termes cette visite :

Vers les bords où la Seine, abandonnant Paris, Semble de ces beaux lieux, où son onde serpente, S'éloigner h regret et ralentir sa pente. D'un immense palais le front majestueux Arrondi dans la nue en dôme somptueux,

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