SCENE PREMIÈRE
LE MARQUIS, LE BAILLI, MADRE, RAIMBAUT, M<- SIMON, Chasseurs, Messiers, Laquais.
(Au lever du rideau , on donne du cor dans le lointain ; les laquais arrivent avec les fusils de leurs maîtres. Mine Simon et Madré, attirés par le bruit, ■viennent se mettre sur le seuil de leur porte. Le marquis, Raimbaut et les chasseurs entrent par la droite, le bailli par la gauche.)
LE marquis. Eh bien! mon cher bailli, vous quittez mon père?
LE bailli. Oui, monsieur le marquis, je l'ai accompagné jusqu'aux limites de ses domaines... il est maintenant sur la route de Versailles, où il arrivera, dans trois jours pour l'ouverture des Etats- Généraux...
LE MARQUIS, aux chasseurs. IN ous voilà, pendant son absence , maîtres et seigneurs dn château de Mondragon! (Au gardechasse.) Raimbaut!
raimbaut,* 'avançant. Plaît-il, monsieur le marquis?
&3E marquis. Nos gens sont-ils à l'affût?
LE MAGASIN THEATRAL
raimbaut. Oui, monsieur le marquis.
LE marquis. Ce rustre de Pierre, ton protégé , est-il cette fuis au nombre des rabatteurs?
raimbaut. Oui , monsieur le marquis ; nous avons soupe ensemble hier au soir, et il m'a bien promis qu'à la pointe du jour, il se serait rendu dans le bois.
MADRÉ, s' avançant. Je vous demande excuse, monsieur le garde-chasse, je l'ai rencontré sur le coup de huit heures et demie derrière les peupliers de la mare aux cignes.
Mme SIMON , à Madré. C'est que le pauvre garçon aura pris le plus long, monsieur Madré.
MADRÉ. Du tout, madame Simon... il était arrêté à batifoler avec cette rieuse de Jeanneton.... la petite vachère que monseigneur connaît bien.
raimbaut , a part. Qu'a-t-il besoin de dire ça , celui-là !
le marquis. Comment... ce rustre-là s'avise d'en conter à Jeanneton?...
Mme SIMON , a Madré. Vous vous serez trompé, mon voisin.
LE mabquis. Je ne lui conseille pas de se trouver au bout de ma cravache !
madré , à part. Il la craindrait joliment ta cravache et toi aussi !
Mme SIMON. Monsieur le marquis, Pierre est un honnête garçon., n'est-cepas, Raimbaut?
raimbaut. Quand on le connaît.... au fond , c'est un bon diable.
Mme SIMON. Je ne dis pas qu'il soit sans défaut.
le marquis. Une bête brute.
Mme SIMON. Comme dit M. le marquis...
il est un peu brusque , mais au demeurant, c'est un cœur d'or.
madré. Dites donc une tête d'or... elle est couleur de carotte ; ce qui fait qu'au lieu de l'appeler Pierre tout court, on a trouvé plus commode de l'appeler Pierrele-Rouge.
LE MARQUIS. Il faut espérer que M. Pierre-le-Rouge aura compris son devoir et que nous le trouverons au débuché.
(On entend au loin le bruit du cor.) RAIMBAUT. Monseigneur, voici les piqueurs qui donnent le signal.
le marquis. La guerre est déclarée : à cheval, messieurs — au retour, je vous ménage un vrai plaisir de campagne !.. un couronnement de rosière... hâtons-nous, il ne faut pas faire attendre le chevreuil. CHOEUR GKNERAL. Ain de Musard.
La chasse nous invite, Du cor j'entends la voix ;
Délogeons de leur gîte
Les hôtes de ces bois.
(Pendant ce qui précède, les domestiques ont remis les fusils à leurs maîtres et ils sortent tous sur les dernières mesures du chœur.)
©©©©©©©©©©©© ©©©©©©©9»©®©©©©©©©eoe©©©©©©©Qe