CHAPITRE XVIII
conversant avec son voisin, M. Petit, secrétaire de i'archevêché de Paris, lui disait: «Si vous voulez, nous allons chanter; la musique dissipe la tristesse et fait du bien. » Et il entonnait un pieux cantique sur le Sacré-Cœur.
Le P. de Bengy trouva dans la cellule du P. Clerc un billet écrit de sa main et daté du jour môme de sa mort, dans lequel il témoignait de sa parfaite assurance et de sa joyeuse résignation.
ce Le jeudi à midi, écrit M. l'abbé Lamazou, on nous permet une récréation commune dans la môme cour que la veille. Les visages sont plus tristes, mais les cœurs sont aussi fermes.... Je m'entretiens vingt minutes avec le P. Olivaint; frappé dans ses plus chères affections, il conserve encore sur les lèvres un gracieux sourire; je renonce à dépeindre sa figure et à reproduire sa conversation. Son visage avait quelque chose de vraiment idéal, et sa parole était celle d'un ange. Sur la proposition de Mgr Surat, de M. Bayle et du P. Olivaint, les prêtres font vœu, si Dieu daigne les arracher à la mort, de célébrer pendant trois ans, le premier samedi de chaque mois, une messe d'actions de grâces en l'honneur de Marie. »
Le P. Olivaint comptait sur une autre délivrance; il faisait ses adieux, comme un voyageur à l'heure du départ. « Mon Père, disait-il avec transport au P. Bazin en lui prenant la main, hier soir deux de nos Pères sont partis pour le ciel, et cela doit recommencer aujourd'hui pour vous et pour moi ; ne nous séparons pap sans nous embrasser. » Il causa ensuite
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avec Mgr Surat ^ et, revenant encore au P. Bazin, il le pressa fortement sur sa poitrine en disant : « Mon Père, adieu! nous ne nous reverrons plus probablement sur la terre, mais au ciel. »
Le 26 mai tombait juste un vendredi; le jour était bien choisi pour gravir un calvaire et subir une passion. Le temps était à la pluie ; les prisonniers se promenaient dans le triste corridor sur lequel s'ouvraient leurs cellules, quand, vers quatre heures du soir,le brigadier Ramain parut. Son premier mot, prononcé d'une voix rude, ne laissa aucun doute aux otages; on venait chercher une fournée. « Attention ! Répondez à l'appel de vos noms ; il m'en faut quinze. »
Le P. Olivaint, appelé le premier, répond aussitôt: « Présent! » et, traversant le corridor, il va se placer vis-à-vis des prisonniers pour commencer la rangée des victimes. Après lui vient le tour du P. Gaubert. Ramain a peine à déchiffrer le nom du P. de Bengy. Celuici s'approche et dit simplement : «C'est moi. « Parmi les élus se trouva le vieil ami du P. Olivaint, l'apôtre des jeunes ouvriers de Paris, le saint abbé Planchât.
Au moment de franchir le seuil de la prison, le P. Olivaint s'aperçoit qu'il tient encore à la main son bréviaire, livre cher et sacré, désormais superflu. Moins pour se défaire de ce vade mecum du prêtre que pour le sauver de sacrilèges souillures, il le remet au concierge en disant: «Tenez, mon ami, voici mon livre. » Mais à peine celui-ci a-t-il reçu ce legs
1. « Si mon regard ne m'a trompé, dit M. l'abbc Aniodru, le P. Olivaint confessait Mgr Surat tout en se promenant avec lui. »