‹ Pierre-le-rougeChapitre 13 sur 52 · SCENE X · texte numérisé non relu

SCENE X

PIERRE, seul.

Maudit chiffon de papier ! (7/ le froisse.) j''ai beau le tourner et retourner de toutes les façons, je n'y connais pas plus à droite qu'à gauche !.. (77 le tourne dans tous 1rs sens.) Et ma pauvre mère qu'est au lavoir... à une demi-lieue! que j'peux pas aller la trouver pour me lire ça. (// regarde le papier.) Ca me fait pourtant l'effet de l'écriture à Raimbaut!.. et dire que je ne peux pas déchiffrer !.. Ah ! si je n'avais pas été un butor, un paresseux... si quand on me faisait aller à l'école, je m'étais pas fait renvoyer quatre fois par semaine... (/?r/7rch/ssant.) Mais qu'est-ce que ça peut êtfoe? (Riant.) Des imbéciles qui croient que je sais lire!.. (Sérieusement.) Si c'était pour-

tant quelque chose de conséquence ?. . (Regardant bien le papier.) Il me semble que ce mot-là... ça fait comme Jeanneton. Misérable chien ! t'aurais bien mieux fait d'apprendre à lire, quand t'étais petit!.. Ah! si je savais lire... si je savais lire... je ne sais pas ce que je deviendrais!.. D'abord, je quitterais ce trou de village... je m'en irais droit devant moi, à Paris... je me ferais procureur... et je plumerais les paysans! je les plumerais!., canailles de paysans ! (Il aperçoit Madré sortant du moulin avec un broc.) Ah.' voilà M. Finot.

oe©©©©©©©©©©©©©©©©©©©©©©©©®©©©©©®©©©©©®©©© SCENE XI- MADRÉ, PIERRE.

MADRÉ, mettant le broc elles verres sur la table. Je t'avais aperçu venir de loin, et je me suis dit à part moi... Pierre se rafraîchira bien d'un verre de vin. (A part). J'ai pris du vieux et du fort... ça le tapera plus vite.

pierre. Ah ! comme t'es généreux ce matin !

madré. Les affaires vont un peu... le moulin tourne. (Ils s'asseyent.) Mets-toi là.

(Il prend le nroc et verre à Pierre.)

pierre. Assez... et toi?

madré. Moi... c'est vrai., je m'oubliais.

(Il verse un peu.)

pierre. Tu te ménages. (A part.) Estce qu'il voudrait me mettre dans les vignes, ce cadet-là?

madré. Je ne porte pas le vin.

pierre. Passe-moi le broc. (Madré le passe à regret. — A part.) Ca a l'air de le contrarier... 11 veut me mettre dedans.

madré. Sais-tu bien, Pierre, que t'es un heureux mortel.

pierre. Oui ; je dors assez bien, je mange, je bois. . mais tu ne bois pas, toi ?

madré. T'as jeté comme un sort sur le sesque de l'endroit. . . Je parierais ben que Jeanneton... et la mère Simon, ne sont pas les seules bergères à qui t'en contes?

(Il veut prendre le broc, mais Vierre s'y oppose et

verse à tous les deux.)

pierre. Tu crois ça?.. A ta santé! (// boit. Madré fait semblant de boire.) Allons, bois donc ; tu fais la petite bouche.

madré, buoant. Dam ! je n'ai pas un coffre comme le tien.

pierre. Laissé donc... tu tiens chopinc. (A part.) Et je vas t'en verser deux. Ecoule bien... puisque nous ne sommes

que nous ceux, je vas te parler le cœur sur la main. (// boit. Madré j ait semblant de luire.) Encore I vide ton verre, ou je vais t' entonner le broc moi-même.

madré, buvant. Je bois, je bois.

pierre. Cela a bien de la peine à passer... Je te défends... écoute bien.

3IADRÉ. J'écoute, mon ami Pierre.

pierre. Je te défends de faire le beau.

madré. Je n'ai jamais fait...

pierre, continuant. De faire le beau auprès de ma fermière. Si j'ai le malheur de te trouver dans la ferme avec Mme Simon, je te casse un bras. (Il boit. A Madré.) Avale-moi ça.

(Madré boit et commence à se griser.)

madré. Mais je t'assure.... D'ailleuis, c'est pour lui parler de toi.

pierre. C'est pas tout .. Si tu t'avises encore de courir après ma petite vaehèie.. je te casse une jambe.

MADRÉ, gris. Bien obligé.

pierre. Et buvons un coup par là-dessus.

(Ils boivent.)

madré, gris. Là petite vachère... je tele dis dans le tuyau de l'oreille... parce que vois-tu... moi... je suis ton ami... Elle ne t'aime pas infiniment, attendu que la mère Simon... une futée... en dessous main.

PIERRE, intrigué, brusquement. En dessous main... quoi?

madré. Ah î quoi! on a fait courir des bruits...

riERRE. Quels bruits?

( Madré cherche à prendre le broc , Pierre le lui retire.)

MADRÉ. Des bruits!., j'ai soif.

pierre. Assez... parle... voyons.

madré. Entre z'amis...

pierre. Entre z'amis...

madré. Du moment que c'est pour ton bien., que la mère Simon., et moi... nous avons arrangé la chose.

pierre. Quelle chose ? La patience m'étouffe.

MADRÉ. Laisse-moi donc m'humecter un peu... j'ai la parole sèche. (// tend son, verre. Pierre le repousse.) Nous nous sommes dit... si la petite croit ça, c'est fini. {Il rit et se lève.) Ah ! ah! ah!... elle Ta cru... elle l'a cru !

pierre. Maudit ivrogne! je n'en tirerai pas un mot à présent Et cetle lettre,

si elle avait du rapport à tout ça?

madré, riant. Elle i'a cru !.. elle l'a cru ! . .

PIERRE, le poussant. Eh ! va-t'en à tous les diables !

(Madré se retire en riant et en chancelant.)

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