CHAPITRE II
des néophytes. Un des professeurs les plus distingués de la faculté des lettres de Paris, son ancien camarade d'École, raconte comment le nouveau disciple de Bûchez, dans son ardeur de prosélytisme, s'efforçait de le gagner au prétendu christianisme prêché dans le cénacle de la rue Chabannais. Il n'y réussit pas, malgré le don merveilleux qu'il avait déjà d'attirer à lui ceux qui l'entouraient, et d'exercer sur eux une puissante influence. Plein de tact, de prévenance et de saillies charmantes, il tempérait par un sourire habituel ce que son visage offrait, de prime abord, d'un pou sévère, et la vivacité d'un regard pétillant d'esprit corrigeait vite le défaut de ses yeux. Mais à quoi bon ces dons naturels, si celui qui les possédait, ignorant la vérité, ne les faisait servir qu'à la propagation de l'erreur? Ne devenaient-ils pas un piège? N'était-il pas à craindre que, chez ce jeune homme enthousiaste, au cœur affectueux, le sentiment ne décidât des idées? Ennemi de tout calcul égoïste, répugnant à toute basse intrigue, Pierre n'avait pas grand'chose à redouter du côté de l'intérêt ambitieux et cupide; mais ne se laisserait-il point surprendre à la fiperie des mots bizarrement accouplés qui retentissaient à son oreille : liberté, religion^ église, démocratie, révolution, évangile, dont les uns répondaient à ses préjugés d'éducation, les autres aux nouvelles aspirations de son âme? Dieu ne le permit pas; la grâce prévint et secourut la bonne volonté, et la Lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde, illumina par degrés celte intelligenc qui cherchait loyalement la vérité