JEANNETON , MADRE
MADRÉ, à lui-même. Vlà qu'est arrangé..
c'est bien le diable si nous ne les brouillons pas. {Apercevant Jeanneton.) Ah!
que c'est joli... v'ià à quoi qu'elle s'occupe au lieu d'être à sa besogne... la v'ià qui s'attife, en place publique.
jeanneton. Eh ben î après? que qu'ça vous r 'garde.. . c'est-il à vous ces fleurs-là ?
MADRÉ. A s'vendrait au démon pour attirer les regards.
jeanneton. J'ai pas besoin de m'donner tant d'tourment pour ça!
MADRE. Eh ben! avec tes dispositions, si l'hasard t'avait fait naître à la ville, voistu, tu ne serais déjà qu'une grande....
jeanneton. Une grande quoi ?
MADRÉ. Une grande je ne sais quoi.
jeanneton. J'sais ben c'que vous êtes et c'que vous avez toujours été , vous , un méchant tire-liards. {Montrant la pièce qu'Un au coude et au genou.) C'est pas le neuf qui vous ruinera.
MADRÉ, qui V examine de plus près. Des fleurs sur la tète... (il soulève son tablier) et une jupe trouée! comme ces demoiselles de Paris.
JEANNETON, lui donnant sur la main, avec colère, une tape qui lui fait lâcher le tablier. Ali ça, dites donc, voulez-vous vous taire vos manies, passez vot' chemin et plus vite que ça, parc'que.. .
MADRÉ , riant. T'as raison, aussi bien je suis pressé... (D'un air bon homme.) J'oubliais qu' j'ai une course à faire chez IM.Guiton, l'notaire royal.
jeanneton Tiens!., vous allez donc faire vot' testament?
madré. C'est pour un contrat de mariage.
jeanneton. Alors, c'est pas pour votre compte.
madré. C'est pour la fermière.
JANneton. Elle n'a pas été longue à prendre son parti... et à renoncer à Pierre. madré. Elle n'y renonce pas.
jeanneton. Vraiment!
MADRÉ. C'est lui qu'elle épouse.
jeanneton. Pierre!
MADRÉ. Pierre-le- Rouge, ton amoureux, l'amoureux de toutes les fdles du village... la petite mère Simon veut leretirer de la circulation.
JEANNETON. Pas vrai.
madré. C'est un bon parti... il y a des écus... et puis la fermière est gentiïle.
JE AViTiETON, avec dédain. Ce n'est toujours qu'une veuve.
madré. Elle lui a fait un papier, comme par lequel elle lui passe tout son bien par dessus la tète.
jeanneton. Tout son bien !
madré. Ça te fait de la peine, n'est-ce pas?
jeanneton A moue !... pas du tout !
madré. Bah !
jeanneton. Au contraire.
madré. Comment ! je t'aurais fait plaisir ?
jeanneton. Sans le vouloir... Ah ! ah ! Pierre, me v'ià rassurée... il ne me tuera pas., le v'ià fermier... moue, je serai rosière.
3ÏADRE. Rosière! toi? oh! c'te farce!
jeanneton. Pourquoi pas comme une autre?.. Que qui me manque ?
madré. Rosière!
JEANNETON. Oui, et je n'ai qu'un mot à dire pour ça.
madré. Et quel mot?
jeanneton. «Je le veux bien.» Avec ce mot-là, j'aurai tout ce que je voudrai; et de ce pas je cours au château, dire à M. le
sieur ïe marquis : « Je le veux bien, » et vous verrez l'effet de c'te parole-là !
madré , étonné. Est-ce que ça serait vrai ?