‹ Pierre NozièreChapitre 17 sur 51 · SH FE · texte numérisé non relu

SH FE

Non, le petit tailleur-concierge de la rue des Canettes n'avait pas considéré ce que pouvait tenir de cailloux la poche dorsale qu'il m'avait établie.

Suffisamment caillouté, je donnai des coups de poing ; on men rendit, que je ne gardai pas. Après quoi on me laissa tranquille. Mais, le dimanche suivant, la bataille recommença. Et tant que je portai cette funeste tunique, je fus vexé de toutes sortes de façons et vécus perpétuellement avec du sable dans le cou.

C'était odieux. Pour achever ma disgrâce, notre surveillant, le jeune abbé Simler, loin de me soutenir dans cet orage, m'abandonna sans pitié. J usque-là, distinguant la douceur de mon caractère et la gravité précoce de méa pensées, il m'avait admis, avec quelques bons élèves, à des conversations dont je goûtais le charme et sentais le prix. J'étais de ceux à qui l'abbé Simler, pendant les récréations plus longues du dimanche, vantait les grandeurs du sacerdoce et même exposait les cas difficiles où l’officiant pouvait se trouver dans la célébration des mystères.

L'abbé Simler traitait ces sujets avec une gravité qui me remplissait de joie. Un dimanche, tout en se promenant à pas lents dans la cour, il commença l’histoire du prêtre qui trouva une araignée dans le calice après la consécration.

« Quels ne furent pas son trouble et sa douleur, dit l'abbé Simler, mais il sut se montrer à la hauteur d’une circonstance si terrible. Il prit délicatemeñ® la bestiole entre deux doigts, et... >

À ce mot, la cloche sonna les vêpres. Et l'abbé Simler,

observateur de la règle qu’il était chargé d'appliquer, se tut

et fit former les rangs. J'étais bien curieux de savoir ce que le prêtre avait fait de l'araignée sacrilège. Mais ma tunique m'empêcha de l’apprendre jamais.

Le dimanche suivant, en me voyant affublé d’un habit si grotesque, l’abbé Simler sourit discrètement et me tint à distance. C'était un excellent homme, mais ce n’était qu'un homme; il ne se souciait pas de prendre sa part du ridicule que je portais avec moi et de compromettre sa soutane avec ma tunique. Il ne lui semblait pas décent que je fusse en sa compagnie, tandis qu'on me fourrait des cailloux dans le cou, ce qui était, je l'ai dit, le soin incessant de mes camarades. Il avait en quelque sorte raison. Et puis il craignait mon voisinage à cause des balles qu'on me jetait de toutes parts. Et cette crainte était raisonnable. Peut-être enfin ma tunique RS en lui un sentiment esthétique développé par les cérémonies du culte et dans les pompes de l'Église. Ce qui est certain, c "est qu 1l m'écarta de ces entretiens dominicaux qui m'étaient chers.

Il s'y prit habilement et par d'heureux détours, sans me dire un seul mot désobligeant, car c était une personne très polie.

If avait soin, quand j'approchais, de se tourner du côté opposé et de parler bas de façon que je n’entendisse point ce quil disait. Et quand je lui demandais avec timidité quelques éclaircissements, il feignait de ne point m'entendre, et peut-être en effet ne m’entendait-il point. Il ne me fallut pas beaucoup de temps pour comprendre que j'étais importun et je ne me mêlai plus aux familiers de

l'abbé Simler.

Cette disgrâce me causa quelque chagrin. Les plai-

santeries de mes camarades m agacèrent à Îa longue. J’appris à rendre, avec usure, les coups que je recevais. C’est un art utile. J'avoue à ma honte que je ne l'ai pas du tout exercé dans la suite de ma vie. Mais quelques camarades que javais bien rossés m'en témoignèrent une vive sympathie.

Ainsi, par la faute d’un tailleur inhabile, jignorerai toujours l’histoire du prêtre et de l'araignée. Cependant je fus en butte à des vexations sans nombre et je me fis des amis, tant il est vrai que, dans les choses humaines, le bien

est toujours mêlé au mal. Mais, en ce cas, le mal

pour moi l'emportait sur le bien. Et cette tunique était inusable. En vain j'essayai de la mettre hors d'usage. Ma mère avait raison. Rabiou était un honnête homme qui craignait Dieu et fournissait de bon

Fe =

PTONSEEUR DEBAS

L était peut-être nécessaire au progrès de la vie moderne qu'une gare s'élevât sur les ruines regrettées de la Cour des Comptes, quon arrachät tous les arbres de nos quais, qu'on fit passer un chemin de fer souterrain et un tramway à vapeur sur cette rive longtemps paisible. Je m'attends à voir bientôt au bord du fleuve de gloire, sur les vieux quais augustes, des hôtels construits et décorés dans cet effroyable style américain qu'adoptent maintenant les Français, après avoir, durant une longue suite de siècles, déployé dans l’art de bâtir toutes les ressources de la grâce et de la raison. On m'assure que la prospérité de la ville y est intéressée et qu'il est temps que des bars et des cafés remplacent les boutiques dé3 libraires et les étalages des bouquinistes.

Je n'en murmure point, sachant que le changement

est la condition essentielle de Îa vie et que les villes,

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