‹ Pierre le Grand et le premier traité franco-russe, 1682 à 1717Chapitre 7 sur 75 · I . Schuylcr. Histoire de Pierre le Grand · texte numérisé non relu

I . Schuylcr. Histoire de Pierre le Grand

le mécontentement, ce fut Tobstination avec laquelle ils réclamèrent pour le Gzar le titre de grand Seigneur qui ne lui était pas accordé dans la lettre royale. Aussi alla-t-on jusqu'à leur refuser l'autorisation de traverser la France pour se rendre en Espagne et les priva-t-on même de la subvention généralement accordée en pareil cas.

En Autriche, TEmpereur s'était également refusé à donner au Gzar le titre de Majesté tant que d'autres pays n'en auraient pas pris Tinitiative, et il avait aussi décliné les propositions dont il avait été l'objet au sujet de la conclusion, avec la Russie, d'un accord spécial.

Partout, les Russes étaient donc « comme mis à rindex » et traités avec une désinvolture qui n'était pas sans les froisser profondément.

Malgré tant d'incidents regrettables,

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rAcadémie des Inscriptions lit frapper une médaille en souvenir de cette mission dont le résultat ("ut de susciter en Russie contre la France un vif sentiment d'animosité cjue prouve nettement l'accueil cjui y fut fait peu de temps après à deux jésuites, les Pères d'Avril et Beauvoilliers. Munis d'une lettre de Louis XIV aux deux jeunes Gzars, les priant, « dans l'intérêt de la propagation de l'Evangile et la perfection des arts et des sciences », de les autoriser à traverser leurs Etats pour se rendre en Chine, ces missionnaires, malgré le prince Galitzine, supportèrent le poids de la rancune moscovite et furent sommés de repasser la frontière.

Tel fut le désastreux résultat de l'ambassade de 1687.

Pendant dix années, cet état d'esprit subsista en France, amenant quelque inter-

ruption dans les relations, bien qu'on manifestât cependant, de part et d'autre, le désir de les voir plus cordiales.

Les événements qui se précipitaient en Russie, le règne bientôt admirable de celui qui allait être Pierre le Grand, les espérances que faisaient naître la précoce intelligence et l'énergie du jeune prince, modifiaient déjà les sentiments que le souvenir de la dernière ambassade avait laissés en France.

En 1697, Pierre accomplit son premier voyage en Occident et commença par visiter la Hollande d'où il se rendit en Angleterre pour y conférer avec Guillaume 111. Son plus vif désir était de venir en France et il le fit savoir au Roi .Mais les circonstances n'étaient vraiment pas propices à un tel projet.

Le récent échec de la candidature du prince de Gonti au trône de Pologne, qu'on

attril)uait en partie à rinfluencc russe, avait indisposé Louis XIV qui ne pardonnait pas davantage au Czar ses entreprises contre les Turcs; puis, il considérait encore Pierre comme un souverain d'importance minime et de peu d'autorité en Europe. Aussi ces raisons ramenèrent-elles à le faire détourner Iwnnctement de son dessein (Saint- Simon).

Celui-ci ne garda pas cependant rancune au Roi de cette déception ; son admiration pour ce monarque était telle qu'il le prenait, en toutes circonstances, pour modèle; sa gloire exerçait sur lui une véritable fascination et, comme il ne désespérait toujours pas d'obtenir son appui pour écraser la Suède, il recherchait toutes les occasions d'amener un rapprochement profitable et durable.

Il commença par entretenir, dès 1703, à

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Paris, une sorte d'agent, sans caractère déterminé, dont la mission consistait surtout à faire sonner auprès du Roi le bruit de ses victoires, de ses réformes, de son goût pour la civilisation européenne.

11 est bon, disait Postnikof, que « les glorieux faits de Sa Majesté soient connus dans cette glorieuse Cour et dans une langue qui est parlée, ou peu s'en faut, par l'Europe entière ».

On commençait d'ailleurs à pressentir qu'une nouvelle et peut-être redoutable puissance se levait à l'orient de l'Europe et y faisait naître déjà des craintes et des espérances.

Cette sorte de Chine Européenne^ jetant bas les remparts qu'elle avait élevés, jusqu'à ce jour, contre la civilisation occidentale, brisait ses antiques entraves et, sous l'énergique impulsion de Pierre, franchissait,

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d'un bond, sur le chemin du progrès, une étape formidable.

En 1701, celui-ci recevant en audience du Héron, envoyé extraordinaire de France, auprès d'Auguste 11 , lui témoignait avec chaleur son admiration pour le Grand Roi et son désir d'entrer étroitement dans son amitié. Après avoir exposé les avantages réciproques d'un traité de commerce entre la France et la Russie, où le trafic était accaparé entièrement par les Anglais et les Hollandais, il insista sur l'utilité qu'il y aurait, pour le Roi, à faciliter aux Russes la conquête d'un port sur la Baltique et à participer à la guerre contre la Suède.

Ainsi se fait jour, dès cette époque, « la grande idée » russe qui a présidé à toutes les entreprises importantes de ce pays depuis lors : s'ouvrir une voie vers la mer libre, faciliter à cet immense continent dont

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les populations étaient comme isolées extérieurement un accès vers la Baltique et la mer Noire, plus tard vers TOcéan Indien et le Pacifique même, où la race jaune leur réservait les plus cruelles surprises.

Pierre répétait d ailleurs sans cesse que tout son espoir reposait dans la possession éventuelle d'un port sur la Baltique.

Dans la suite, comme le prince Cantémir le félicitait de ses victoires en Perse, il reçut de lui cette réponse remarquable : « Vous vous méprenez sur les véritables intérêts de la Russie. Elle n'a que trop de terre. C'est de Teau seule qu'elle doit cherchera »

Au cours d'entretiens ultérieurs, le Gzar laissa entendre à du Héron que, si le Roi lui accordait son amitié, il pourrait, de son côté, ne lui être pas inutile dans l'état

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