LE MARQUIS, JEANNETON
LE marquis. Eii I bien, tu t'enfuies, Jeanneton ; est-ce que je te fais peur?
jeanneton. Oh ! bendu contraire, monseigneur, je sais que vous n'êtes pas méchant avec les femmes.
LE MARQUIS. A la bonne heure, au moins. ( Il lui prend le menton.) Tu sais, petite, que c'est aujourd'hui qu'on nomme la rosière?..
jeanneton. Aujourd'hui ou demain, ça me fait pas grand chose à moue.
LE marquis. N'es-tu pas sur la liste?
jeanneton. Pour la frime...
le marquis. Oui; je sais qu'il y en a trois fort laides, qui ont beaucoup de chances.
JK ANNETON. Et puis voyez-vous, rosière, ça fait plus d'honneur que de profit.
LE marquis. Mais si Jeanneton voulait être bien sage.
j s: anneton. Ça toujours été dans ma volonté.
LE marquis. C'est moi qui nomme la rosière, et tu seras nommée.
Ain de J. Dodu:
Oui, tu seras rosière , Ge prix-la fest bien du ; Car je dois dans ma tune Honorer la vei tu.
Il faut être sévère , Marcher les yeux haïsses, Ne pas chercher à plaire Aux garçon» empresses...
On a écoute personne , Seulement, en secret, A son seigneur on donne
Les (leurs de son bouquet.
Oui, tu seras rosière, etc.
Ma main qui te la donne .
Sur ton front virginal Placera la couronne Qu'envie un front rirai ; Pour ce prix qu'on admire Je ne demande rien , Et tu n'aurai qu'a dire :
Monseigneur, je veux bien.
Oui, lu seras rosière, etc.
Et cette année, j'ajoute à la couronne de roses ua collier.
JEANNETON. Un collier de vrai?
LE marquis. Des peudans d'oreille.
JEANNETON. En argent.
LE MARQUIS. En or.
JEANNETON. Oh !
LE marquis. Un trousseau...
JEANNETON. Oh! oh !..
LE MARQUIS. Des bonnets de dentelle...
des robes de mousseline... des bas de colon...
jeanneton Des bas de coton ! ça ramincit la jambe.
LE marquis. Des souliers de peau de chèvre.
jeanneton. Oh ! oui., des sabots, c'est gênant comme tout! regardez donc comme ça vous fait l'pied !
le marquis. Et puis la rosière de cette année aura une place...
jeanneton. Pour garder les vaches du château ?
LE marquis. Non; la rosière ne gardera rien du tout... elle n'aura qu'à se promener toute la journée.
jeanneton. Dans seshabitsdudimanche?
le marquis. Et puis le soir, elle ira au spectacle... à la comédie...
jeanneton. C'est-y loin ces villages-là?
le marquis. C'est à Paris.
jeanneton. Faut aller pour tout ça à Paris?
LE marquis. Avec moi, une fois r.ommée rosière... je t'emmène sans rien dire... nous partons ensemble... ce soir, à la nuit tombante.
jeanneton. Nousp... vous m'... ça n'se peut pas...
le marquis. Pourquoi cela?
jeanneton, aoec un gros soupir. Ca n'se peut pas... il me tuerait...
le marquis. Qui?
jeanneton. Pierre -le-Rouge... il mTa promis.
LE MARQUIS. Comment... ce drôle-là?..
jeanneton. C'est pas l'embarras, il ne m'aime peut-être pas assez pour ça.
le Marquis. Une fois partie... tu n'auras plus rien à redouter de ce brutal.... ah ! si t?* restais au village !
LE MAGASIN THEATRAL
jeanneton. Oli ! si je restais au village ! mais... non... non, j'veux pas m 'exposer à être rosière... ça me tournerait à mal... c'est décidé, je garderai mon mirliton à rayes, mes sabots de bouleau... et ma brassière de moilton.
(On entend l'hallali.)
le marquis. Voilà ces messieurs qui reviennent au château... tu réfléchiras... je te donne une heure... et si tu prends le bon parti, tu n'as qu'à venir me trouver., me dire que tu veux bien être rosière , les robes , le collier , le trousseau , tout est à toi, et nous partons pour Paris à l'instant. Adieu, ma petite Jeanneton.
(Il sort.)
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