‹ Pierre-le-rougeChapitre 43 sur 52 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

MADRÉ, Lti COMTE.

MADRÉ. Eh bien!... Pierre... tu vois comme je me comporte.

LE COMTE, amèrement. Pierre!... c'est que ton intérêt s'y trouve, vieux juif.

MADRÉ. Sais-tu que tu es joliment logé! un peu ancien tout ça, comme moi... qui n'ai pas quitté le pays depuis quarante ans., aussi, tous ceux qui veulent des renseignemens sur ce qui s'est passé s'adressent au bonhomme Madré.

LE comte. Au fait, que me veux-tu?., pourquoi ai-je encore le plaisir de te voir ?

MADRÉ. Ah! encore!... c'est un mot de reproche, je n'en dirais pas autant, moi, si tu venais visiter mon moulin.

LE COMTE. Viens-tu me demander quelque nouveau sacrifice?.. Ne t'ai-je pas assez donné, insatiable avare?..

madré. Donné... fi donc!... si je te demande quelque chose, je veux le payer.

LE COMTE. Le payer!., toi!., voilà la première fois que ce mot-là sort de ta bouche.

MADRÉ. Je me suis aperçu ce matin qu'une petite pièce de pré. .. qui appartient à ton château... à peu près dixarpens.. m'arrondirait de la manière la plus agréable.

LE COMTE. Eh bien! soit... je te les vendrai, n'en parlons plus.

madré. Tu me les vendras... cher?..

LE COMTE. Non.

MADRÉ. Merci, mon ami, mon cher ami. .

j'iai toujours dit :1e cœur est excellent, il n'y que la tète... Dis donc ; ils ne se doutent guère dans le village...

LE COMTE, à part. Oh ! le maudit homme !

madré. Mais cher ou non... il faut toujours finir par payer; et les pauvres meuniers ne roulent pas sur l'or de ce temps-ci,

LE comte. Les veux-tu donc pour rien?

MADRÉ. Pour rien!... ah! tu me connais bien mal!., mais s'il y avait moyen de faire un échange... pour tes dix petits arpens de pré, je pourrais te donner cinq grands arpens de bruyère que je possède sur la butte aux Chagnats.

LE COMTE. Ah ça ! me prends tu pour un mouton dont on puisse impunément tondre la laine?..

madré. Cinq arpens.. qui touchent aux anciennes vignes de Raimbaut...

LE COMTE, s'é chauffant. Malheureux !..

me tourmenteras-tu toujours avec ce cruel souvenir!..

madré. Si cet échange t'accommode.

LE COMTE. Non !

madré. Tu ne veux pas?

LE COMTE. Non!

MADRÉ. Prenons que je n'ai rien dit.... je reviendrai dans un autre moment ou monsieur le comte sera mieux disposé.

LE COMTE Brisons là, Madré... et si tu veux me faire un plaisir... abrège ta visite.

madré. Enchanté d'être agréable à monsieur le comte.

(Il soit en saluant comme il est entre.)

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