CHAPITRE VIIT
Bien qu'il fût dès lors résolu à quitter l'Université pour embrasser la vie religieuse, il lui parut bon de se munir d'un diplôme qui pourrait plus tard, dans l'enseignement libre, avoir quelque utilité.
La préparation immédiate de cet examen lui imposa le plus rude labeur. « Je le vois encore, raconte un ami qui lui donnait l'hospitalité au collège Stanislas, — je le vois encore rédigeant sa leçon sur Grégoire VII, avec ses notes en colonne, d'une écriture courante et abrégée, sorte de sténographie appropriée h sa rapide conception. La nuit qui précéda l'épreuve, il resta seul, de longues heures, acharné à ce travail très-pénible, mais très-bon et Irès-opportun. «
Grégoire VII ! Il y avait bien quelque chose de providentiel dans le prétendu hasard qui lui assignait un tel sujet à traiter, devant un auditoire d'élite, dans une circonstance aussi solennelle. Dès l'École normale, Pierre Olivaint s'était épris d'une vive admiration pour ce puissant réformateur de l'Église, ce défenseur intrépide des droits du Saint-Siège contre les usurpations des Césars allemands. L'éloge de l'illustre pontife, prononcé par un professeur de l'Université en pleine Sorbonne, allait être, dans sa bouche, une profession de foi d'autant plus formelle, que l'adversaire qui, la leçon terminée, devait argumenter en sens contraire, était un protestant genevois, homme de talent et d'une conviction ardente*.
les difficultés produites soit par les autres concurrents, soit par les juges du concours. Cet examen particulièrement sévère décide du sort des candidats et du rang assigné aux nouveaux agrégés. l. M. Bonnet, qui depuis s'est fait un nom dans son parti, surtout
Olivaint avait lu et soigneusement analysé les principaux monuments que l'érudition moderne a multipliés au sujet du grand pape; mais il avait insisté de préférence sur les témoignages des historiens protestants, tels que Eichorn, Raumer, Voigt, etc.
Le concours eut lieu sous la présidence de M. Saint- Marc Girardin ; l'auditoire était relativement nombreux et très-attentif. Après que Pierre Olivaint eut brillamment développé sa thèse, l'antagoniste porta aussitôt ses coups sur le point qui offensait plus particulièrement ses préjugés protestants, le célibat ecclésiastique. Mais le champion de l'Église romaine défendit l'honneur du sacerdoce avec tant de savoir, de vigueur, d'à-propos et d'éloquence, que M. Saint- Marc Girardin, se faisant l'interprète de tous, mit fin aux débats par cet éloge : « Monsieur, lui dit-il, ce serait abuser de vous que de vous laisser parler davantage. Nous venons d'entendre la vertu plaider la cause de la vertu. »
Pierre, reçu le premier à l'agrégation d'histoire, se réjouit humblement d'un succès qui tournait à la gloire de Dieu et de son vicaire. Mais loin de s'endormir sur ses lauriers, il songea un instant à subir une nouvelle épreuve, et à passer sa thèse de docteur es lettres.
Dès le 14 novembre il écrivait à son ami Henri : « Je te remercie, mon cher ami, d'avoir reçu avec tant de joie et de bonne amitié les nouvelles de mon con-
par la publication des lettres de Calvin; et ses écrits à la louange du prétendu réformateur.