‹ Pierre le Grand et le premier traité franco-russe, 1682 à 1717Chapitre 52 sur 75 · I. Archive Russe, i865. Poloudenski · texte numérisé non relu

I. Archive Russe, i865. Poloudenski

ET LI-: PHKMIEK THAITE lUANCO-lU SSK '2U,i

mémoires les plus impartiaux qualifiaient de navrante. Se recrutant clans les classes les plus grossières et les plus pauvres, manquant totalement créducation, aj^ant encore conservé toute la rudesse antique confinant presque au mongolisme, les prêtres n'avaient presque aucune culture et leur niveau intellectuel était d'une rare infériorité. Fontenelle s'exprime ainsi dans son éloge de Pierre I*"" à l'Académie des Sciences, le i4 novembre 1725. « Le christianisme même qui impose quelque nécessité de savoir, du moins au clergé, laissait le clergé russe dans des ténèbres aussi épaisses que le peuple. Tous savaient seulement qu'ils étaient de la religion grecque et qu'il fallait haïr les Latins ; nul ecclésiastique n'était assez habile pour prêcher devant des auditeurs si peu redoutables ; il n'y avait presque pas de livres dans les plus

PIERRE LE GRAjND

anciens et les plus riches monastères, même à condition de n'y être pas lus. »

Pierre a-t-il vraiment eu, comme on l'a prétendu, l'idée de tenter une fusion entre l'Eglise catholique romaine et l'Eglise orthodoxe ? C'est un point qu'à Iheure actuelle on n'a pas encore entièrement élucidé. Il ne paraît pas pourtant que ce projet ait été poussé bien avant. Car on rapporte qu'à la suite de Tenvoi à Rome de Boris Kourakine, chargé d'examiner dans quelle mesure les principes de la religion catholique pouvaient s'accommoder avec les prétentions russes, le Czar, en entendant son rapport, a poussa un profond soupir disant qu'il voulait être maître chez lui et n'y pas admettre un plus grand que soi etoncques ne songea à se faire catholique » (Saint-Simon).

Le Journal de Pierre le Grand, rédigé

ET LK IMtKMrEH TIWITK F H ANCO-UL'SSE •i.i.'i

presque sous sa dictée dans les dernières années de son règne, décrit dans des termes tout particulièrement caractéristiques sa visite à la Sorhonne : « Le 3 juin, Sa Majesté se rendit à l'Académie où les docteurs de la Sorbonne l'entretinrent de l'union dans la foi, en disant qu'il serait facile de l'établir. A quoi Sa Majesté daigna leur répondre que cette affaire était trop grave et qu'il était impossible de l'arranger à bref délai ; qu'en outre, Sa Majesté s'occupe davantage des affaires militaires.

Mais que s'ils le désiraient, en réalité, ils n'avaient qu'à écrire aux évèques russes, car c'est une affaire importante qui exige une assemblée ecclésiastique ; en même temps qu'il daigna promettre aux docteurs que s'ils écrivaient aux évèques russes, il ordonnerait à ceux-ci de répondre en vertu de l'autorité que Dieu leur a donnée. »

■j.^6 piehhp: lk ghand

En réponse à une réflexion de Boursier qui insinuait liabilement au Gzar qu'il ajouterait une nouvelle page à l'histoire déjà si glorieuse de la Russie, par la réunion des deux Eglises, Pierre répondit qu'il n'était qu'un soldat, mais qu'il serait particulièrement difficile de se mettre d'accord sur certains points et notamment sur la suprématie du Pape et la procession du Saint- Esprit. Golikofï" rapporte que les docteurs rédigèrent alors sur la demande de Pierre un Mémoire qui fut envoyé en Russie pour être soumis aux évêques russes. Ce n'est qu'en 1720 que ceux-ci y répondirent, et on sut depuis qu'ils déclinaient les propositions de la Sorbonne.

« D'ailleurs, dès 1718, Pierre chassa les Jésuites de son royaume et il nomma son bouffon Pape avec deux mille roubles pour l'aider à faire honneur à un sacré collège

ET LE PREMIEU TRAITE FHANCO-RUSSE 2-27

composé de fous et toujours ivres d'caude-vie' ».

Damaze de Raimond raconte également « qu'à son retour en Russie, après le voyage de Paris, Pierre le Grand imagina la fête du conclave où une foule dansait devant un imbécile désigné sous le nom de Pape ou Papa auquel on offrait des pots d'eau-devie" ».

Pierre poursuivait avec une activité infatigable le cours de ses diverses études dans Paris. Tantôt il s'entretient avec un professeur de mathématiques fort connu alors, du nom de Varignon, tantôt il se rend chez Pigeon où il fait l'acquisition d'un globe tournant mécaniquement ; visite le collège des Quatre-Nations, fait l'ascension des tours de Notre-Dame, retourne aux Gobe^

Page 1