MARTE
ES petites filles ont un désir naturel de cueillir des
fleurs et des étoiles. Mais les étoiles ne se laissent point cueillir et elles enseignent aux petites filles qu'il y a en ce monde déà3 désifà qui ne sont jamais contentés. Mademoiselle Marie s’en est allée dans le parc avec sa nourrice ; elle a rencontré une corbeille d’hortensias et elle a connu que lé fleurs d’hortensia étaient belles ; c'est pourquoi elle en a cueilli une. C'était très difficile. Elle a tiré la plante à deux mains et elle a couru grand risque de tomber sur son derrière quand la tige s'est rompue. Aussi est-elle très fière de ce qu’elle a fait. Elle est très contente aussi, Car la ffeur est admirable à voir : c'est une boule d'un rose tendre trempée de bleu et c’est une fleur composée de beaucoup de petites fleurs. Mais la nourrice l’a vue : elle s’élance. Elle saisit mademoiselle Marie par le bras ; elle gronde, elle s’écrie, elle est terrible. Mademoiselle Marie regarde étonnée, de son regard encore flottant, et songe dans sa petite âme confuse. Vous ne sauriez imaginer combien c'est difficile, à sept ans, d’interroger sa conscience. Elle reste candide entre la faute commise et le châtiment préparé. La nourrice la met en pénitence, non dans le cabinet noir, mais sous un grand marronnier, à l'ombre d’un vaste parasol chinois. Là, mademoiselle Marie pensive, surprise, étonnée, est assise et songe. Sa fleur à la main, elle a l'air, sous l’ombrelle
qui rayonne autour d'elle, d’une petite idole étrange.