BLIN ET AUTRES PAYSANS
PHILIPPE , assis près d'une table , à gauche. Oui, mes amis , c'est par l'ordre de M. le comte , député du grand collège d'Amiens , le plus riclie propriétaire de l'arrondissement de Péronne , que je vous ai réunis dans son château.
DESPORTES. Pourquoi faire qu'il nous dérange ?
PHILIPPE. Vous allez le savoir. {Appelant après avoir lu sur un registre. ) Pierre Kuot?
Ht'OT. C'est moi.
PHILIPPE, lui donnant de l'argent. Vingtcinq francs peur ta vieille mère malade.
HUGT. Meici, monsieur Philippe.
PHILIPPE. Paul Joublin? (Le paysan s'avance.) M. le comte te donne la place de tonnelier du château.
joublin. A moi!... comment qu'il sait que je suis tonnelier ?..
Philippe, à un autre. Louis Desportes, ton père est trop vieux pour continuer l'ouvrage du jardin : M. le comte lui fait une pension de cent écus, et c'est toi qui le remplaceras...
desportes. Moi ! jardinier du château !
PHILIPPE. Madeleine Copin, veuve Trémeau , voilà deux cent cinquante francs pour réparer votre petite maison de la Saulniée.
MADELEINE. Merci, mon bon monsieur!
C'est vrai, dà, que ma pauvre bicoque en a grand besoin ... mais comment M. le comte a-'t-il pu le savoir?., il n'y a guère que huit à dix jours qu'il est ici, et le v'ià déjà ou courant de nos affaires!.. C'est un drôle de seigneur tout de môme.
DESPORTÈS. Vous voulez dire un brave •eigneur qui sait distinguer le mérite !
madeleine. Et puis c'est qu'il appelle
chacun par son nom! Pierre Huot ,
Paul Joublin, Louis Desportes, Madeleine Copin , mon nom de fille !.... on diraiî qu'il est sorcier.
desportes. Sorcier on non , c'est un digne homme: faudra le laisser tranquille, celui-là , et pas le taquiner, comme dans le temps de la révolution ce pauvre monsieur d'Entraigues.
Philippe. L'intention de M. le comte est de faire réparer les chemins, de fonder une école , d'établir un marché dans le village.