‹ Pierre-le-rougeChapitre 5 sur 52 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

MADRÉ , PIERRE , JEANNETON , Mme SIMON.

( Pierre, ayant un chevreuil mort, en collier autour de ses épaules , vient se placer au milieu des personnages qui sont en scène.)

pierre. Pour aller... abattre le gibier. TOUS, avec un cri de surprise. Ah !

pierre. Ils sont gentils, vos seigneurs... ils poursuivent les chevreuils et les jeunes filles... et ils croient qu'on va les aider à rabattre ce gibier-là à leur profit?., cours après !...

madré. Comment! tu as osé?..

pierre. C'est le troisième depuis un mois... j'aime le chevreuil!..

jeanneton. Mais si on vous surprenait ?..

pierre. Ah! bah!... le premier qui s'en aviserait ! .. ( faisant mine de le coucher en joue ) j'en serais fâché; mais le plomb serait logé.

Mme simon. C'est cela... faites-vous de mauvaises affaires... mettez vos amis dans la peine.

PIERRE. Des amis ! dans le village, moi ! . . à commencer par M. le marquis d'Entraigues, le seigneur du pays, ils ne peuvent pas me souffrir... dites qu'ils me craignent!., à la bonne heure. .. ilssaventque Pierre ne souffre rien de personne; que pour un pois il rend une fève !... en faitdeça, je n'suis pas mauvais payeur.

Mme SIMON. Tous vous faites plus méchant que vous n'êtes... et vous avez plus d'amis que vous ne le pensez...

PiEiinE. C'est vrai, j'en ai un je n'y

pensais ma foi plus.... Raimbaut ! oh! celui-là est franc du collier.

MADRÉ. Nous voici trois qui... certainement...

pierre. D'abord, toi je te renie, malin; j'ai en toi juste la confiance qu'il faut pour te rien dire de mes affaires.

madré. Moi... ton ami!..

pierre. C'est pas vrai... tu crois peutêtre queje ne m'aperçois pas que tu veux épouser la ferme à la bourgeoise, et que, d'un aune côté, tu te permets de courir après cette jeunesse?

jean\eto\. Oui, mais il n'a pas les jambes assez longues pour l'attraper, pas vrai, Pierre?

pierre. Eli ! eh ! ma petite Jeanneton. (M lui donne un coup de poing en jouant.

jeanneton. Que vous êtes bête!., vous me chatouillez toujours.

LE MAGASIN THÉÂTRAL

M™* SIMOW Pierre, ces manières-là ne nie conviennent point.

pierre. Bourgeoise, pas de grimaces — ic ne les aime pas... vous êtes une bonne femme... j'ai de l'amiquié pour vous...

mais faut pas en dégoûter les autres ; d'ailleurs j'ai promis à Jeanneton...

Mme SIMON, vivement. De l'épouser?

pierre. Je n'épouse personne.

madré. C'est plus commode.

pierre. J'ai vingt ans... je parle aux femmes d'amour, mais il n'y en a pas une fjui puisse dire que je lui ai parlé de mariage, je ne les trompe pas, j'ai de l'honneur.

madré. Et t'as bien raison... elle serait heureuse, ta femme !

pierre. Et pourquoi qu'elle ne serait pas heureuse?., allons, voyons, parle, ou je te retourne comme une omelette!..

MADRÉ. Voilà juste la raison ; dans tes momens de bonne humeur, tu lui parlerais comme à moi: comment t'es-tu conduit avec la petite Annette qui a épousé le gros Thomas ?

pïerre. Eh bien ! après...

MADRÉ. L'attendre àlasortiede l'église...

lui faire une avanie!., la menacer...

PIERRE. J'iai pas touchée!., j'iaimais pus... si j 'l'avais aimée ce jour-là... je l'aurais tuée!

Jeanne TON. Comment!., que que vous dites donc?

PIERRE. Je dis qu'une femme qu'on aime et qui vous trompe... on la tue c'est tout simple... c'est le pont aux ânes !..

jeanneton. Tuer une femme!

pierre. Ah !.. mais il faut diablement l'aimer pour ça.

madré. Comme il entend l'amour, ce garnement-là!

pierre. Va voir si ça leur fait peur!

Mme SIMON. Vous êtes d'un naturel si inconstant Iles femmes avec vous n'ont pas le temps de changer... et si j'ai un conseil à donner à Jeanneton...

pierre. Faites-moiFamiquié dele garder pour une meilleure occasion; Jeanneton sait ce qu'elle a à faire, et moi aussi ; pas vrai, petite?

jeanneton. Dam!., m'est avis qu'oui.

madré. Il les enjôlerait toutes. . .

pierre, à Madré. Toi, pour le quart d'heure, il me faut un de tes sacs, afin d'y fourrer mon gibier. .. cela fera que si ou m'arrêtait, l'enveloppe étant à l'adresse du meunier... le meunier partagerait mon logement garni dans la prison du château!..

madré. Par exemple!..

PIERRE. Allons, pus vite que ça.

Mme SIMON, à Madré. N'allez-voua paj»

lui refuser un sac à présent!

madré. Ecoutez donc.

jeanneton. C'est avare... et ça veut plaire aux femmes !..

madré. Je vais lui en chercher un.

(Il sort.)

pierre , au milieu. J'espère , aue Mme Simon viendra manger sa part de ce gaillard-là ! ( Jeanneton /ait la moue. ) Et toi aussi, Jeanneton. ( /Vinie Simon /ail la moue à son tour. ) Ah ! si vous voulez vous faire aimer, pas de jalousie... il faut me prendre comme la nature m'a bâti... je ne peux pas me refaire pour votre bon plaisir; nous souperons joliment demain soir-...

la mère Pierre a l'habitude d'accommoder le gibier de monseigneur, elle lui a trouvé une sauce !.. une sauce !!! on mangerait un bailli avec cette sauce-là !

MADRÉ, revenant avec le sac. Voici l'objet. ..j 'te le donne pas, j'te le prête.

pierre. A la bonne heure! ( Il se dispose à le placer. ) Il sera là, dans ce sac à farine, comme un coq en pâte. ( Il l'enferme. ) Et je défends qu'on y touche.

apercevant le marquis.) Il était temps!

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